GREY DeLISLE – Don’t Turn Around

Hummin’bird Records / CRS (SS)
Americana, Country

On ne présente plus la chanteuse et songwriter Erin Grey Van Osbree (alias Grey DeLisle à la scène comme à l’écran, déjà chroniquée ICI, ICI, ICI, ICI et ICI), dont voici déjà la seconde livraison cette année (après son “Grey & Greene” en duo avec Les Greene au printemps dernier). Nous rappellerons juste qu’en parallèle à sa carrière d’artiste solo, elle exerce aussi celle (sans doute plus lucrative) de doubleuse vocale pour des films d’animation aussi divers que “Scooby-Doo”, “Transformers”, “Popeye” et “Bob L’Éponge”. C’est justement lors d’une séance de post-synchro de cette dernière série qu’elle fit la connaissance du grand Andy Paley (ex-Sidewinders et Paley Brothers, puis producteur pour le label californien Beserkley, ainsi qu’auprès de Patti Smith et des Ramones, et des non moins regrettés Jerry Lee Lewis et Brian Wilson). Andy fut d’abord intrigué quand Miss Grey lui confia son parcours dissocié, puis subjugué quand elle lui interpréta la future plage titulaire du présent album. Ils résolurent alors de coopérer à son enregistrement, mais Andy fut hélas emporté par un cancer de la gorge au beau milieu de ces sessions. Ce fut donc au fidèle Marvin Etzioni qu’il échut d’en finaliser la production. Membre fondateur de Lone Justice (auprès de Maria McKee), ce multi-instrumentiste entama par la suite une prolifique carrière de producteur et session man (œuvrant notamment auprès de Stephen Stills, Counting Crows et Judy Collins, ou encore du plus confidentiel – mais non moins essentiel – Revere Rivers, chroniqué ICI), tout en menant de front Thee Holy Brothers avec son complice Willie Aron (deux albums, chroniqués ICI et ICI). Toujours est-il que le thème d’ensemble navigue ici sans surprise autour des notions de perte, de deuil et de mémoire (qu’il s’agisse de rupture amoureuse, sujet majeur s’il en fut dans la country, ou encore du déracinement, d’une disparition et de la confusion qui en résulte). Outre ce bon Marvin, le casting confirme quelques usual suspects tels que le guitariste Deke Dickerson, le bassiste Murry Hammond (de Old 97’s ), Stephen McCarthy (des Long Ryders), le pedal-steeler Greg Leisz et l’arrangeur de cordes Tammy Rogers (Emmylou Harris, Neil Diamond, Patty Loveless), ainsi que le légendaire Dave Alvin (Blasters) sur une plage. Grey en a composé chacun des titres, et le “Every Day of The Week Ends Up In Why” qui entame la set list le fait en grande pompe classic country (rythme de canasson, nappe de cordes et pedal-steel inclus), tandis que Lady DeLisle s’y inscrit dans la ligne sacrée des grandes Loretta Lynn, Patsy Cline et Dolly Parton. Un potentiel standard d’entrée de jeu, ça promet sévère… Dave Alvin duettise ensuite avec la Miss sur le mariachi tex-mex “You’re Driving Me Away” (castagnettes à l’appui), avant que “Drive Around” n’opère un virage à 180° (il est décidément beaucoup question de circulation dans ce disque), en empruntant à Phil Spector le beat caractéristique de son “Be My Baby”. On se retrouve dès lors entre pop estampillée Little Italy 1962 et Cindy Lauper (soit invariablement à New-York), et la plage titulaire persiste dans la même veine : violons en cascade, reverb’ millésimée sur la voix et orchestration assortie, dans l’esprit des productions de Shadow Morton auprès des Shangri-Las (c’est Paley qui eût été fier). Retour en territoire country avec pedal-steel pour le radical “There’s The Door”, confirmant la légendaire versatilité vocale de Madame. L’autobiographique “Disneyland” emprunte à Lone Justice et Etzioni sa touche alt. country nimbée de jangle guitars en goguette. Le plus dépouillé “Don’t Break The String” prend ensuite des accents bluegrass propulsés d’un proto-rockabilly beat, mettant une fois encore en valeur toute l’expressivité vocale de Grey. “Open Mic At The Stumble Inn” assume pour sa part un tournant contemporary country teinté de rock, guère éloigné de ce que proposait Dylan au temps de son “Highway 61 Revisited” (Hammond B3 et solo de guitare aux relents de sitar électrique à la clé), avant que les acerbes “Your Mama Doesn’t Love Me Anymore” et “The Lights Are Off But Somebody’s Home” ne poursuivent dans la même direction, pour conclure ce recueil sur un “Claire” aussi endeuillé qu’éthéré, qui n’aurait sans doute pas déparé sur les B.O. de ‘Twin Peaks” et “Mulholland Drive”. Voici donc de quoi savourer en cette fin d’année chargée onze nouvelles nuances de Grey, toutes plus séduisantes de jour en jour: un calendrier de l’avent moins niais que d’ordinaire!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, November 6th, 2026

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