| Blues, Funk, Soul |
Cela fait cinq ans déjà que nous suivons de près cette formation arrageoise (chroniquée ICI et ICI), amalgamant au sein de son répertoire original rhythm n’ blues, soul, bluebeat et funk. Leur tandem de compositeurs (le guitariste émérite Rémi Voisin pour les musiques, et la chanteuse Aurélie “Orel” Michelon pour les textes) n’a cette fois encore pas démérité, et s’ils nous reviennent avec quelques menus changements de line-up (une nouvelle section rythmique ayant pris ses fonctions), ces dix plages ne dérogent pas de leur ligne initiale. L’entraînant southern-gospel introductif, “Clappy”, le confirme d’emblée: entre Alabama Shakes et Southern Avenue, les usual choristes (Cécile Cuvelier et Virginie Humbert) y soutiennent une Orel plus soul priestess que jamais, dont la prestation sur le bien intitulé “Here To Dance” prolonge la tendance, l’étendant au NOLA funk dont Michelle David & The True-Tones sont d’autres apôtres sur notre continent. Le fidèle Meddhy Ziouche officie au Hammond et à la cabine Leslie sur le slow liquéfiant “From Love To Hate”, dont la renversante prestation vocale tutoie celles de tueuses par amour telles que Ann Peebles, Candy Staton, Randy Crawford et Roberta Flack (faites le test vous-mêmes). C’est sur l’un de ces country beats dont Lee Hazelwood et et Burt Bacharach assaisonnaient antan leurs arrangements respectifs pour Nancy Sinatra et Dusty Springfield que se déroule le vintage “Glass Half Gone”, avant que les violons sophistiqués du languide et syncopé “To Be Reborn” n’arpentent le néo-Motown Sound dont Norman Whitfield revêtait les enregistrements early-seventies de Gladys Knight & The Pips. Par contraste, l’enlevée plage titulaire s’appuie sur des guitares dignes du “Daytripper” des Scarabées, pour une facture évoquant par ailleurs les imparables minauderies de la grande Diana Ross au temps de ses Supremes. Rémi en profite pour s’y fendre d’un solo aussi concis que fulgurant, tandis que l’orgue est cette fois tenu par la non moins fidèle Florence Vincenot. C’est entre le Marvin Gaye des mid-seventies et le Michael Jackson de “Thriller” que s’oriente ensuite le remarquable “Siren’s Sound”, sans aucun doute l’une des performances collectives les plus convaincantes de cette livraison (chœurs soulful et chorus de guitare en crescendo ascensionnel inclus). Nos amis avaient déjà témoigné par le passé de leur amour du reggae, et ils récidivent cette fois avec le goûteux skank cuivré “She’s All Write”, dont Flo Vincenot assure les parties d’orgue à la Tyrone Downie, et Cécile et Virginie celles des délicieuses I-Threes (à elles deux). Elles introduisent ensemble le langoureux “Don’t Worry”, dans la veine de Curtis Mayfield et Smokey Robinson : another notorious ace in the middle, où les harmonies des trois vocalistes accomplissent des prodiges dignes du cénacle. C’est le slider nordiste Patrice Gobeau (des Harpsliders et Gobodobro) qui enjolive de son bottleneck alerte le “The Guide” final, folk blues délicat où Orel démontre qu’elle étincelle presque autant en ce registre qu’y excellait jadis une certaine Janis. Avec panache et brio, nos “boyaux rouges” favoris (c’est ainsi que les Ch’tis désignent leurs voisins des Hauts-de-France, notamment lors des derbys de foot) assènent donc ici la master-stroke dont nous les savions capables. Se dépassant ainsi un peu davantage à chaque étape, Guilty Delight s’inscrit désormais parmi les formations les plus décisives de la scène soul européenne, aux côtés de Malted Milk, des Buttshakers, des Supersoul Brothers et des franco-espagnols The Excitements (tous dûment chroniqués ICI, ICI, ICI et ICI)… Une galette aussi impressionnante qu’irrésistible.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, June 28th, 2026
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