BOOTLEGGERS – Rust, Bones & Rock n’ Roll

Céré Family
Americana, Blues, Rock 'n roll
BOOTLEGGERS - Rust, Bones & Rock n' Roll

Alors, cette fois, c’est officiel et définitif: après plus de quarante ans de bons et loyaux sévices, le rockin’ blues & country man béarnais Didier Céré raccroche les marteaux, plie les gaules et prend sa retraite… Mais avec déjà pas moins de 14 Albums à son actif (sous des configurations diverses, quoique toujours au sein de la même diaspora locale), il n’entend pas quitter l’arène sans un dernier baroud d’honneur, et c’est précisément l’objet de cet opus en forme d’ultime tour de piste. Comme lors de ses prédécesseurs “Made In Rock n’ Roll”, “Rock Rebel” et “Deep Sud” (respectivement chroniqués ICI, ICI et ICI), outre les fidèles Mondou père et fils (sax et guitares) et Nicolas Lacaze (fûts, pédales et cymbales) figurent à nouveau quelques usual suspects (Fred Chapellier y croise ainsi le manche avec la pedal-steel de Jean-Yves Lozarc’h, tandis que Kris Jefferson – bassiste, entre autres, chez Popa Chubby – et l’organiste Red Young réactivent eux aussi leurs ronds de serviettes, apportant leur propre écot à la party). C’est sur un beat et un mood proches du cajun Sonny Landreth que s’ouvrent les festivités, avec un “Austin Texas Let Me Stay Awhile” que les six cordes de Jérémy Mondou assaisonnent d’un gumbo savamment relevé, avant que le bien intitulé “Teddy Boy Stomp” n’emprunte ses accents rockab’ aux Stray Cats grande époque (soli de sax éperdus de Mondou père à la clé, façon Big Jay McNeely). Cuivres toujours chauffés à blanc, “Rock N’ Roll In The Bayou” déboule pleins cylindres sur ses travées, et il est dès lors patent que ces Béarnais n’entendent ici faire aucun quartier. Le son est hénaurme, à l’Américaine, et les “Redneck Rock N’ Roll” et “Tex Avery Wolf” qui suivent, avec leurs faux-vrais airs de Springsteen backé par le E-Street Band, en bénéficient largement (chœurs d’Èva Dymco à l’appui). C’est alors que Didier abat sa master stroke, avec la southern soul ballad élégiaque “For You Vietnam Vet”, où les anches de Michel Mondou ravivent le souvenir de celles du regretté Clarence Clemmons, tandis que l’orgue de Red Young en fait autant avec celui de Roy Bittan. “Stampede” et “La Rivière” viennent pour leur part mouiller sur les rives du Skynyrd épique de “Simple Man” (avec un Chapellier en verve sur le second), avant que “Rock N’ Roll Radio” (sans relation toutefois avec le titre homonyme chez le regretté Moon Martin) ne repasse faire virevolter les robes à crinolines, pendant que Chapellier, Lozarc’h et Mondou fils s’y tirent la bourre avec gourmandise. Unique authentique blues du lot, “Down Town Austin” est signé Chapellier pour la musique et Céré pour les paroles, et l’on ne peut s’empêcher d’y songer à ce que proposait jadis le grand Bill Deraime en la matière (d’autant que Red Young y laisse tourner sa cabine Leslie comme un spectre en écho, et que Fred s’y montre une fois de plus impérialissime). Le Louisiana country “Bluebonnets Trail” clôt ce superbe album sur le même mode qu’il s’était ouvert. Si vous cherchiez d’aventure un lopin d’Amérique au Sud de la Garonne, le bayou des Bootleggers vous tend les bras (on s’y croirait vraiment).

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, October 28th, 2026

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