| Rock 'n roll |
Alors là, les amis, c’est la bonne surprise de l’année 2026. Le secret était bien gardé, à l’instar de celui de la Licorne cher à Hergé, des Agapanthes de l’auteure Clarisse Sabard, du code du signal d’alarme des égouts niçois du paradis, jalousement conservé comme la prunelle de ses yeux par Albert Spaggiari, ou encore celui ultra confidentiel défense du code de tir nucléaire tatoué sur le biceps gauche présidentiel, juste à proximité des portraits plus vrais que nature de Zelinsky avec les références de son RIB, de Kylian Mbappé et son melon qui n’est pas de Cavaillon et d’Alain Duhamel et son tube de Baranne et des coordonnées du perruquier personnel de Brigitte, joignable 24h/24 en cas de grand vent ou de sirocco. En effet, après les deux premiers albums d’une réussite déconcertante, Daniel Sani chante Jean-William Thoury et Monomaniaques (Les Disques Tchoc, une référence, de Marseille), chroniqués ICI et ICI par votre serviteur dans les colonnes de Paris-Move et résultant d’une monumentale et insolite rencontre, entre symbiose fusionnelle, alchimie occulte et autres spéculations mystiques, le fameux duo Sani/Thoury, l’osmose et la symétrie parfaites entre deux êtres humains qui ne souhaitaient nullement rester les deux pieds confortablement calés dans leurs Repetto, ni dans les starting-blocks d’un rock’n’roll qui, éventuellement, aurait pu à la longue s’avérer timoré et circonspect. Ils nous reviennent cette fois avec une audacieuse et subtile inversion des rôles, à savoir: Jean-William Thoury chante Daniel Sani. Quand Marseille croise le fer avec Juvisy-sur-Orge, ou l’inverse…
Sans conteste, cet opus est l’attraction artistique, la curiosité musicale, la fascination rock’n’roll de cet été caniculaire, qui va faire inexorablement grimper le mercure dans le rouge, à affoler la grenouille d’Albert Simon qui commence à lancer des SOS désespérés et à enflammer votre tension artérielle devenue incontrôlable, au grand dam de votre toubib avec ses boules Quies et son Lexomil, comme lors du décollage d’un Fouga Magister, avec aux commandes un splendide néophyte aux portes de la cécité et de l’apoplexie et vous en qualité de passager imprévoyant et irresponsable ou lors de la découverte des tarifs exorbitants des prochains concerts de Céline Dion en France, à faire passer les Stones pour des smicards, Springsteen pour un rocker au RSA et McCartney pour un chanteur de fête de bienfaisance entre presbytère, merguez et Kronenbourg tiède.
J’entends et je vois déjà les éventuels empêcheurs de tourner en rond, les belliqueux, les pinailleurs, les enculeurs de mouches de tout poil et autres indécrottables béotiens, le regard libidineux et le sourire persifleur, claironner haut et fort que Jean-William Thoury est certes un excellent parolier qui a maintes fois fait ses preuves depuis l’avènement de Bijou, un journaliste et écrivain de renom, une véritable légende vivante du rock français à la plume alerte, depuis bientôt 60 piges, mais que malgré tout le respect qu’ils lui vouent, n’est en aucun cas un chanteur! A toutes ces sornettes et autres fadaises non étayées qui pourraient se faire jour, je réponds ardemment que Jean-William Thoury n’est pas un prosélyte de l’interprétation rock’n’roll et qu’il avait déjà essuyé les plâtres avec succès en 1977, avec le 45 tours Danse avec moi (chef-d’œuvre de Bijou), sous le pseudo de Guillaume Godard et plus récemment sur la compil’ des Disques Tchoc Moteur, Ça Tourne, Action! Vol.1 (chroniqué ICI dans les colonnes de Paris-Move) avec le titre Ne Dis Rien, interprété à l’époque par le duo mythique et glamour Serge Gainsbourg et Anna Karina, extrait de la BO du film Anna de 1967, avec entre autres Jean-Claude Brialy et Marianne Faithfull… et magnifiquement remis au goût du jour par la paire (gagnante!) Sani/Thoury, avec une interprétation remarquable de ce dernier du standard de l’hôte de la rue de Verneuil. Au regard du résultat exaltant de ce nouvel opus qui dépasse allègrement l’entendement, tous ces hypothétiques pignoufs redondants et bedonnants, austères et conformistes, aux cheveux gras et aux poils naseaux surabondants (je hais les mecs comme eux qui respirent mon oxygène!), n’ont plus qu’à manger leurs chapeaux, marcher à l’ombre et raser les murs. Mais rassurez-vous mes amis, ils ne sont pas légion et quant à présent, je n’ai pas encore croisé un seul justicier masqué des réseaux sociaux qui a osé brocarder ce beau projet de manière injuste et fantaisiste… Sinon, je pense qu’il y aurait eu illico de l’Urgo dans l’air! Dans un excès miséricordieux, je suis même prêt à fournir le Synthol réparateur et le Mercurochrome…
Attention, même si la tessiture vocale de JWT est très intéressante et ne laisse personne indifférent, il ne faut pas s’attendre à une voix d’outre-tombe et caverneuse, avec le larynx arrosé au Bourbon façon Lemmy Kilmister ou le pharynx chauffé à blanc après un gargarisme au vitriol, façon Bon Scott égaré dans le brouillard des quais de la Tamise, après une nuit au Marquee. Mais c’est vrai que la qualité d’interprète, malgré son CV hors-norme, était quant à présent une facette assez méconnue du prolifique et brillant Jean-William Thoury, lui que l’on connait bien évidemment et surtout, en qualité de parolier, producteur, réalisateur, journaliste, biographe, écrivain… j’en passe et des meilleurs, avec dans le désordre: Bijou, Marie-France (Garcia), Paris-Foxy, les Civils Radio, les Playboys, Dynamite Yann, Daniel Sani, Tony Marlow, French Boutik, Rock & Folk, Jukebox Magazine, Vinyle & Audio, Gene Vincent Dieu du rock’n’roll, Dictionnaire Gainsbourg, Coup de Foudre à Altamont, etc… Liste non-exhaustive, bien entendu, car le press-book impressionnant de Thoury (diamétralement opposé au solde de mon compte bancaire) pourrait très vite ressembler aux archives nationales, avec l’obligation d’un Fenwick pour le transporter et une demi-douzaine de manutentionnaires dévoués et triés sur le volet pour l’exploiter! De surcroît, Jean-William Thoury jouit d’une culture musicale hors du commun, une sorte de musicologue qui aurait laissé le côté expert rébarbatif et professeur ennuyeux, blouse grise, barbichette et théorème de Pythagore, au vestiaire, pour ne garder que la magie, la passion, la frénésie, le partage et l’utopie collective d’une certaine idée du rock’n’roll. Jean-William est un sentimental, un passeur d’anecdotes croustillantes pour les brebis égarées et les âmes en déroute, un prédicateur, un prêcheur, le témoin privilégié d’une époque révolue, l’acteur d’une épopée fantastique. Mais encore une fois, avec JWT, rien de fastidieux. Avec son statut très convoité de l’un des derniers gardiens du temple, il se fout éperdument de savoir qu’elle était la couleur des chaussettes du batteur lors de telle session, de connaître le numéro de sécurité sociale du guitariste, d’exposer les problèmes de transit intestinal du pianiste et de savoir si le bassiste a repris deux fois des coquillettes au déjeuner du midi… JWT est une race de rocker en voie d’extinction. Une espèce menacée qu’il faut absolument protéger. Cependant, je n’irai pas jusqu’à affirmer qu’il faille le conserver dans le formol ou le statufier au Musée Grévin, aux côtés de Johnny Hallyday et Elvis Presley.
Quant au sublissime et grandiose Daniel Sani, son alter ego, son frère d’armes des soirées créatives et des petits matins chagrins, humble héros du quotidien d’un rock’n’roll marseillais ressuscité sous ses coups de boutoir incessants, son énergie débridée, son authenticité tous azimuts, sa volonté à toute épreuve, son infaillible audace et son talent exponentiel (tout bonnement), prouve une énième fois, qu’il est indéniablement, un compositeur/ mélodiste/ orchestrateur/ guitariste/ chanteur, de très haute voltige, certainement l’un des meilleurs en activité sur notre petite planète, indubitablement l’un des plus doués de sa génération, sans que la majorité du public français s’en émeuve et en prenne (enfin!) conscience. Quelle bizarrerie inouïe qui demeure une énigme sans réponse. Un mystère rock en somme qui colle aux boots Chelsea de l’insulaire, adopté depuis belle lurette par la cité phocéenne comme le phénix des hôtes de ces bois: le divin Daniel Sani. Si la vie était mieux faite et surtout plus juste, Daniel Sani descendrait à faible allure la rue Jules Moulet au volant d’une Cadillac Eldorado de 1957 de couleur rose, Montecristo à la commissure des lèvres, coupe de Moët & Chandon à proximité. Il emprunterait également le tunnel du Prado, en évitant les rascasses, au volant d’un rutilant Coupé DeVille de 1959. Il déclencherait involontairement des émeutes urbaines et l’hystérie collective, à chaque fois qu’il irait chez son boucher acheter une entrecôte, avec cordon de CRS aux abois et bodyguards bodybuildés dans la panade, entre gaz lacrymogène, matraques volantes et uppercuts salvateurs. Il se ferait arracher sans ménagement et avec les dents, sa liquette de chez Figaret, à chaque fois qu’il irait acheter son pain à la boulangerie du coin. A l’instar d’Elvis, il aurait son Graceland d’une trentaine de pièces, sur les hauteurs de Carry-le-Rouet, au milieu des spectres de Fernandel et Nina Simone, et de Jean-Pierre Foucault pour le BBQ dominical. Daniel Sani fait partie de la race des seigneurs, des seigneurs pagnolesques avec le chant des cigales en fond sonore, faisant le grand écart entre la Belle de Mai et la Brise de Mer (notez la souplesse de ses adducteurs!), Rickenbacker en bandoulière, tel un Tom Petty ou un Pete Townshend des calanques. Daniel Sani, un artiste de la race des seigneurs pagnolesques, disais-je, de ceux animés par l’humilité, le respect et la bienveillance, malgré un talent flagrant et un charisme aveuglant, de ceux à l’allure romanesque et chevaleresque, qui s’inclinent et qui baissent les yeux devant la Bonne-Mère. De ceux qui conjuguent la maestria à tous les temps. De ceux qui transforment tout ce qu’ils touchent en or, tandis que d’autres les transforment en plomb: Les Disques Tchoc, Daniel Sani chante Jean-William Thoury ou l’inverse, The Jana’s, Batmen, le Collectif Aïoli Temple…
L’album démarre sur les chapeaux de roues avec Ne me menace pas de ta pitié et un excellent texte de Thoury agrémenté de riffs qui me font un tantinet penser au fameux Get In On de T.Rex en 1971. A souligner aussi l’émouvant Une chanson pour Johnny, avec les guitares incisives de Daniel, qui sonnent très 60’s et empreintes de nostalgie, du genre guitare Baryton de Poison Ivy des Cramps dans A Date With Elvis de 1986. Paris sous la Pluie, avec quelques passages faisant penser au Summertime Blues d’Eddie Cochran. Mieux Vaut Tard Que Jamais est la reprise de The Beau Brummels Just A Little, déjà adaptée dans sa version française par Elsa Leroy, ex Mademoiselle Age Tendre (l’égérie de Jean-Luc Godard) en 1965. Mon Chat n’a rien à voir avec celui de Pow-Wow, ni avec les Chats Sauvages de Dick Rivers, ni avec les Stray Cats, ni avec Marty Wilde and the Wildcats…
Quand il voit que la vie m’a fait une vacherie,
Qu’il me trouve sur le lit déprimé
En silence contre moi il se blottit,
Et de sa langue râpeuse,
Boit la larme qui vient de couler…
Encore un texte très inspiré de Jean-William Thoury!
On citera aussi le très funky Réponds-moi, Les Cinq Rocks, clin d’œil aux futures Chaussettes Noires d’Eddy Mitchell, débaptisés à leur insu par une sombre tambouille peu ragoûtante orchestrée par les chaussettes Stemm, Evelyne Langey l’impresario des Chaussettes, avec la complicité de Lucien Morisse (Europe 1) et bien sûr de l’indéboulonnable Barclay. Pleurer sous la Pluie du duo Thoury/Sani est la reprise de Crying in the Rain des Everly Brothers, titre interprété en 1962 par Richard Anthony. Ainsi que quelques autres pépites qui composent les 14 titres de l’album, avec une pochette très rock’n’roll en noir et blanc du meilleur effet.
Que dire en conclusion de cette chronique, que Jean-William Thoury et Daniel Sani semblent devenus indissociables, comme le Yin et le Yang, Sheila et Ringo, Laurel et Hardy, Stone et Charden, Salvatore et Adamo… Avec eux, aucun problème d’ego surdimensionné, à jouer puérilement à celui qui a la plus grosse et à celui qui pisse le plus loin. Ils regardent inexorablement dans la même direction, au service de la musique, au service du rock’n’roll. Qu’ils viennent de sortir un album couillu, imprégné de testostérone, audacieux, magnifique et INDISPENSABLE…!!! (je sais, je sais, encore une lapalissade, mais je l’assume!). Un album qui mériterait amplement plusieurs victoires de la musique et le Grand Prix de l’Académie Charles Cros. Ces mecs pourraient chanter le menu du Plaza Athénée ou un discours de François Bayrou et les faire vibrer.
Serge SCIBOZ
Paris-Move
PARIS-MOVE, July 15th, 2026
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Album Jean-William Thoury chante Daniel Sani disponible aux disques Tchoc (disques.tchoc@gmail.com) ou directement au Rock Paradise de l’ami Patrick Renassia, 42 rue Duranton, 75015 Paris, métro: Boucicaut.
A noter que Jean-William et Daniel seront en showcase exceptionnel à Rock Paradise, le samedi 10 octobre 2026. Un after de la canicule!
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