| Rock |
Faut-il encore présenter Rosenthal, ce combo famili-marital de pub-rock (mais pas que), fondé il y a près de 45 ans sur ce littoral Dunkerquois où les chalutiers côtoient les cargos et les tankers, et où les fumées des raffineries toutes proches emplissent l’atmosphère d’effluves évoquant, entre autres, Le Havre et Canvey Island? Réactivée en 2021 autour de leur couple fondateur, Jean-Louis et Christine Gadea (respectivement guitariste, claviériste, harmoniciste, compositeur et chanteur, ainsi que bassiste et chanteuse) et augmentée du batteur Frédéric Hembert, la formation nous a gratifiés depuis de trois nouveaux opus (chroniqués ICI, ICI et ICI), et ne compte manifestement pas s’interrompre en si bon chemin, puisqu’en voici déjà un nouveau successeur. Il s’agit d’un concept-album revendiqué, dont la trame relate le quotidien d’un sans-abri prénommé Jordi (comme l’ex-bébé chanteur d’il y a quarante ans? Probablement pas comme un certain Bardella, en tout cas, même si l’expérience lui serait sans doute profitable). Abîmé par les substances dont il use et abuse et par les séquelles que lui ont causé ses années d’errance, ce dernier n’en persiste pas moins à s’accrocher à l’espoir d’une réhabilitation, d’une renaissance, ou comme il l’énonce lui-même, d’une réexistence. Guitariste amateur, il déambule en ville et dort à même le sol avec son instrument (pourtant désormais brisé). Passé l’introductif “Think About The Beginning”, les références au rock vintage abondent (“Une Nuit à l’Hôtel”, réminiscent de Téléphone, “I Wanna Living To Rock & Roll”, évoquant les premiers Ramones, le bien intitulé “American Graffiti” qui en fait autant avec Au Bonheur Des Dames, ou encore “La Déveine”, digne des premiers Bijou), comme en témoignent les quelques reprises qui constellent ces 19 titres (le “Come See Me” des Pretty Things, dont Little Bob fit également son miel en 1978, ou encore le “Shakin’ All Over” des Pirates et le “Flash And Crash” des obscurs Rocky & The Riddlers, exécuté à la manière des Cramps et des Limiñanas), ainsi que l’instrumental “Destroy-Mental” évoquant les Prisoners et les Lords Of Altamont, avec sa fuzz et son orgue vintage. De frustrations diverses et variées (“Ils T’Aiment Comme Des Bêtes”, “Poupée Mécanique”, “Par Plaisir”, “Pourquoi” ou le futur standard “Heartache”…) en dérives sévères (“Stranded On The Sand”, la plage titulaire et “Porch Number Sixty-Six”, dont la mélodie du refrain rappelle celle du “I Fought The Law” de Sonny Curtis), ce parcours se conclut sur un “Demain Matin” davantage porteur d’angoisses que de promesses.
Fans éperdus des Who, on peut se demander si Jean-Louis et son gang n’ont pas tenté d’écrire ici leur propre “Quadrophenia” (en l’occurrence, mâtiné de “White City”, l’album solo de Townshend en 1985). Il y a en tout cas matière à combler un plein double LP, et on n’est certes pas volé sur la marchandise. Nostalgiques du Clash de “London Calling” et des Jam de “All Mod Cons” ne pas s’abstenir non plus (cf. le renversant “Tea & Two Slices”).
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, August 26th, 2026
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