SCOTT COOK – Troubadourly Yours

Groove Revival
Bluegrass, Folk
SCOTT COOK - Troubadourly Yours

Nous vous avions présenté ce singer-songwriter américain (mais basé à Edmonton, au Canada) à l’occasion de son précédent album, l’impressionnant “Tangle Of Souls” (chroniqué ICI). Que son successeur (et huitième à ce jour) lui ait pris six ans n’a rien d’étonnant, et ce à plusieurs titres. Tout d’abord, Scott et sa compagne Pamela Mae ont intensément tourné de par le monde depuis 2022, ce qui leur laissa évidemment moins de temps pour l’écriture et l’enregistrement. Mais surtout, alors qu’il présentait déjà son précédent opus sous la forme d’un livre-disque de 240 pages, il compte accompagner sous peu celui-ci (déjà encarté dans un hardcover de 36 pages) d’un nouvel ouvrage (cette fois de 302 pages), dont chacun des chapitres sera consacré à l’une de ces dix nouvelles chansons. Précédé d’un avant-propos aussi militant qu’utopiste, reflétant l’analyse marxiste et la philosophie humaniste d’un digne représentant de la pensée de Woody Guthrie, Pete Seeger et Victor Jara, ce nouveau recueil se présente autant comme un carnet de route que comme un manifeste, et un appel au sursaut collectif. S’ouvrant sur la plage titulaire (de loin la plus longue du lot), un éreintant talkin’ blues à la manière d’ole Woody (et donc aussi du young Bobby), énumérant dans un même souffle la profession de foi du chanteur itinérant, cette galette se poursuit via le honky bluegrass appalachien “Keeping Good Company” (fiddle de Warren Hood à l’appui), suivi du upbeat “Steady For You”, dont Pamela assure les chœurs ainsi que la contrebasse. Le nostalgique et sensible “There Is A River” témoigne de la persistance de certaines valeurs transmises de génération en génération, tandis que “The Wolf That Wins” est une fable à la manière d’Ovide et de La Fontaine, dépeignant la lutte éternelle entre l’amour de son prochain et celui de la conquête et du profit. Avec “Frankie’s Bairds”, Scott se remémore avec tendresse un de ses élèves de quatre ans, connu quand il enseignait en maternelle à Taïwan (profession qu’il exerça des années durant), tandis que le hillbilly “Enough” dresse une parabole critique entre la société d’hyper-consommation où nous nous débattons et les valeurs du christianisme à son origine, et que l’enlevé “A Bigger Tent” plaide joyeusement pour un plus grand œcuménisme entre classes globalement dominées (“Just saying it’s less about the left and the right/ Than the top against the bottom”). Il a selon nous gardé le meilleur pour la fin, avec la remarquable “Something To Do With Love”, où il confirme sur un picking endiablé (et infusé de calypso beat) toutes ses capacités d’empathie ainsi que sa sagacité dialectique. À l’instar de nombre d’idéalistes avant lui, Scott nous rappelle ici que la multitude des éternels baisés du système capitaliste excède très largement le nombre restreint de ceux qui en tirent les ficelles (ainsi bien entendu que les dividendes), et en éprouve une forme d’espoir en un potentiel renversement (“From Here On The Curve”). Faut-il néanmoins lui rappeler combien de maquignons ont toujours suffi pour expédier un trop docile troupeau à l’abattoir? Bah, souhaitons lui bonne chance tout de même (et surtout bon courage), car sa sincérité le mérite assurément… Sacré troubadour, va!

PS : Pour chaque plage, Scott précise les tablatures et changements d’accords, et il y a manifestement du boulot pour qui voudrait s’y risquer!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, August 25th, 2026

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