| Blues-Rock |
Apparemment, il n’y a pas que pour le fameux nuage de Tchernobyl que la frontière franco-belge parvient à s’avérer étanche, puisque jusqu’à l’intervention judicieuse de son attaché de presse, je n’avais strictement jamais entendu parler de Thomas Frank Hopper. De son véritable état civil Thomas Jacobs Verbruggen, ce chanteur, lap-steelist et guitariste natif de Bruges (ses canaux, son béguinage, ses chocolats) n’en grandit pas moins en Afrique avec ses parents (sans préciser où – si ce ne fut en République Démocratique du Congo, ex-colonie instaurée par Léopold 1er, où donc parle-t-on néerlandais sur ce continent? Le premier qui répond correctement à la question gagne une photo dédicacée de Desmond Tutu). Déjà à la tête de deux albums depuis 2021, Thomas Frank et ses acolytes revendiquent les influences d’un blues-rock bien né (Led Zep, Hendrix, Jack White, Black Keys, Rival Sons, John Butler, Gary Clark Jr…). Avec pareil pedigree, c’est sans surprise qu’on les découvre favoris de la radio classic rock Wallone, Classic 21, ainsi que finalistes de la sélection en vue de représenter la Belgique lors de l’International Blues Challenge de Memphis. Dès le “Ready To Thrive” d’ouverture, on distingue en tout cas chez ces trentenaires (Thomas a même franchi la rive symbolique des quarante ans) une convergence avec des formations belges des années nonante et millenium (Such A Noise, Triggerfinger, Boogie Beasts), mais aussi avec leurs cadets de The Flynts (chroniqués ICI), ainsi que des références datant de plus loin encore (ainsi du boogie-shuffle “Freak Show”, entre l’early ZZ Top, Wishbone Ash et Foghat, twin-guitars à l’appui). Capable de grimper dans les tours avec autant d’aisance que ses doigts sur son manche, les cordes vocales de Thomas accusent parfois une certaine proximité avec celles du jeune Robert Plant, mais ses complices ne sont pas en reste non plus. Sur le funky mid-tempo “Six Feet Underground”, la seconde guitare de Diego Higueras, la basse de Jacob Miller et la batterie de Nicolas Scalliet bénéficient, outre les chœurs des deux derniers cités, du Hammond B3 soulful à souhait de l’excellent Maxime Siroul, et le rampant “Wild Birds” (où nos amis accueillent en renfort la chanteuse Meri Lu Jacket) ainsi que la ballade semi-acoustique “Take Me Home” transpirent sans complexes leur ADN seventies (d’autant que Siroul y récidive dans les rôles successifs de Ken Hensley et Jon Lord). “Never Lonely” est la peinture sociale épique d’un ermite misanthrope, auquel Thomas semble loin de donner tort (un peu dans l’esprit du “21st Century Man” qu’écrivit Ray Davies voici plus d’un demi-siècle). Sans relation directe avec le film éponyme de Tarantino (quoique), l’échevelé “Jackie Brown” n’aurait pas déparé sur le “Burn” du Purple Mark 3, tandis que le shuffle “Open Road” accueille en special guest la grande Vanja Sky, qui y duettise avec Thomas (bien vu, les gars: le boss de Ruf porte le même prénom). Avec son pattern façon Rage Against The Machine, le bref et acerbe “Idiocracy” se distingue du lot par sa brutalité, mais nos amis n’en concluent pas moins sur l’aérien (bien que sombre) “Zippin’ Pippin'”. Comme dans une uchronie, Thomas Frank Hopper et son gang reprennent donc ainsi le flambeau d’un certain blues-rock, dont les âges d’or successifs se télescopent au fil de cet album trans-générationnel. Gageons que maints parents et grand-parents se délecteront de surprendre leur descendance à s’y intéresser.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, September 5th, 2026
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