| Blues, Blues-Rock |
Pour son sixième album chez Ruf en moins d’une décennie (voir les chroniques des deux précédents ICI et ICI), la Bruxelloise de naissance Ghalia Vauthier nous revient en bonne compagnie, puisqu’elle a enregistré celui-ci sous la houlette de JD Simo (ex-leader des regrettés Simo Brothers, devenu depuis producteur de renom, auprès notamment d’Alastair Green et Kirk Fletcher, respectivement chroniqués ICI et ICI), dans son studio The House Of Grease à Nashville. Après un “Shout Sister Shout” qui la vit embrasser un large panel de styles, elle revient ici à un blues certes toujours électrifié, mais bien plus proche de ses racines. Ainsi du “No Ice Please” d’ouverture, drivé par une slide sursaturée selon un beat primitif hérité du Hills Country, tandis que sa voix s’y nimbe d’un écho des plus vintage, et que le “Mine” qui lui succède épouse une ligne jungle-surf proche de celle qu’affectionnaient naguère ses compatriotes de Vaya Con Dios. “Ride” poursuit dans cette veine rétro proche des B.O.s de Tarantino circa “Pulp Fiction” et “Boulevard De La Mort”, avant que le hanté “Where Do We Go” ne traîne son swamp entre Jimmy Reed et RL Burnside (les deux slides s’y répondant en un hululement commun), et que “Wrong Horse” n’emprunte son hillbilly country beat au “Got My Mojo Working” de McKinley Morganfield, toujours pour le plus grand bonheur du glissando. Entre John Lee Hooker et les premiers ZZ Top, le furibard “Lucifer’s Grip” fouette de la queue comme un alligator brusquement dérangé au cours de sa sieste : typiquement le genre de hoodoo à même d’enflammer le plus blasé des juke-joints. Évoquant la touche brute et agricole du Reverend Peyton, l’enlevé “Wreckin’ & Rollin'” devance la plage titulaire, qui claudique sur un beat manifestement hérité de Howlin’ Wolf tout en sinuant aux confins du reggae. Le languide et narratif “River’s Song” présente la prestation vocale la plus intense, tant le phrasé de Ghalia sur ce raga-blues déploie une vaste palette d’inflexions, entre ses racines gitanes et flamenco. Aussi lascif et funky que possible, le bien intitulé “Let Yo Hair Down” laisse entrevoir ce que Robert Plant et Jimmy Page eussent pu proposer s’ils avaient poussé plus loin leur collaboration en pareil territoire, avant que l’aérien “Black & White” ne ferme le ban dans une brièveté assumée. Capté quasiment live en studio, avec le simple renfort de Simo à la seconde guitare et d’une section rythmique aussi souple que dynamique (Brian Allen à la basse et Chris Powell aux drumsticks), voici donc un album à la fois fermement ancré dans la tradition, mais néanmoins émancipé de tout académisme superflu. Brut, direct et sincère, comme son autrice, en somme.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, May 5th, 2026
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