THE MAGPIE SALUTE

Eagle / Universal
Blues-Rock, Rock

Les Black Crowes ne sont jamais sortis des seventies, look Freak Brothers à l’appui. Ils ne se sont pourtant formés qu’en 1989, et se trouvaient au jardin d’enfants quand la plupart de leurs héros (depuis les Faces jusqu’à Mountain et au Grateful Dead) arpentaient fièrement la planète. Las, comme nombre de ceux-ci (Creedence, Allman…), ils comptaient en leurs rangs deux frères antagonistes, Chris et Rich. Après s’être séparés et reformés au moins deux fois (“never say never”) et avoir aggloméré dans leur sillage plusieurs millions de followers (sans parler des ventes de skeuds), ils ont (provisoirement ?) déposé le bilan en 2015. Dissensions inconciliables, prétendirent-ils alors. Comme chez les Kinks et Oasis, le cadet des frangins décida alors de perpétuer l’héritage, tandis que son aîné reprenait une aléatoire carrière solo. Et c’est avec pas moins de quatre anciens Black Crowes que Rich Robinson forma The MAGPIE SALUTE (après les Corbeaux Noirs, la Pie Voleuse). Ils ont beau avoir doublé leurs effectifs (dix membres !), on reconnaît immédiatement la touche corbaque dès la première écoute. Le retour du guitariste Marc Ford (membre des Black Crowes pendant une décennie), du bassiste Sven Pipien (également ex-Corbeau) et du regretté claviériste originel Eddie Harsch (récemment disparu) en scellent l’évidente filiation.
Capté majoritairement en public (et en studio) à Woodstock (where else ?), ce premier album de The MAGPIE SALUTE sonne comme le petit-fils caché de Derek & The Dominoes. Parmi les covers qui y figurent, on trouve non seulement le “Time Will Tell” de Bob Marley (que les Crowes reprenaient déjà sur “Southern Harmony and Musical Companion”), mais aussi le “Comin’ Home” de Delaney & Bonnie (toute une époque), ainsi que “What Is Home” et “Wiser Time” des Black Crowes. Un souffle jam band proche de celui des regrettés Allman Brothers traverse leur reprise du “War Drums” de War, qui ravira tous ceux qui persistent à considérer la musique comme une aventure. L’esprit du Band et des Byrds parcourt également leur superbe version du traditionnel “Ain’t No More Cane”. Enfin émancipé, petit frérot n’en demeure pas moins généreux : plaisir d’offrir, joie de recevoir…
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Patrick Dallongeville
Paris-Move, Blues Magazine, Illico & BluesBoarder
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