Blues-Rock |

Natif de Clarksdale (au cœur de ce fameux Mississippi Delta qui offrit au blues tant de figures historiques), le jeune guitariste et chanteur Christone “Kingfish” Ingram publia son premier album il y a quatre ans (à vingt-deux ans à peine), sur le plus prestigieux label qui soit en ce registre. Il fallait bien qu’il soit prometteur, puisque des parrains tels que Keb’ Mo, Buddy Guy et Billy Branch s’en portaient garants. Présenté à juste titre par Bruce Iglauer en personne comme l’un des challengers les plus plausibles pour incarner la nouvelle génération du blues, il en enregistra encore deux autres à son service (dont le torride “Live In London” en 2023), tout aussi remarquables et chroniqués ICI et ICI. Toujours soutenu par son producteur, batteur et co-writer Tom Hambridge, Kingfish a néanmoins résolu de s’émanciper de la tutelle d’Alligator en fondant son propre label, Red Zero Records (contraction des noms de ses deux clubs préférés dans sa ville natale, le Red’s Lounge et le Ground Zero), en partenariat avec Exceleration Music. Capté entre les Royal studios de Memphis, Santa Monica et North Hollywood, et ayant mobilisé pas moins de trois producteurs (soit outre Tom Hambridge, le bassiste Nick Goldston et le multi-instrumentiste Patrick Hayes), ce disque constitue une étape fondamentale dans le développement de Christone, non seulement en tant qu’artiste, mais aussi en tant que puissance autonome dans le business de plus en plus centralisé de la musique enregistrée. Dès le “Truth” introductif (dont le titre évoque celui de l’historique album éponyme du Jeff Beck Group), Christone n’en perpétue pas moins la veine heavy-funky blues qui l’a imposé sur la scène actuelle, tandis que les break-beats de “Bad Like Me” l’ancrent résolument dans ce 21ème siècle, où l’ombre d’un certain Jimi n’en conserve pas moins sa pertinence. Avec son stompin’ beat, “S.S.S.” emprunte les travées disco-boogie que commençait à arpenter le regretté Freddie King juste avant sa disparition, il y a un demi-siècle déjà (et que Johnny Guitar Watson reprit heureusement à son actif). La guitare s’y épanche avec la voracité d’un banc de piranhas en goguette, avant que les languides “Nothin’ But Your Love” et “Clearly” ne nous ramènent en territoire seventies soul, non loin du Stevie Wonder et des Stylistics d’alors. Guère éloigné non plus du Hendrix de “Voodoo Chile” (ni du “Crossroads” de Robert Johnson), l’impavide “Crosses” revisite également l’héritage de Cream, témoignant de l’imprégnation par Kingfish de chacune des strates de la saga blues-rock. Plus transparent encore, le renversant “Voodoo Charm” achèvera de séduire les nostalgiques du divin gaucher, avant que “Back To L.A.” ne parachève le viaduc entre modernité et tradition auquel s’emploie notre jeune ami depuis son irruption sur les planches. Apprentis guitar-heroes, hang on to your hat, car voici en effet de quoi renvoyer certains Slash et Frusciante à leurs chères études… Avec sa touche calypso-soul, “Standing On Business” adresse un clin d’œil appuyé à Trinidad, et “Hard To Love” s’apparente au registre de Robert Cray, avant que “Memphis” ne conclue en mode roots avec l’harmonica volubile de Harrell Davenport. Quoi que l’on puisse considérer de la démarche courageuse du bonhomme, Kingfish n’en poursuit pas moins sa quête et sa croisade pour perpétuer l’esprit du blues en ce nouveau millénaire. Concédons-lui au moins qu’il s’en acquitte avec panache et brio.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, August 29th 2025
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Concerts 2025:
le 16 novembre 2025 à La Cigale, Paris
le 18 novembre au O2 Forum Kentish Town, 9-17 Highgate Rd Kentish Town,Londres
le 19 novembre, The Hard Road Tour at Albert Hall, Manchester
le 20 novembre, Wulfrun Hall, Wolverhampton
(toutes les dates de la tournée: ICI)