TEQUILA – Lâchés, Les Lions

Bad Reputation
Rockin' blues

Blast from the past, comme ils disent aux States: le dénommé Éric Coubard, ci-devant patron de Bad Reputation Records, a de nouveau réglé le curseur de sa DeLorean un demi-siècle plus tôt, mais au lieu de rééditer comme à son habitude des soldats inconnus U.S., Australopithèques ou Rosbifs, il a cette fois garé sa berline turbo au cœur du pays nantais en 1977. Fondé cette année là, le trio blues-rock en question sillonnait alors le même circuit que d’autres formations au registre similaire (Little Bob Story, Ganafoul, Backstage avec le guitariste René-Paul Roux, futur Paul Personne…), quand il fut repéré par Bobby Bruno (futur manager parisien de Trust), ce qui lui valut d’être signé sous licence WEA par le label frenchy Hexagone. Leur premier album (celui dont on vous entretient à l’instant) parut en 1979, orné d’une pochette scrupuleusement reproduite ici, dont Jean-Baptiste Mondino réalisa la photo. Signes distinctifs que partageait alors Tequila avec Téléphone (et pour tout dire, sans doute les seuls), la basse y était également tenue par une représentante du beau sexe (en la personne de Claudine Lapart), et le chant y était articulé en français. Le batteur Éric Breton et le guitariste, chanteur et compositeur Philippe Ménard complétaient le line-up, et de ce dernier au moins, on n’eut pas fini de recevoir des nouvelles par la suite. Toujours est-il que, si parmi la bande à Aubertignac, les références qui prédominaient alors étaient manifestement les Stones, chez Tequila, on discernait plutôt de façon patente celles de Rory Gallaguer et Johnny Winter (deux épiphanies assumées par Ménard), comme en attestent encore “Sous Rock N’ Roll” (pastiche translucide de “In Your Town”, harmo à l’appui), “Les R.G.”, “Cité Des Dervallières”, “La Fille Du Dealer”, “Dommage”, “N’En Faîtes Pas Un Drame” et “le Mauvais Rôle”, même si la plage titulaire et “Ailleurs” (que Philippe prononce “Higher”, avec toute sa gouaille) n’auraient pas déparé non plus sur les premiers efforts de Bijou, tandis que “Cause Toujours” (co-signé Lapart-Ménard) aurait sans doute pu en faire autant chez Téléphone, s’il ne comportait une slide ravageuse que ces derniers ne pratiquaient guère. En guise de coda, Philippe confiait également son admiration pour Hendrix (gaucher comme lui) avec “Je Veux Briser Mes Chaînes”, sorte de “Little Wing” en dialecte titi véhiculant les fantasmes d’émancipation d’une adolescence banlieusarde et piégée, dont il n’est pas inutile de se souvenir de nos jours (même si le rap en a depuis largement pris le relais). En dépit de quelques effets de production discutables (ce flanger façon Moulinex sur les soli de “Sous Rock N’ Roll” et “La Fille Du Dealer”), cette réédition fidèle et remastérisée réhabilite à bon escient les premiers pas de l’un de nos plus sincères et constants guitar-heroes.

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, July 11th, 2026

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Interview de Philippe MENARD (le 2 octobre 2020) sur PARIS-MOVE