FRENCH BOUTIK – CE JE NE SAIS QUOI

STATIC WAX RECORDS
Pop, Rock
FRENCH BOUTIK - CE JE NE SAIS QUOI

Que Dieu m’accorde sa miséricorde! Mea Culpa! J’ai péché par omission. En effet, bien que connaissant l’existence du groupe de pop-rock French Boutik depuis Mathusalem (ou presque), ou depuis l’apogée de Michel Drucker et des Saintes Ecritures, bien qu’ayant eu ouï-dire à moult reprises de leur indéniable talent et de leur singularité musicale tous azimuts, à cause de mon cerveau devenu gélatineux, en bon conformiste qui s’ignore à moitié embourgeoisé, comme ensuqué dans mon petit confort et mon ronronnement quotidien de chat plus apprivoisé que sauvage, j’étais hélas quasiment passé à côté de leur(s) œuvre(s) mirobolante(s).
Me considérant comme un homme résolument moderne (si! si!), bien qu’aficionados de blues, de rock’n’roll et de cinéma des 50’s, bien que fan inconditionnel de Blind Lemon Jefferson, de Gene Vincent, de James Dean et de Montgomery Clift, etc… , j’aurai dû, j’aurai pu bien évidemment, adhérer illico presto, de manière plus attentive et plus approfondie, au formidable univers musical de French Boutik, avec la fidélité d’un Bouledogue anglais et l’assiduité d’un contrôleur des finances publiques sur les traces d’un fraudeur. Comme le sparadrap du Capitaine Haddock, entre deux verres de whisky Loch Lomond Single Malt, leur coller aux basques et ne plus les lâcher. Je suis impardonnable. Comme dans le film Le Nom De La Rose, tel un moine bénédictin, je mérite amplement une sévère séance d’autoflagellation à grands coups de chat à neuf queues, ou le cas échéant, d’écouter en boucle l’œuvre discographique de Carla Bruni ou de Vianney, jusqu’à l’épuisement physique et psychologique totale.

Fort heureusement, le destin aura été bienveillant avec ma pauvre personne et mes multiples incantations et autres conjurations, ne seront pas restées vaines. Ainsi, le 5 avril dernier, par un beau dimanche printanier, la fleur au fusil et l’âme câline, je m’en allais voir Daniel Sani et les Monomaniaques chantent Jean-William Thoury, au Danube rue du Faubourg du Temple à Paris, et quelle ne fut pas ma surprise, à me noyer le nez dans ma pinte de IPA et à faire une fausse route avec un Bretzel irascible, de constater avec un attrait non dissimulé, un rictus béat et les yeux humides de volupté, que le groupe French Boutik assurait de main de maître et avec panache, la première partie des deux gigs, en ouverture du “maestro” Sani, fraichement débarqué de la cité phocéenne. J’allais enfin pouvoir rattraper le temps perdu et combler mes lacunes au sujet de French Boutik, que j’avais injustement mais involontairement occulté depuis belle lurette. Remettre l’église au centre du village et retravailler dare-dare les fondamentaux. Tel était mon nouveau leitmotiv, avec l’obsession d’un serial-killer une nuit d’Halloween et la motivation d’un marathonien de la mythologie grecque sur la route d’Olympie.

Aujourd’hui, j’ai l’honneur de vous présenter leur remarquable album Ce Je Ne Sais Quoi (Static Wax Records) dans son édition vinyle et CD. Incontestablement, les membres du groupe French Boutik se revendiquent proches du mouvement Mods de la seconde partie des 60’s en Angleterre, Vespa et Lambretta rutilantes, Rickenbacker en bandoulière, sur l’asphalte et les pavés mouillés de Soho, Carnaby Street, Piccadilly Circus ou Brighton. La rébellion dans l’élégance tapageuse, tels les zazous en France dans les années 40, sous le régime de Vichy et des caves enfumées de la rive gauche. Ils ont beaucoup écouté les Beatles mais pas que, ils ont beaucoup écouté les Who de Roger Daltrey et Pete Townshend, mais pas que, ils ont beaucoup écouté les Kinks de Ray Davies mais pas que, ils ont beaucoup écouté les Small Faces mais pas que… sans oublier les Specials, les Jam ou encore Chocolate Watchband outre-Atlantique…

Ils ont l’éclectisme pop rock-indé chevillé au corps, avec une incroyable élégance naturelle, musicale et vestimentaire. Le refus catégorique du mauvais goût, le souci obsessionnel du détail qui fera la différence, l’impertinence comme clé de voûte et un dandysme intemporel et flamboyant, à faire passer Oscar Wilde pour un piètre gougnafier ou Charles Baudelaire pour un vulgaire disgracieux. French Boutik semble sortir tout droit d’un film de Jack Clayton, David Lean, Peter Ustinov, Jean-Luc Godard ou François Truffaut, d’un roman noir de Jean-Patrick Manchette ou d’un cliché de Cartier-Bresson.
La dream team, le nec plus ultra de French Boutik se compose de: Gabriela Giocoman au chant, beauté vénitienne et charismatique, voix ensorceleuse et suave bien que très rock’n’roll. Serge Hoffman guitare et chant, guitariste subtil, excellent chanteur à la voix accrocheuse et convaincante, le métronome du groupe au leadership inouï. Jean-Marc Joannès remarquable bassiste qui tient son instrument vers le haut, en tutoyant les sommets de la rythmique et les cieux du groove, comme Bill Wyman ou John Entwistle. Gilles François à la batterie, qui assure un tempo chirurgical, avec finesse et feeling, aux antipodes d’un bûcheron du grand nord canadien aux effluves de sirop d’érable. Toby Kinder aux claviers, une sorte de prestidigitateur des touches noires et blanches, le Gérard Majax du rythme effréné. Sans oublier l’incontournable et sublimissime Olivier Popincourt, jamais très loin de French Boutik en qualité de guide spirituel.

Les membres de French Boutik se démarquent de leurs contemporains et néanmoins amis. Comme à l’époque vintage de l’Angleterre Victorienne, ils portent des chemises à Jabot, des chemises Ben Sherman col boutonné, des polos Fred Perry, des costumes Bespoke avec vestes à trois boutons, des stilettos… Rien n’est laissé au hasard chez French Boutik. Indubitablement, ils auraient pu se produire dans l’émission Ready Steady Go! sans dépareiller et sans complexes, avec leur british beat et leur nothern soul de très haute volée.

L’album Ce Je Ne Sais Quoi propose de nombreux titres originaux, avec cependant quelques covers bien envoyées et incroyablement sublimées par le groupe au diapason, comme par exemple Comme Ferry reprise du fameux More Than This de Roxy Music en 1982, Mama Weer All Crazee Now des rois du glam-rock Slade en 1972, Ame Câline de Michel Polnareff, et Tired Of Waiting For You des Kinks. Sans oublier l’éloquent Premier de Cordée, un original signé Serge Hoffman, dédié à notre cher Président de la République qu’on aime tant… Et ce n’est pas de la poudre de perlimpinpin.

French Boutik prouve si nécessaire, qu’on peut exprimer son art à la fois noble et populaire, en étant rebelle et cultivé, comme Yves Adrien ou Alain Pacadis jadis, ou plus récemment Patrick Eudeline ou Gilles Riberolles… Un album INDISPENSABLE à écouter dans les bistrots de la rue du Faubourg du Temple, du quai de Jemmapes ou sur les bords de la Tamise, en sirotant un Spritz Saint-Germain. Un album stratosphérique aux harmonies vocales hors du commun, à ranger entre Les Playboys de Nice et La Position du Tireur Couché de Clermont-Ferrand, groupe malheureusement disparu des écrans radar depuis quelques années. Gage de qualité, on ne badine pas avec l’excellence, l’inoxydable Jean-William Thoury, ex figure tutélaire de Bijou et actuel magistral parolier de Daniel Sani, vient de leur écrire une chanson! A suivre… Dépêchez-vous d’adhérer à l’univers musical de French Boutik, avant que les anglais sans vergogne tirent les premiers et nous les piquent! Et puis, mon chat à neuf queues n’est pas très loin! A bon entendeur…

Serge SCIBOZ
Paris-Move

PARIS-MOVE, April 26th 2026

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Pour se procurer l’album de French Boutik: