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Wewantsounds poursuit donc son programme de rééditions des albums de Meiko Kaji sortis sur Teichiku Records au début des années 70 (cf. nos chroniques ICI et ICI). Inspiratrice de Quentin Tarantino pour ses rôles dans “Lady Snowblood”, “Female Prisoner Scorpion” ou “Stray Cat Rock”, celle-ci fut aussi une chanteuse reconnue dans son propre pays, comme le réaffirme cet “Otoko Onna Kokoro No Aika” initialement paru en 1974. Blend de pop japonaise et de groove, avec des orchestrations somptueuses et atmosphériques, ce quatrième opus comprend notamment une reprise de “Tokyo Nagare Mono”, thème du film culte de Seijun Suzuki, “Tokyo Drifter” (1966), et se revendiquait à l’époque comme un cover-album de titres emblématiques du showa kayo (pop nipponne) et de l’enka (parfois décrite sous le vocable de japanese blues). À l’écoute du “Akashia No Ame Ga Yamu Toki” d’ouverture (avec sa trompette, ses cordes et flûtiaux façon Franck Pourcell et son Grand Ensemble), l’oreille occidentale pourrait toutefois en venir à douter du bien-fondé de l’entreprise, s’il n’était le timbre mutin de son interprète, dont l’interprétation du “Meiko No Yume Wa Yoru Hiraku” qui suit (reprise d’un hit local de la chanteuse Keiko Fuji en 70) vainc heureusement la plupart de ces préventions. “Onna Kokoro No Uta” (cover d’un succès de Barb Satake en 1964), “Ginza No Cho” (de Yoshiko Otsu en 58), “Shinjuku Blues” (par Hiroko Ohgi en 67), “Kasbah No Onna” (Kunieda Eto en 55) et “Tokyo Nagare Mono” (Hiroko Tagegoshi en 65) bénéficient ainsi d’orchestrations remises au goût de l’époque, cuivres, violons et guitares modérément acides à l’appui. Qu’avec le recul, les puristes qualifiassent ce genre d’entreprise d’acculturation post-coloniale (le Japon se trouvant alors déjà sous forte ascendance anglo-saxonne), ou que les béotiens trouvassent à ces enregistrements de forts relents kitsch empreints d’une certaine ringardise n’empêchera nullement les esthètes qui s’arrachent de-par le monde ces incunables depuis des décennies de se pâmer comme il se doit devant ces rééditions luxueusement restaurées.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, May 4th, 2026
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