| Heavy Rock |
Au carrefour des sixties et des seventies (soit entre les festivals de Woodstock, Amougies, Wight et Bilzen, et l’avènement du glam-rock qui, avec la déferlante des Ziggy, Roxy, T-Rex, Slade et autres Sparks, allait temporairement renvoyer les jeans crasseux aux calendes grecques, à grand renfort de paillettes, de rimmel et de platform-boots), la nostalgie n’était déjà plus ce qu’elle était (pour paraphraser non pas Marcel Proust, mais plus prosaïquement Simone Kaminker – alias Signoret). En effet, en dépit du fameux Wembley Rock N’ Roll Show de 1972, (ainsi que du Toronto Rock & Roll Revival de 69, et de la participation ultérieure de Jerry Lee Lewis et Chuck Berry à notre bonne vieille Fête de l’Huma), le foie de Gene Vincent ne survécut hélas pas à 1971, tandis que la vogue rétro privilégiait alors des reconstitutions parodiques telles que Sha-Na-Na (immortalisés par le film-docu de Michael Waldleigh), Au Bonheur Des Dames ou, au mieux, ces incorrigibles passéistes de Flamin’ Groovies. Il faudrait encore attendre une vingtaine de lustres avant que ces chenapans de Stray Cats ne remettent à l’honneur le rock des origines, mais entre-temps, maintes vagues avaient roulé sous les ponts… Ce qui ne rend que plus savoureux le phénomène dont la Belgique est actuellement le témoin privilégié. Depuis la région de Liège et d’Arlon, quatre garçons, dont les âges respectifs ne dépassent pas le quart de siècle, se sont en effet assigné pour mission de réactiver un courant musical dont on n’imaginait plus, pour se le remémorer, que les ultimes (et bientôt acochymes) contemporains de son époque (précisément celle que nous évoquions en incipit). Sous haute influence de Free, Cactus et Mountain (dont ils reprennent sur les planches l’antique “Mississippi Queen”), ces jeunes gens se sont ainsi réunis autour de leur passion commune pour ce heavy-rock tambouillé dans le marigot où s’ébrouaient alors défroqués du blues-boom (Ten Years After, Savoy Brown, Foghat), soudards de la vague pré-métal (Black Sabbath, Deep Purple, Led Zep) et grands traumatisés par Blue Cheer, Frost et les Amboy Dukes (Steppenwolf, Grand Funk Railroad). Après un premier single usiné sous l’égide conjointe et déterminante de Mario Goossens (Triggerfinger) et Greg Gordon (Greta Van Fleet, Wolfmother, Rival Sons), nos spadassins en pattes d’eph ont publié un EP 4 titres, dont voici la version augmentée de quatre bonus live. De tirage et de diffusion strictement limités à la table merch de leurs concerts, cette carte de visite est appelée à faire entrer en ébullition la niche des collectors (d’autant qu’on annonce la parution imminente d’un plein album, lui aussi décliné selon diverses versions, et capté lors de leur récente prestation à l’Ancienne Belgique de Bruxelles, le 31 Mars 2026). Classic 21, la radio classic rock dominante au plat pays (ainsi que sur les Hauts-de-France), ne s’y est pas trompée, et leur assure un buzz à même de continuer à les propulser vers les scènes les plus prestigieuses. En attendant la réalisation de ces oracles, “White Lava” résonne d’emblée comme un outtake du Zep brown bomber. Vocaliste aussi puissant que racé, Raphael Rufo y cède à son guitar-killer Boris Iwanow le soin de rendre hommage au regretté Jeff Beck, tandis que la section rythmique démontre ce qu’elle a assimilé de l’héritage de forcenés tels que Bill Ward et Geezer Butler, dont “Sacred Flint” accuse la marque indélébile. La basse de l’élégant Luca Galet rivalise en effet d’agilité et de précision avec les drum-sticks et la grosse caisse de ce poulpe de Gaël Thiry, et si le stonien “Black Leather” (pour Rolling, hein, pas pour stoner) oscille ensuite vers Bad Company, cette paire gagnante n’y figure certes pas pour rien. Avec ses envolées lyriques et lysergiques, “Mystic Dreams” relève davantage de Wishbone Ash et Uriah Heep, et achève de nous faire voyager dans le temps. Saisis au renommé Spirit Of 66 de Verviers, les trois premiers titres bonus (“Lover On The Run”, “Garden Of Eden” et “Solitude Blues”) attestent de l’impressionnante envergure de la formation sur scène, tandis que la version de “Mystic Dreams” qui ferme le ban (captée pour sa part au Roots & Roses) offre une idée assez précise de la capacité de ces forbans à transcender leur propre répertoire. Davantage qu’une recréation scolaire et appliquée, The Flynts s’imposent donc plutôt comme la résurgence vibrante et inespérée d’un âge d’or, dont les protagonistes affichaient alors le même âge qu’eux-mêmes à présent. À l’heure du jugement dernier, sachez vous souvenir que nous aurons été parmi les premiers à vous en alerter.
PS : Éric Coubard, si tu nous lis, ça y en a relever de ta juridiction…
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, July 30th, 2026
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En concert:
Samedi 12 septembre 2026 : RAISMES Festival (F)
Vendredi 30 octobre 2026 : Deux Ours, MODAVE (B)
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