MATTHEW CURRY – One For The Ride

RUF Records
Blues-Rock, Southern rock
MATTHEW CURRY - One For The Ride

Natif de l’Illinois (et à peine âgé de 31 ans), le guitariste, songwriter et chanteur (gaucher) Matthew Curry n’en avait pas 18 quand parut son premier album, “If I Don’t Got You”. Treize printemps plus tard, il n’en est toutefois qu’à sa cinquième publication (sept ans s’étant en effet écoulés entre ce “One For The Ride” et son prédécesseur, “Open Road”), mais il compte bien sur sa récente signature au catalogue Ruf (et son inscription dans la tournée Blues Caravan 2026, aux côtés de Laura Chavez et Élise Frank) pour se faire mieux connaître du public européen. S’ouvrant sur le bondissant et cuivré “Rum Stumblin'”, ce disque le présente accompagné de sa fidèle section rythmique à la scène comme en studio (Tim Brickner, basse et Francis Valentino, drums), augmentée alternativement des claviers de Rob Arthur, Mark Masefield et Grace Quackenboss (ainsi que d’un occasionnel trio de cuivres). Si ses premières saillies sur les six cordes laissent craindre une nouvelle attaque de shredder épate-gogo, le solide “Born Behind The Wheel” (s’appuyant sur des twin guitars qu’il double lui-même, ainsi que le tandem orgue-piano de certains des claviéristes précités) révèle de séduisantes effluves de ce southern-blues rock dont la fratrie Allman et Skynyrd furent en leur temps les porte-drapeaux les plus flamboyants. Tandis que l’on ressort notre étendard Dixie de la naphtaline pour le brandir au balcon de notre HLM, la ballade enlevée “Barely Livin'” confirme non seulement l’essai, mais aussi la patte d’un auteur-compositeur d’une authentique personnalité (nonobstant ses références revendiquées). Entre Steve Earle, John Hiatt et Nick Lowe, notre jeune impétrant s’y avère en effet promis à un avenir sans doute radieux en ce domaine, tandis que le languide et semi-acoustique “Dancing in The Kitchen” témoigne également de ses capacités en matière de swing-blues feutré (ainsi que de chant crooné). Sa guitare s’y montre en tout cas bien plus subtile et jazzy que sur la plage d’ouverture, et c’est sans tergiverser l’un des titres dont nous vous recommandons l’écoute en priorité. Comme son titre l’indique, la southern-rock “Ballad Of Jesse Ed Davis” se réfère au regretté session man native american, qui collabora à tant d’œuvres marquantes de Taj Mahal, Leon Russell, Gene Clark, Bob Dylan, Eric Clapton, John Lennon, George Harrison, Ringo Starr et Jackson Browne. Ne manquait plus au tableau qu’une gospel-soul tune à la sauce Shelter-Hi-Stax, et c’est le langoureux “Don’t Be A Stranger” qui s’y colle avec brio, avant que second-line beat juteux du funky “Rather Float A River” ne mène ce brave Matthew en terre louisianaise (proche en cela de l’Anders Osborne d’il y a trente ans et quelque, avec son “Which Way To Here” sur Okeh, particulièrement recommandé dans ce registre). L’hymne des pochetrons de Jacksonville, en Floride, “Whiskey Rock N’ Roller” (et celui de ses auteurs, Lynyrd Skynyrd) permet à Matt d’adresser un nouveau coup de chapeau au regretté Ronnie Van Zant (dont il tint le rôle à l’écran il y a une dizaine d’années déjà, dans le fim de Fred Olf, “Joe Dirt 2: Beautiful Loser”) ainsi qu’à sa défunte clique. Avec son banjo et son barrelhouse piano, la touche country-swamp de Sonny Landreth, Tony Joe White et JJ. Cale imprègne ensuite le claudiquant “Brand New Day”, avant que le rideau ne tombe sur “The Rambling Kind”, que Matthew introduit et interprète en picking acoustique avant son envolée électrique finale, confirmant au passage toute l’étendue de ses talents sur le manche. Vocaliste au timbre soulful et chaleureux autant que guitariste au lyrisme assumé et auteur-compositeur prolixe, Matthew Curry incarne la relève, tardive mais assurée, d’un rockin’ blues imprégné de tous les sucs du Sud de la Bible Belt. Mieux vaut tard plutôt que jamais, non?

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, June 5th, 2026

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