| Blues |
Né à Kosciusko dans le Mississippi le 31 janvier 1944 (mais ayant grandi à Memphis), Charlie Musselwhite migra encore adolescent vers le South Side de Chicago, où il trouva d’abord refuge auprès de Big Joe Williams, avant de se frayer une niche bienveillante parmi les légendes des clubs locaux telles que Muddy Waters, Big Walter Horton, Howlin’ Wolf, Rice Miller, Little Walter et Junior Wells. Avec près de quarante albums à son actif depuis 1967 (sans compter ses collaborations notoires avec John Lee Hooker – qui fut même son témoin de mariage – ainsi que les Dynatones, John Hammond, James Cotton, Billy Branch, Sugar Ray Norcia, Elvin Bishop, Bonnie Raitt, Tom Waits, Hot Tuna, Cuarteto Patria, JW Jones, CIndy Lauper, Superdownhome et Ben Harper), il s’est hissé en un demi-siècle au rang des figures prédominantes du blues contemporain. Quant au trio bostonien GA-20, depuis sa première incarnation en 2018 (et ses débuts sous le haut parrainage de Luther Dickinson, ainsi que, déjà, Memphis Charlie), et surtout son fameux tribute album de 2021 au grand Hound Dog Taylor, il n’a de cesse d’incarner la dernière renaissance en date du blues urbain. Mâtinée à l’occasion de rhythm n’ blues, de country et de rockabilly, la musique de ces blancs-becs continue de conquérir un auditoire de plus en plus vaste, au fil de tournées et de LPs invariablement encensés (chroniqués ICI, ICI, ICI, ICI et ICI). Leur nouvelle collaboration avec le vétéran tutélaire de l’harmonica n’a rien de fortuit, puisqu’il est notoire que Matthew Stubbs (leur leader incontesté) officiait naguère au sein du touring band de celui-ci. Matthew déclare à propos de leur nouvel opus commun: “Nous avons essayé de trouver des morceaux liés à Charlie ou à des artistes qu’il connaissait personnellement à Chicago, mais aussi des morceaux que nous aimons et auxquels nous pensions pouvoir faire honneur. Le son de GA-20 prend racine dans le blues de Chicago de la fin des années 50 et du début des années 60, mais nous ne voulions pas recréer “Stand Back!” (premier album de Musselwhite, sorti chez Vanguard en 1967), nous voulions juste nous en inspirer. Nous avons voulu capturer l’esprit de ce disque”. Et dès leur cover frénétique du “Crazy Love” de Willie Dixon, on peut considérer le pari réussi: le chant exalté de Cody Nielsen et l’urgence du jeu de Stubbs y poussant Charlie dans ses retranchements, le forçant à retrouver les accents roots et juvéniles de ses débuts (quand il pouvait s’enorgueillir de compter l’immense Harvey Mandel à ses côtés). Le “I Can’t Hold Out” d’Elmore James qui suit rend autant justice à ce dernier qu’au Paul Butterfield Blues Band, que Charlie côtoyait régulièrement dans les clubs de la Windy City au cours des mid-sixties. Le single “I’ll Change My Style” (initialement interprété par Gary U.S. Bonds), three-steps ballad entre soul et country, permet à Charlie de verser dans le swamp-blues dont Slim Harpo, Lazy Lester et Lightnin’ Slim se firent en leur temps les apôtres, tandis que “Big Stars Falling” (que co-chantent Charlie et Cody) traduit l’influence manifeste de Jimmy Reed. Co-signé en son temps par Junior Wells et John Lee Hooker, l’instrumental effréné “Universal Rock” emprunte son train d’enfer au “Got My Mojo Working” de Muddy Waters, et offre à chacun des solistes l’opportunité de briller dans cette veine. La Morganfield connection se poursuit avec la profession de foi “The Blues Never Die”, que composa le beau-frère de ce dernier, le pianiste émérite Otis Spann, et que chante un Charlie autant nimbé de reverb que l’est son harmonica doré sur tranche, auquel répondent les six cordes d’un Stubbs sous ascendant Buddy Guy. Seule compo de Musselwhite, “Strange Land” poursuit dans la même ligne, avant que “Stroll Out West” d’Eddie Taylor ne revisite le Hills County Blues des dynasties Burnside et Kimbrough, via le hululement fantôme de Chester Burnett. L’enlevé “Short Dress Woman” du saxophoniste J.T. Brown (lui aussi comparse d’Elmore James) ravive le versant égrillard d’un Charlie dont on imagine sans peine le large sourire tandis que la slide effervescente de Cody découpe cette plage en tranches saignantes, avant que nos amis ne concluent sur l’instrumental languide “Christo Redentor”, qui ornait il y a soixante piges le “Stand Back!” d’un jeune musicien prometteur, devenu depuis patriarche et parrain intemporel. Un album trans-générationnel en forme de viatique, où il n’est à aucun instant question d’âge (fut-ce celui des artères). Nous sommes en 2026, et c’est désormais avéré, “Blues Never Die”.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, July 22nd, 2026
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