| Blues, Funk, Soul |
Depuis qu’il a dépassé l’âge auquel son renommé paternel disparut prématurément (et après lui avoir rendu une fois de plus hommage il y a trois ans, avec la compilation “Luther’s Blues”, chroniquée ICI), Bernard Allison semble désormais en paix avec son héritage. Après des débuts impétueux (qui le virent arpenter parfois des chemins démonstratifs jusqu’à plus soif), il aborde la soixantaine en bluesman accompli. Sans renier ses références à la soul, au funk et au rock, il nous revient avec sept compositions originales (dont cinq co-signées avec le guitariste Stephen Johnson, alias Stevie J. Blues, par ailleurs pilier du Bobby Rush Band). Conçu sur le principe du “family & friends”, cet album convie en effet, outre ses propres neveux Jasper et Lindsey Allison (aux backing vocals sur deux titres), quelques guests aussi sérieux que les guitaristes Larry McCray, Devon Allman et Matthew Curry, ainsi que le pianiste Victor Wainwright et la violoniste Heather Hardy. Après plusieurs parutions conçues sous l’égide du regretté Jim Gaines, Bernard assume seul la production de celle-ci, et c’est sur le funky “Left Me With My Guitar” (autant réminiscent de Freddie King que de Johnny Guitar Watson) que s’ouvrent les festivités, avant une première cover, celle du “4 O’Clock In The Morning (Waiting On You)” de B.B. King, shuffle échevelé où s’illustrent les ivoires alertes et la voix de Wainwright, tandis que le Hammond d’Eric Roberts leur donne la réplique. Le groove reprend vite ses droits avec le remuant “Time Traveler” (où s’illustrent les six cordes de Larry McCray, ainsi que celles d’un certain Matthew Mwangi, qui co-signe cette plage). Première contribution de ses neveux Jasper et Lindsey “Slide On Over” est une languide soul ballad dans le registre d’Al Green, où Bernard croone en citant tour à tour Marvin Gaye et Betty Wright. Vient ensuite un hommage au regretté Rick Derringer (disparu l’an dernier à l’âge de 77 ans), avec la reprise de son classique, “Rock & Roll Hoochie-Koo” (rendu célèbre en son temps par Johnny Winter), en duo avec son collègue de label, Matthew Curry (chroniqué ICI, et ICI au sein de la récente Blues Caravan 2026). Co-écrit avec Chris Beard, “Busted & Disgusted” est un mid-tempo rugueux et savoureux, dans la veine des deux Albert (King et Collins), où Bernard confirme la science du blues urbain que lui confèrent quatre décennies de pratique, avant que la plage titulaire ne nous ramène à la soul des early-seventies (avec guitare de Devon Allman, cocottes en wah-wah et clavinet millésimés “Talking Book”). Pacte passé avec son père à son décès, Bernard case depuis près de trente ans une des compositions de ce dernier sur chacun de ses albums, et c’est le chaloupé “Should I Wait” qui s’y colle cette-fois. Avec le renfort du violon de Heather Hardy, le lancinant “Pay What You Owe Me” précède le remuant “Blues Thang” conclusif. Une bien belle livraison, où maturité rime avec jovialité, et feeling avec groove.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, October 3rd, 2026
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