STEVE KRASE – Just Waitin’

Connor Ray Music
Blues

Natif de Brooklyn, cet harmoniciste et chanteur a d’abord bourlingué depuis l’Ohio jusqu’en Californie et en Lousiane, avant de s’établir au sein de la scène musicale de Houston, où il sévit depuis trois bonnes décennies. Après dix ans passés auprès de Jerry Lightfoot & The Essentials, il y a fondé son propre ensemble, Steve Krase & The In Crowd. Remarqué en nos contrées auprès de Trudy Lynn lors de ses récentes tournées européennes, Steve Krase est un fan déclaré du J. Geils Band de la grande époque, et son jeu se caractérise par une impressionnante énergie. À travers son modèle Magic Dick, c’est bien l’empreinte de maitres de Chicago tels que les deux Walter, mais également celles de tueurs comme Kim Wilson, Charlie Musselwhite ou le regretté William Clarke qui s’expriment. Ceci est son quatrième album, et après s’être incliné sur le précédent vers le swing west-coast style, il nous prend cette fois encore à contrepied, puisque la plage d’ouverture emprunte la manière typiquement pub-rock de Dr. Feelgood. Steve Krase y endosse simultanément les rôles de ses deux leaders fondateurs, et l’on jurerait qu’il imite les vocaux si particuliers de Wilko Johnson tout en infusant les parties d’harmo incendiaires du regretté Lee Brilleaux! Il persiste et signe en enchaînant une cover effrénée du diddley-beat “I Don’t Mind”, qui figurait sur le premier album du bon Docteur. Le Texas blues local reprend toutefois ses droits avec le confondant “Just Waitin’ On My New Baby” (digne de feu Lee McBee et Mike Morgan), avant de céder le pas au zydeco “The Ballad Of Jed Clampett”, accordéon et washboard inclus. L’envoûtant et malicieux “Dirty Dirty” ne déparerait quant à lui pas le répertoire de Rick Estrin, avec sa touche Coasters assumée. David Carter y prend un solo fulgurant sur les six cordes, bien vite relayé par un autre (non moins explosif) du patron. Le dansant “Blame It All On Love” apporte la touche Peter Wolf/J.Geils sans laquelle aucun album de Steve Krase ne s’avèrerait complet. Deux reprises de Chester Burnett (alias Howlin’ Wolf) ponctuent ce remarquable objet, dont le point d’orgue demeure sans doute celle du “Nobody Loves Me” de Walter Price. Seul slow blues de ce recueil, cette plage évoque le climat de ces “Double Trouble” et “I Can’t Quit You Baby” d’où Otis Rush faisait descendre la foudre sur les pauvres mortels. David Carter s’y fend bien entendu d’un nouveau solo d’anthologie, et Steve Krase en prend un déchirant au chromatique. Aussi remarquablement produit qu’il est exécuté, voici assurément l’un des très grands enregistrements blues de cette année!

Patrick Dallongeville
Paris-MoveBlues Magazine, Illico & BluesBoarder