Gabriel Espinosa – The Brazilian Project (FR review)

Origin Records – Street date : May 22, 2026
Jazz
Gabriel Espinosa - The Brazilian Project

Résumé: The Brazilian Project de Gabriel Espinosa est un album de jazz à plusieurs niveaux, où des influences brésiliennes discrètes se fondent dans d’autres esthétiques venues d’ailleurs. Le tout aboutit à une œuvre élégante, avec des compositions travaillées, des arrangements raffinés et une sonorité résolument ouverte au monde.

The Brazilian Project de Gabriel Espinosa, ou le jazz comme langue sans frontières

Il ne faut pas se laisser tromper par le titre. The Brazilian Project n’est pas vraiment un album brésilien, en tout cas, pas d’emblée. Oui, les arrangements piochent par moments dans la musique du Brésil, mais on ne tient pas ici un hommage classique. Que le compositeur soit mexicain ne donne pas beaucoup plus d’indications sur le style. Au fond, c’est avant tout du jazz, un jazz pour grand ensemble, façonné par un musicien dont le parcours passe par la rigueur, l’apprentissage et une curiosité musicale constante, presque insatiable.

Gabriel Espinosa commence sa route musicale en 1976. Il poursuit ses études au Berklee College of Music au début des années 1980, puis rejoint l’Université du North Texas, où il décroche en 1995 un master en études jazz. Cet album porte la patte d’un artiste nourri par plein de traditions musicales. Ça se sent autant dans l’architecture des morceaux que dans la finesse des arrangements. Espinosa ne semble pas chercher à coller à un style précis : à l’écoute, sa musique paraît être le résultat d’années, voire d’une vie entière, consacrées à explorer les sons, une vocation née dans les années 1960, à l’époque où Antônio Carlos Jobim, João Gilberto et Sérgio Mendes bouleversaient les frontières du jazz.

Grandir au Mexique, c’est vivre entre boléros et Beatles, deux influences omniprésentes. La découverte de la bossa nova a été une révélation pour Espinosa : une alliance d’élégance mélodique et de finesse rythmique qui ne le quittera jamais. Cette langue musicale s’enracine en lui avec les années, de Berklee à l’Iowa en passant par le Texas. Sur ce huitième album solo, le musicien opère un choix marquant : il délaisse sa basse pour se consacrer pleinement à l’écriture. Pari risqué, pari tenu.

On est moins ici dans la démonstration instrumentale que dans un espace narratif. Espinosa déploie des paysages musicaux complexes, tissant des influences recueillies à chaque étape de son parcours. Le tout est à la fois intime et vaste, comme des souvenirs d’enfance filtrés par une conscience d’adulte. «Euro12» oscille entre jazz, touches classiques et rythmes mondialisés, et refuse toute fixation. «River Paths», lui, privilégie la mélodie et la fluidité, son arrangement s’épaississant progressivement.

Un point fort de l’album, c’est sa dynamique : il se déroule avec une fluidité telle qu’on aurait presque envie qu’il dure plus longtemps, sans que ce soit un défaut. Cette dynamique contribue à son unité narrative. Chaque morceau est comme un chapitre, avec sa propre identité et son arc émotionnel. Enregistré à Rio de Janeiro avec le Tallinn Studio Orchestra, l’album séduit par une sonorité chaleureuse, élégante et rythmiquement vivante. Quand on écoute de près, des détails émergent : une réponse des cuivres au piano, de fines nuances rythmiques à peine perceptibles sous la surface mélodique.

Certains passages, parfois, dévoilent une écriture un peu trop dense, presque ambitieuse à l’excès. On aimerait alors un peu plus d’espace, histoire de laisser les idées respirer. Mais ces moments témoignent aussi de l’envergure de la vision d’Espinosa, qui préfère prendre des risques plutôt que rester sur la réserve.

Dans l’ensemble, l’album s’impose comme une étape lumineuse dans une carrière déjà riche. Projet transversal, il rend hommage aux traditions sans jamais s’y enfermer. Sa modernité n’efface pas une voix personnelle. On se souvient qu’Espinosa a présenté un nouveau projet, *Bossas & Boleros*, lors de la Jazz Education Network Conference à La Nouvelle-Orléans en janvier 2020, puis repris en été 2023. La liste des invités, Kim Nazarian, Fred Hersch, Misha Tsiganov, Mauricio Zottarelli, Anat Cohen, The New York Voices, Aviana Gedler, Gerardo Flores, et d’autres, prouve sa reconnaissance et la vastitude de sa vision.

En fin de compte, The Brazilian Project ne suit pas les préjugés qu’on pourrait avoir avec son titre ou sa pochette. L’album avance dans la surprise: chaque morceau ouvre une nouvelle perspective. Les sections de cuivres, particulièrement soignées, injectent parfois une énergie latine éclatante. Mais surtout, la musique refuse toute catégorisation stricte : les styles s’y croisent, s’estompent, et donnent naissance à un paysage musical vaste et ouvert.

Le meilleur conseil, c’est sans doute de se lancer dans l’écoute sans a priori. On découvre une collection lumineuse et nuancée, stimulante intellectuellement mais d’un accès émotionnel immédiat. Ce n’est pas par ses effets qu’elle marque, mais par la persistance de ses idées, comme une lumière déclinante qui, doucement, révèle ses détails à chaque nouvelle écoute.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, April 28th 2026

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Website

Musicians :
Roger Rocha – alto sax, soprano sax (6, 10), flute (1, 3, 7)
Josue Lopez – tenor sax, flute (4, 5, 8, 10)
Daniel Freire – baritone sax
Bruno Santos – flugelhorn
Rafael Rocha – trombones
Joabe Reis – trombone (2, 3, 9)
Giovani Malini – acoustic guitar (9)
Andre Lopez – piano (1, 2, 7)
Felipe Silveira – piano (3, 4, 6)
Eduardo Farias – piano (5, 8-10)
Hugo Maciel – electric bass
Renato Rocha – drums
Rafael Barata – drums (6)
Mafran Maracana – percussion (1, 2)

(6) TALLINN STUDIO ORCHESTRA Conducted by Maestro Kleber Augustinho da Silva

Track Listing:
Gabriela  5:13
Caramelo  5:41
Fe  4:52
Mi Jarana  4:30
Euro 12  5:02
Paz  5:20
Encuentro Maya  4:47
Nuevos Horizontes  5:02
Klavier Latino  5:38
Morning Breeze  4:09

All music composed by Gabriel Espinosa (Gabriel Espinosa Music, BMI)
Arranged by: (1-4, 6, 7) Rafael Rocha, (5, 8-10) Bruno Santos

Production Info:
Produced by Gabriel Espinosa
Recorded by Roger Rocha at RB Recording Studio, Rio de Janeiro, Brazil (Vitoria, ES)
(6) Strings recorded by Kira Malevskaia at ERR Studio, Tallinn, Estonia
Recorded 2022 to 2025
Mixed & mastered by Dave Darlington at Bass Hit Recording New York, NY
Cover design & layout by John Bishop