STOCKS – Flashback Station

Bad Reputation
Blues-Rock

Stocks, depuis l’origine, ça a toujours été une histoire d’hommes. Trois Ch’tis qui se piquent au tournant des eighties de mettre leurs rêves en pratique, et qui embarquent alors sur le roller-coaster du rock bizness à la française. Après un premier album brûlant (capté live dans leur fief lillois), la machine s’emballe: signés chez WEA, ils se trouvent adoubés par la critique (Philippe Lacoche et Hervé Picart dans Best ne tarissent pas d’éloges, et Philippe “Nouvelle Star” Manœuvre dans Rock & Folk non plus). Mais le personnel varie: pour leur premier disque studio (cette fois sous bannière CBS), une nouvelle section rythmique entre en jeu. Les premières parties prestigieuses affluent (Thin Lizzy, Molly Hatchet, Rory Gallagher, ZZ Top), et ils effectuent même deux tournées en leur eldorado mythique, les States. Et puis, comme pour maints de leurs contemporains (Backstage, Ganafoul, Factory, Bijou, Starshooter, Oberkampf…), la lassitude venant, le rêve se dissipe, et c’est le split. Arnaud Delbarre, leur bassiste, prend alors la direction du Zénith de Lille, quitte à y imposer en 97 Stocks en ouverture d’un concert de Trust. Trois ans plus tard, un sequel en hommage à Ronny Coutteure aura toutefois raison de leurs ultimes réticences: rabiboché, le trio publie alors un inespéré troisième album (“Trois”, dernièrement réédité par Bad Reputation, label au rétroviseur affûté, cf. le dernier Ganafoul également chroniqué ICI), et reçoit l’insigne honneur d’ouvrir 18 dates de la tournée 2003 du taulier Johnny Hallyday. Mais la scoumoune est têtue: après avoir fêté son vingtième anniversaire sur les planches, Stocks plie à nouveau les gaules, et son leader charismatique, Christophe Marquilly, se consacre à d’autres projets, tandis que ses comparses en font autant de leur côté. On pouvait croire la messe dite, mais ç’eût été compter sans la persévérance de Christophe et l’insistance de ses fans irréductibles, puisque voici donc l’improbable devenu réalité: un nouvel album de Stocks en 2026. Sur le plan strictement sonore, les deux petits nouveaux (Fred Nicolle, basse et chœurs, et Fab Trovato, batterie, chœurs, arrangements de cordes et… graphisme talentueux) ne déparent certes pas avec le son millésimé de la formation, où l’on dénote comme jadis les mêmes sempiternelles références. Qu’il s’agisse d’AC/DC (“C’était Mieux Avant”), Status Quo (“Flashback”, avec Christophe à… l’harmo), J.J. Cale (“Ma Copine Solitude”), Thin Lizzy (“Ne Touche Pas”), Sonny Landreth (“Tony Joe”) ou bien entendu ZZ Top (dont ils osent adapter ici “La Grange” en français, et dont on trouve aussi la marque sur “Oligarque”), en passant par De Palmas et Daran et Les Chaises (“Les Yeux Ouverts”, “Je Reviens Vers Toi”, “Au temps Qui Passe”). S’il n’est certes pas le chanteur du siècle, Marquilly demeure un guitariste des plus madrés, auquel cinq décennies de pratique ont manifestement enseigné plus d’un tour (cf. l’impressionnant instrumental “Rain On Blood”), même si les textes incitent souvent ici au clivage (surtout entre les anciens et les modernes, d’ailleurs: “Ne Touche Pas”, “Rap N’ Roll” ou “C’Était Mieux Avant” évoquent ainsi Francis Lalanne revisité par Gérard Lanvin, Éric Zemmour et Vincent Bolloré). Question d’âge et d’époque, sans doute: on croirait par moments y entendre “My Generation” à rebours (souvenons-nous que le Roger Daltrey d’aujourd’hui se revendiquait dernièrement pro-Brexit et anti-européen). Au moins, Marquilly ne dissimule pas derrière quelque faux-semblant sa sensibilité anti-communautaire un brin réac’ n’ roll (“Oligarque”), mais l’essentiel réside ailleurs. Dans la poursuite, sans doute éperdue, de ce rêve entamé il y a plus de quatre décennies, quand trois minots des Hauts-de-France fantasmaient leurs terrils locaux en contreforts du sud des États-Unis. Jetons donc un voile pudique sur nos éventuelles divergences, roll on & welcome back, chaps… Ce serait bien le comble que ce disque marche mieux à l’étranger, tiens!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, May 21st, 2026

Follow PARIS-MOVE on X

::::::::::::::::::::::::::

.

Album à commander sur le site de Bad Reputation

.