ELEVEN76 – A Day Of Unrest

Légère Recordings
Musique de film
ELEVEN76 - A Day Of Unrest

Encore trop souvent confondue avec la muzak ou l’easy listening, la library music fut longtemps considérée comme un sous-genre (voire une niche), et de ce fait largement méprisée. Ces bibliothèques de bandes-son libres de droits étaient éditées sous forme de catalogues, afin d’illustrer le plus souvent des documentaires TV ou des génériques de séries B à Z. Parmi les fournisseurs de l’ombre les plus productifs en ce domaine, on recensait notamment le Franco-Libanais Jack Arel (qui en produisit au kilomètre avec ses complices Pierre Dufour et Jean-Claude Petit), mais aussi les légendaires Pretty Things qui, affamés et en rupture de ban, en enregistrèrent anonymement de quoi remplir trois bons CDs (regroupés depuis dans la série “Electric Banana”). Pour sa quatrième livraison depuis 2018, le tripode que pilote le multi-instrumentiste, session man et ingénieur du son Paul Elliott (par ailleurs percussionniste au sein du Bacao Rhythm & Steel Band, chroniqué ICI) avec le funky drummer et mixeur Timmy Rickard, et l’autre poly-instrumentaliste, songwriter et producteur Dan Smith (membre des Heliocentrics, dont le batteur n’est autre que Malcolm Catto, également complice de Barrie Cadogan, alias Little Barrie, et chroniqué ICI) livre donc une nouvelle B.O. instrumentale et fictive en douze séquences, tour à tour inspirées de Lalo Schifrin, Nino Rota, Star Trek, Les Envahisseurs et Des Agents Très Spéciaux. Car si ses supposées cousines pré-citées ne prodiguent qu’un paisible et moelleux fond sonore (dont le but revendiqué consiste à détendre l’auditeur-consommateur, le plus souvent dans un cadre mercantile), la library music tend pour sa part à souligner les scènes d’un film (ou d’un téléfilm) dont elle accompagne l’action. Suscitant ainsi tout à tour le suspense (voire la menace, cf. le prologue de “A Moment Of Unrest”, “Covert Signals” et la plage titulaire), la sensualité lascive (ici la bossa flûtée de “Hall Of Dead Roses” et “Someone’s Always There”) ou l’effervescence (“Denzel’s Pick Up Truck” et son jerk aux bongos survoltés façon “Bullitt”), Eleven76 n’hésite pas à recourir à une pléiade d’effets millésimés pour appuyer son propos (giclées de Hammond B3 et de surf guitar psycho, effets spéciaux cheap sur synthés moog vintage, acid-jazz break-beats à caisse claire pète-sec, comme ici sur “Whisper”). Le recyclage de thèmes connus demeurant une autre figure imposée, celui du fameux “Peter Gunn Theme” d’Henri Mancini (façon “Planet Claire” des B-52’s) que constitue “The Maniacal Twin” s’avère un modèle du genre, tandis que “Frosty” et “Stay Frosty” combinent les cocottes de la Blaxploitation à des cordes synthétiques et des gimmicks dignes de “La 4ème Dimension”. À rapprocher du “Themes From” de Nyx Nott et, plus récemment, du “Glera” de Marco Benevento (respectivement chroniqués ICI et ICI), un album aussi dansant et mutin que ludique, en forme de madeleine de Proust (à déguster avant que l’IA n’achève de suppléer les tâcherons historiques de ce courant patrimonial, pourtant essentiel à notre pop-culture).

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, September 30th, 2026

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