SHAKURA S’AIDA – Hold On To Love

Massey Hall / Toronto Arts Council / Ontario Arts Council
Soul blues
SHAKURA S'AIDA - Hold On To Love

Bien qu’ayant tourné intensivement en Europe ces dernières années, cela faisait une décennie que la chanteuse, actrice et songwriter Shakura S’Aida ne nous avait pas gratifiés d’un nouvel album. Née à Brooklyn, élevée en Suisse et établie à Toronto depuis plus de vingt ans (où elle se montra longtemps aussi active sur les planches des théâtres que sur le petit écran), elle s’est révélée en tant que vocaliste de premier rang en accédant à la seconde place lors de l’International Blues Challenge de Memphis en 2008. Quinze ans et trois albums plus tard, la revoici donc, auréolée de pas moins de huit Maple Awards et de deux Juno Awards (équivalents canadiens des Grammys américains), pour un quatrième essai dans la réalisation duquel elle n’a rien laissé au hasard. Toujours flanquée de sa complice, la guitariste Donna Grantis (ex-3rdeyegirl auprès de Prince, co-produisant l’album avec elle et Roger Costa – producteur de feu Jeff Healey – et en co-signant la moitié des originaux), Shakura s’est ici assuré les services de rien moins que Keb’ Mo sur un titre, du guitariste Brooke Blackburn sur deux autres (cf chronique ICI), du guitar master Eric Gales (dont l’épouse officie également au tambourin sur quatre plages) et de l’harmoniciste historique de War, le grand Lee Oskar, tout en composant un titre avec Larry Fulcher (bassiste du Phantom Band de Taj Mahal, et producteur du dernier Dylan Triplett, chroniqué ICI).
De la bonne vieille southern soul façon Muscle Shoals (“Don’t Wait For Me” ou la plage titulaire, avec ses dix choristes façon gospel choir, ses percussions et la steel guitar de Chuck Campbell), jusqu’à la relecture de standards tels que celles (magistrales) du “Takin’ It To The Streets” des Doobie Brothers via Michael McDonald, ou encore du “Heart Of Gold” de Neil Young. Co-écrit avec Keb’ Mo, le holler “Clap Yo Hands And Moan” bénéficie à nouveau de l’apport décisif du steel guitariste précité (de même que “You’re The One”). Avec son clavinet estampillé early-seventies funk et ses cuivres, “Glad For Today” n’aurait pas déparé le “Fulffilling First Finale” de Stevie Wonder. Avec aux avant-postes les guitares de Paige Armstrong et Donna Grantis, ainsi que la steel-guitar de Chuck Campbell et l’harmonica de Lee Oskar, “(Taste Like) Honey” emprunte la trame folk-blues d’un Eric Bibb. Grâce aux background vocals poignants de Kyle Charter, “Doodun” s’avère un saisissant tour de force a-capella. Le “Too Late” de JB Hutto se voit ici transposé en marche funèbre cuivrée façon New-Orleans (sax, trombone et cornet inclus), effet prohibition garanti. Sur un up-time beat effréné rappelant la Tina Turner des early-seventies (Ikettes à l’appui), “Complicated” est traversé d’un fulgurant solo des six cordes électriques de Donna Grantis. Ce sont celles du tétanisant Eric Gales qui prennent le relais, toute wah-wah dehors, pour l’impressionnant “Ain’t Got Nothin'”. À l’arrivée, Miss S’Aida signe donc pour son retour en grâce un inespéré classic soul item, où elle déploie tous les registres de son magistral talent vocal. Welcome back, Milady, we’ve been missing you so!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder

PARIS-MOVE, September 7th 2023

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