| Rhythm 'n' Blues |
Après un premier album remarquable (et remarqué, cf. chronique ICI), ce combo issu de la communauté chicano d’East L.A. nous revient sous la persistante bannière Colemine, avec rien de moins que le boss de la compagnie, Kelly Finnigan (par ailleurs leader des Monophonics), aux commandes. Aux neuf membres de la formation s’ajoutent autant de musiciens et choristes additionnels, de sorte que les novices soient bien convaincus de ne pas se trouver en présence d’un énième power-rock trio. “Oh Love”, la languide valse rétro d’ouverture, dissipe d’emblée toute ambigüité en la matière : du son moelleux des cuivres et de celui, aigrelet, d’une guitare millésimée, jusqu’aux chœurs énamourés, tout contribue à nous transporter au temps béni du tergal et du Formica, mais nul pastiche ni second degré en vue : ces jeunes gens sapés comme dans “Dirty Dancing” vivent manifestement leur trip à fond. Derrière une console que l’on pressent 100% vintage, Finnigan s’assure d’ailleurs que le curseur spatio-temporel reste calé sur les early sixties, même si quelques incursions au début de la décennie suivante demeurent permises (ainsi de “Did Ya Know?” avec son empreinte Philly Sound). Quoi qu’il en soit, l’influence du gigantesque Curtis Mayfield reste prédominante (“Let’s Fall In Love (Again)”, “There She Goes”, “Let’ Em Shine”, “How Lonely Is Lonely”, “What Can I Do?”, “Cry Baby”, “Minute By Minute”, “She Was in Love”): rythmiques chaloupées, percussions omniprésentes, orgue d’église, cordes et cuivres subtilement soupesés, tout concourt à inscrire cette galette dans la doxa intemporelle Okeh et Curtom. Ce n’est même pas le presque incongru slow instrumental à la lap-steel de Shawn Tomborini, “While You Were Sleeping”, qui nous démentira : en dépit de son caractère rétro assumé, la musique de Thee Sinseers ne présente en définitive rien de désuet (du moins aux oreilles de tout amateur de vintage soul un tant soit peu averti). Les Américains ont inventé jadis un terme pour cela, kitsch, et chez eux, cela n’a rien de péjoratif. A ranger avec vos James Hunter Six, à proximité des bougies et du seau à champagne – vos beaux-parents vous en sauront gré.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, August 28th, 2026
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En concert au New Morning de Paris le vendredi 2 octobre 2026