| Rhythm 'n' Blues, Swing |
Avec seulement deux albums, un seul E.P. et quatre singles à leur actif en une décennie, un regard superficiel pourrait aisément taxer ces lascars de dilettantisme. Il n’en est cependant rien, tant le guitariste Thomas Hirsch et son gang privilégient à contrario l’exigence à la prolixité. Constitués sur un triangle dressé entre la côte normande, celle d’Opale et la capitale, Thom & The Tonemasters se composent, outre leur leader (ex- Blues Eaters, chroniqués ICI et ICI), des excellents Olivier Cantrelle au piano (Nico Duportal & The Rhythm Dudes, Cecilya Mestres & The Candy Kings), Bertrand Couloume à la contrebasse (Little Bob Blues Bastards, Big Band Christian Garros) et Simon Boyer à la batterie (French Blues All Stars), augmentés des cuivres de Julien Silvand (trompette) et Laurent Meyer (saxophone), soit un bel échantillon de la crème de la scène swing, jazz et blues hexagonale. À la fois radicalement roots et de plus en plus éclectiques au sein de la niche qu’ils se sont choisie, ces grands garçons se rient des clôtures censées garder les vaches, tout en persistant crânement dans l’option 100% instrumentale pour laquelle ils ont opté dès leurs tout débuts. Ils entament par une adaptation du chaloupé “Cleo’s Mood” de Jr. Walker & The All Stars (lui-même en partie inspiré du “All Your Love” d’Otis Rush), faisant la part belle aux cuivres (et réservant un pont jazzy qui céde le pas à un Cantrelle manifestement imprégné de Ramsey Lewis, Mose Allison et Ben Sidran), les six cordes du patron y éteignant toute prétention superfétatoire avant que l’original de sa plume, “Make A Boozy”, n’embraye en mode jump-swing. Passé au Hammond B3, Cantrelle y rivalise avec des cuivres chauffés à blanc, tandis qu’à la salle des machines, Couloume et Boyer alimentent le shuffle. Hirsch y porte à nouveau le chorus final en estocade, avec ce son cru et tranchant qui embrasait jadis le jeu d’electric blues masters tels que Earl Hooker et Tiny Grimes. Publié en single le 11 septembre (?), “Strange Farewell” rejoint pour sa part l’esprit de héros du manche tels que Ronnie Earl, Grant Green, Danny Gatton et Roy Buchanan, et l’exotique cubano “Pale Rider” procure aux cuivres une nouvelle occasion de se faire reluire. Composé par Bertrand Couloume, le ternaire “Blues For P.C.” ne s’adresse pas spécifiquement à Fabien Roussel, et n’est d’ailleurs pas un blues non plus, mais une échappée jazzy en forme de variante du “My Favorite Things” que popularisa jadis Coltrane (entre l’Allman Brothers Band et John Scofield). Cantrelle s’y octroie un saisissant solo au Fender Rhodes, et chacun des cuivres en fait autant (de même que son auteur au cercueil), tandis que Thomas y demeure spectaculairement discret. Avec son titre en forme de bulletin météo caniculaire, le languide “71.2°” se révèle la seule plage binaire du lot, et ondule comme le proverbial serpent à sonnette sous le cagnard du Grand Canyon. Le dialogue entre guitare et cuivres s’y exerce sur une trame rythmique aussi lascive qu’imperturbable, et Hirsch y confesse pour une fois des références relativement plus contemporaines (entre Larry Coryell et Pat Metheny), tandis que le sax de Meyer s’y épanche entre les regrettés David Sanborn et Sonny Rollins. Entre bossa nova, mambo et swing, le “Jealousy” final lorgne autant vers Tito Puente que du côté de Jimmy Smith, avec un Cantrelle qui s’y lâche à nouveau au B3, et nos amis concluent ainsi sur un clin d’œil à cette ère bénie où Pérez Prado faisait guincher le monde provisoirement libéré de la menace totalitaire. Ni intégralement blues, ni jazz, ni latino non plus, les Tonemasters démontrent en tout cas que de tels ingrédients s’harmonisent à merveille, pour peu que l’on sache les doser dans le shaker. Tchin-tchin en concert?
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, September 4th, 2026
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En concert:
Mardi 15 septembre : Théâtre Charcot, MARCQ-EN-BARŒUL (ouverture saison Jazz En Nord)
Dimanche 4 octobre : Théâtre, LE BLANC MESNIL
Jeudi 26 et vendredi 27 novembre : Le Caveau de la Huchette, PARIS