| Pop |
Alors que peu à peu, les ultimes protagonistes de l’épique saga du Grateful Dead s’éclipsent les uns après les autres (un peu plus d’un après Phil Lesh, Bob Weir ne vient-il pas de plier à son tour les gaules?), l’un de leurs derniers collaborateurs historiques n’en poursuit pas moins son parcours éclectique. Et puisqu’il serait quelque peu réducteur de circonscrire celui-ci à ses contributions sporadiques avec la bande à Garcia et consorts, la bonne vingtaine d’albums qu’aligne Bruce Hornsby en quarante ans de carrière (parmi lesquels ceux chroniqués ICI et ICI) ne le range pas moins parmi les créateurs les plus constants de la rock music amerloque (au sens le plus large du terme). La plage titulaire qui ouvre le ban résume à elle-seule l’art si particulier du bonhomme: sous une trompeuse ligne mélodique instantanément mémorisable, le bougre dissémine quantité de trouvailles harmoniques, dans la veine initiée depuis perpète par des orfèvres tels que Ten CC, ELO, Steely Dan et l’un de leurs maîtres à tous, un certain Sir Paolo de MacCarthenay. Si l’on ajoute à cette lignée Elvis Costello, Tim Finn, XTC, Paul Weller et Billy Joel (ouais, Billy Joel, un problème? On n’a pas dit Elton John ni Phil Collins, que je sache), on aboutit sans peine à des pépites telles que ces “Memory Palace”, “Sliver Of Time” et “Take A Light Strain”. Et dès que notre septuagénaire entreprend d’investir la chasse gardée de pseudo-rebelles hip-hop millionnaires et bardés de prix largement usurpés (“Entropy Here (Rust in Peace)”), on imagine aisément leurs mines déconfites. D’autant que notre gusse ne répugne pas non plus à user pour templates certains apports de Satie, Debussy et Peter Gabriel, au fil de comptines aussi faussement limpides (et sournoisement tarabiscotées) que “Silhouette Shadows” et “Ecstatic”. Le Tom Waits de “Bone Machine” n’est parfois guère loin non plus (“Alabama” et “Might As Well Be Me, Florinda”, sur des lyrics du fameux parolier du Dead, Robert Hunter), et quand Bruce se pique d’adopter quelques mélismes celtiques (comme sur “North Dakota Slate Road”), on se surprend à évoquer également notre cher Richard Dawson (chroniqué ICI, ICI et ICI). Bref, un de ces opus de plus en plus rares où pop ne rime pas forcément avec abêtissement. Nous vous recommandons en priorité l’édition vinyle: un Edward Hopper, ça vaut bien son neuvième de mètre carré, non?
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, April 26th 2026
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