| Funk, Jazz, Pop |
Grand bidouilleur devant l’éternel, Leon Michels forma son premier band (les Mighty Imperials) ses seize ans à peine sonnés. Il était encore lycéen quand parut en 2001 leur premier album, featuring ses posses Thomas Brenneck et Howard Steinweiss. Soit l’ossature en herbe des labels Desco, Dunham puis Daptone, d’où allait déferler le courant néo-soul du millénaire en cours. À la fois saxophoniste, claviériste et producteur (et aussi membre successif des Dap-Kings, du Menahan Street Band, ainsi que des Expressions de Lee Fields et du Budos Band), cet hyper-actif ne pouvait manquer de finir par fonder son propre label. Ce fut donc Truth & Soul en 2004, puis désormais Big Crown, où il publie, outre les œuvres de certains de ses complices de longue date (ainsi du Holy Hive de Steinweiss, chroniqué ICI), celles d’artistes néo-soul tels que le Bacao Rhythm & Steel Band et Lady Wray (respectivement chroniqués ICI et ICI), sans oublier bien entendu les siennes, sous le nom de El Michels Affair (ICI et ICI)… Pour sa part, Marco Benevento, né en 1977 dans le New Jersey, débuta le piano dès l’âge de sept ans. Adolescent, il bidouillait déjà ses propres enregistrements-maison à l’aide de synthétiseurs et d’un magnétophone quatre pistes, tout en participant à divers ensembles rock et expérimentaux au sein de la Ramapo High School. Sorti diplômé de la Berklee School Of Music à 22 ans, on le retrouve ensuite impliqué dans divers projets, depuis les Jazz Farmers (de 1999 à 2001) jusqu’au Benevento-Russo duo (de 2002 à nos jours), ainsi qu’à son propre band (de 2006 à aujourd’hui), et son parcours inclut des collaborations avec des artistes aussi divers que le regretté Phil Lesh (bassiste historique du Grateful Dead), Rich Robinson (des Black Crowes et de Magpie Salute, chroniqué ICI), ou encore George Porter, Leon Bridges, Lady Wray, Trey Anastasio et Kevin Morby. En solo, il a déjà réalisé onze albums, auxquels il faut en ajouter deux autres au sein de Garage À Trois, et cinq en duo avec Joe Russo. Cet autre hyper-actif compulsif est également impliqué (avec le même Russo) au sein d’Almost Dead (tribute à la formation historique de Lesh, Weir et Garcia) et Bustle In Your Hedgerow (formation qui réinterprète le répertoire de Led Zep)!.. À eux deux, Marco et Leon Michels assument ici pas moins de dix instruments (en plus du drum programming), et ont rameuté autour d’eux pas moins de quatre batteurs disctincts (dont l’historique Homer Steinweiss, de l’écurie Daptone), autant de guitaristes et de cuivres (dont Dave Guy, également trompettiste historique des Dap-Kings), deux bassistes (dont un contrebassiste), un trio à cordes (comprenant la harpiste Elisabeth Steiner), quatre vocalistes invitées et une siffleuse (oui). À l’arrivée, “Glera” (variété de cépage italien entrant dans la composition du prosecco), loin de la pièce montée boursouflée que pourrait laisser craindre l’énumération pré-citée, s’avère une galette plutôt joyeuse et enjouée, ainsi qu’en atteste le guilleret “Frizzante” instrumental d’ouverture aux flagrantes connotations italian-pop, que confirment le slow millésimé “Turandot” (featuring la chanteuse transalpine Marianne Mirage), ainsi que l’orgue suranné, le synthé rétro et les cuivres de fanfare funky du “Big Top” qui lui succède. “Houdini” et “Zio Tony” (hommage à Morricone) lorgnent pour leur part vers les B.O. de séries B giallo à faible budget de la péninsule latine. Entre les chanteuses Yoshiko Sai, Akiko Yano et Meiko Kaji (respectivement chroniquées ICI, ICI, ICI et ICI), la performance vocale de Dream Crease sur l’éthéré “I Can’t Control This Bliss” et celle d’Elisabeth Steiner à la harpe sur “Miss Neptune” pastichent efficacement celles du cinéma nippon des seventies, tandis que les instrumentaux “Crema”, “Sorgini”, “Hip Then”, “Sprezzatura” et “Catoni” versent pour leur part à équidistance de scores télévisuels européens et du Herbie Hancock de “Headhunters”. Marco ne peut d’empêcher de conclure sur un piano solo au romantisme exalté, “Over Now”. Entre library music, variété italienne (le languide brasileiro “Quattro Passi” avec Chiara Civello) et funk fusion, Marco Benevento signe ici un album dont le caractère volontairement désuet constitue le principal attrait (avec l’excellence de son exécution et de sa production s’entend). À ranger non loin du Lance Ferguson “Rare Groove Spectrum Vol.3”, récemment chroniqué ICI.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, September 8th, 2026
Follow PARIS-MOVE on X
::::::::::::::::::::::::::