THE CHESS PROJECT – New Moves

CZYZ Records
Funk-Blues
THE CHESS PROJECT - New Moves

Pour situer cet album (dont le projet s’esquissa il y a près de vingt ans déjà), on ne peut manquer de préciser qu’il s’est élaboré sous l’égide de Marshal Chess. Fils de Leonard et neveu de Phil, ce dernier grandit non seulement à l’ombre des géants qui fréquentaient les légendaires studios du label éponyme de Chicago, mais il embarqua ensuite sur le grand barnum itinérant que trimballaient les Rolling Stones au début des seventies (la tournée STP de 72 et ses fameux excès, amplement documentés, que ce soit par Anthony Scaduto, Tony Palmer ou Keith Richards en personne dans son autobiographie)… Après que le label paternel eut périclité et que son héritier putatif (un temps président de Rolling Stones Records, de 1972 à 1978) se fut abîmé dans les addictions, l’historique catalogue Chess fut revendu à l’encan. Quand il sortit la tête du nuage de poudre blanche qui le nimbait, Marshall opta pour le wagon du hip-hop naissant, et collabora dès lors avec le label Sugar Hill Records (Grandmaster Flash, Sugarhill Gang), avant de devenir le curateur de l’imposant héritage sonore et visuel de Chess Records (cf. sa chaîne Youtube). C’est à Sugar Hill qu’il noua des liens avec le guitariste Bernard Alexander, alias Little Axe, alias Skip McDonald (dont nous avons naguère chroniqué ICI l’album “If You Want Loyalty, Buy A Dog”, sur On-U Sound) et le batteur Keith LeBlanc. Et c’est avec leur complicité (ainsi que celles de l’harmoniciste Alan Glen, connu pour ses collaborations avec Peter Green, Jeff Beck, Nine Below Zero, Dr. Feelgood et certains avatars des Yardbirds, de même que du vocaliste Bernard Fowler, backing singer des Rolling Stones une trentaine d’années durant) qu’il patronne (avec son fils Jamar) cette audacieuse relecture de onze titres emblématiques de l’âge d’or de Chess Records. Ceux qui en attendraient un hommage dévôt et quelque peu suranné en seront pour leurs frais, tant cette joyeuse compagnie applique au contraire une transformation radicale à ces titres, pour les inscrire dans les courants post-hip-hop et dub en vigueur dans notre millénaire. On y est affranchi dès la version du “Boom Boom Out Goes The Light” de Little Walter (quasi-ragga) et celle du “Moanin’ At Midnight” de Howlin’ Wolf (avec hip-hop scratches). Les “Help Me”, “Nine Below Zero” et “So Glad I’m Living” de Rice Miller, “Booted” de Rosco Gordon, “Mother Earth” de Memphis Slim, “Smokestack Lighning” et “Tell Me” de Chester Burnett, “Going Down Slow” de Saint-Louis Jimmy Oden et “High Temperature” de Little Walter Jacobs paraissent ici dans des versions entièrement reliftées, dont le fil rouge demeure un funk lascif et rampant, auquel contribuent également l’harmoniciste Ralph Rosen et le bassiste Paul Nowinski, ainsi que le grand Eric Gales sur deux titres. Si l’on déconseillera cette rondelle aux puristes les plus obtus, on ne manquera pas non plus d’y trouver un certain charme: celui de la transgression, sans doute… Si vous parvenez à vous extraire des canons du Chicago-blues millésimé, je vous mets au défi de ne pas taper du pied au groove persistant de cette irrésistible version de “Tell Me” à la sauce Crusaders/ Steely Dan, ou encore à celle de “Mother Earth”, façon Neville Brothers!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, April 14th 2024

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