LUCINDA WILLIAMS – World’s Gone Wrong

Highway 20 Records / Thirty Tigers
Americana, Rock
LUCINDA WILLIAMS - World's Gone Wrong

Pour son 17ème album en 47 ans de carrière, Lucinda Williams ne mâche pas ses mots. Selon elle, le monde se barre en roubignolle, et elle refuse de fermer les yeux sur sa trajectoire mortifère. Elle avait certes déjà exprimé son indignation à ce sujet sur son “Good Souls Better Angels” de 2020 (chroniqué ICI), mais ne peut s’empêcher de remetttre le couvert pour le second mandat de sa bête noire, dont le simple prénom projette désormais l’opprobre jusqu’à certain canard vedette chez Disney. La plage titulaire qui ouvre les hostilités s’apparente au meilleur du Neil Young électrique, et représente sans doute ce que les Stones et Dylan auraient pu proposer de mieux si on ne les avait opérés de la prostate. D’autant qu’un certain Mick Taylor leur servit un temps de trait d’union, et que la lead guitar de Marc Ford (ex-Black Crowes de la grande époque) y fait parler la foudre de la même manière (comme sur la suite intégrale des événements), tandis que le fidèle Doug Pettibone y riffe comme le Keith de l’âge d’or, et que Rob Burger officie au Hammond B3, façon Al Kooper. Avec le renfort des chœurs de la jeune country singer Brittney Spencer “Something’s Gotta Give” porte la marque sonore, pesante et glaiseuse, des Skynyrd et Crazy Horse d’il y a cinquante ans: les guitares y hurlent à la lune, se montrant aussi abrasives et incendiaires qu’alors, et le parallèle avec ce bon vieux Loner se confirme avec les agrestes “Low Life” et “Freedom Speaks”, estampillés “Harvest” et “After The Gold Rush” (harmo façon Charlie McCoy inclus dans le premier). Avec sa touche early-garage punk à la Seeds et ?The Mysterians (aka Question Mark and the Mysterians or ?The Mysterians), “How Much Did You Get For Your Soul?” aurait presque pu figurer sur l’anthologie “Nuggets” dont Lenny Kaye abreuva le monde libre en 72, et la reprise entre dub et swamp du “So Much Trouble In The World” de Bob Marley bénéficie des vocals à l’unisson de l’immarcescible Mavis Staples, avant que la “Zuma” touch ne frappe à nouveau avec le saturé “Sing Unburied Sing” (rappelant les “Barstool Blues” et “Drive Back” de l’album en question). La rythmique cogne avec l’obstination d’une matraque sur un migrant à Minneapolis, et le creuset où fusionnent les guitares fourbit une idée crédible des forges de Vulcain. Le trio Williams-Overby-Pettibone accouche d’un authentique shuffle-blues, pour un “Black Tears” entre John Lee Hooker et le Dylan de “Highway 61” (avec Ford dans les boots de Bloomfield, et Burger dans celles de Kooper), avant que la plage la plus ésotérique du lot, “Punchline”, ne questionne l’angoissante incertitude de notre temps, tandis que Pettibone y excelle à la slide sur resonator, lors d’un chorus proprement hanté à la Ry Cooder. Seconde guest d’honneur, Norah Jones s’invite au piano et au micro pour le “We’ve Come Too Far To Turn Around” conclusif (seule plage du lot que Lucinda signe seule), three-steps bar-room & lounge country tune renvoyant à la veine vernaculaire qu’arpentait Williams au temps de son fameux “Car Wheels On A Gravel Road”. On lira certes, de ci, de là, quelques réserves quant à la prédominance du propos dans la trame cet album, quitte à en dénigrer jusqu’à la forme même. C’est que le petit monde de la critique musicale semble de plus en plus infesté de réacs illibéraux et de néo-conservateurs, qui préféreraient sans doute que l’on célèbre éternellement le printemps et les petits oiseaux, plutôt que de porter une fois encore le fer dans la plaie… Lucinda Williams n’en garde pas moins le droit irréductible de s’ulcérer: en matière de rock (comme de folk, de reggae et de country), la colère est non seulement souvent salutaire, mais elle se révèle parfois aussi l’ultime rempart de la dignité. Hail, citizen Williams, hail, Milady!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, February 25th 2026

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Website

To buy the album

Discography:
Ramblin’ on My Mind (1979)
Happy Woman Blues (1980)
Lucinda Williams (1988)
Sweet Old World (1992)
Car Wheels on a Gravel Road (1998)
Essence (2001)
World Without Tears (2003)
West (2007)
Little Honey (2008)
Blessed (2011)
Down Where the Spirit Meets the Bone (2014)
The Ghosts of Highway 20 (2016)
This Sweet Old World (2017)
Vanished Gardens (with Charles Lloyd and the Marvels) (2018)
Good Souls Better Angels (2020)
Stories from a Rock n Roll Heart (2023)
World’s Gone Wrong (2026)

Live albums:
Live @ The Fillmore (2005)

Lu’s Jukebox:
Lu’s Jukebox Vol. 1 – Runnin’ Down a Dream: A Tribute to Tom Petty (2021)
Lu’s Jukebox Vol. 2 – Southern Soul: From Memphis to Muscle Shoals (2021)
Lu’s Jukebox Vol. 3 – Bob’s Back Pages: A Night of Bob Dylan Songs (2021)
Lu’s Jukebox Vol. 4 – Funny How Time Slips Away: A Night of 60’s Country Classics (2021)
Lu’s Jukebox Vol. 5 – Have Yourself a Rockin’ Little Christmas with Lucinda (2021)
Lu’s Jukebox Vol. 6 – You Are Cordially Invited…A Tribute to the Rolling Stones (2022)
Lu’s Jukebox Vol. 7 – Lucinda Williams sings the Beatles from Abbey Road (2024)