DUKE ROBILLARD AND HIS ALL STAR BAND – Blast Off!

Nola Blue Records
Blues, Rhythm 'n' Blues, Swing
DUKE ROBILLARD AND HIS ALL STAR BAND - Blast Off!

Mince, le Duke (il paraît qu’on ne prononce plus le mot “putain” depuis que des crétins congénitaux comme Bruno Retailleau s’imaginent aux portes du pouvoir)… Avec 38 albums à son actif (et bien davantage encore en tant que sideman ou invité, depuis Jay Mc Shann jusqu’à Billy Boy Arnold, en passant bien entendu par les Fabulous Thunderbirds, Bob Dylan, Pinetop Perkins, Eddy Clearwater, Savoy Brown, Ronnie Earl, Jimmy Whitherspoon, Roscoe Gordon, Kid Ramos, John Hammond, Mark Hummel et Jimmy Thackery – sans oublier bien sûr Roomful Of Blues, qu’il fonda en 1967 avec le pianiste Al Copley à Rhode Island), le gonze n’a de toute évidence plus grand chose à prouver depuis belle lurette. Ce qui ne l’empêche manifestement pas de continuer à pondre, année après année, son lot d’albums où se confirme chaque fois son inclination originelle envers le blues, le jazz et le rhythm n’ blues d’un âge d’or oscillant entre la fin des années 40 et celle de la décennie suivante. Après plus d’un quart de siècle sous l’égide du label canadien Stony Plain, notre homme semble s’être entiché d’une nouvelle indépendance, en signant chez Nola Blue Records. À l’âge limite où l’on prétendait jadis que l’on perdait la faculté de lire le Journal de Tintin, Michael John Robillard s’entoure encore et toujours de sa garde rapprochée, parmi laquelle on distingue son fidèle lieutenant du temps de Roomful, le sax ténor et baryton Doug James, ainsi que son batteur de longue date, Mark Texeira, flanqués de Bruce Bears aux claviers et Marty Ballou à la basse. S’y adjoignent le ténor sax Mark Earley (complice de Ronnie Earl, chroniqué ICI), ainsi que le chanteur Chris Cote (qui assure même la lead guitar sur un titre). Dès le “When I Get Lucky” de Floyd Dixon, on se croirait revenu au temps béni de Rhode Island dans les mid-seventies: cuivres pétulants en goguette, rythmique souple et jump vocals de crooner marlou, bref tout ce qu’il faut pour rafraîchir la mémoire! Et ce n’est pas la cover du standard “I’ll Be Glad, When You’re Dead (You, Rascal You)”, où le Duke en personne duettise avec Cote, qui démentira cette impression: les cuivres s’y donnent à cœur-joie sur le ragtime beat, tandis que toute la bande semble se prendre pour les Aristochats, et que ni Louis Armstrong, ni Louis Prima n’auraient sans doute trouvé à redire de pareil pandémonium. Le Duke s’autorise ensuite un flash-back personnel de six décennies, en reprenant son propre “Feel My Cares” qu’il écrivit à l’âge de… 17 ans. Il accompagna aussi Tom Waits en tournée voici une vingtaine d’années, et en interprète ici le “Lowdown”, dans une veine bravache proche de celle des Stones et des T-Birds de “Tuff Enuff”. Premier des quatre instrumentaux de cette collection, “Play Boy Hop” s’avère surtout un feature tune pour le baryton de Doug James (entre King Curtis et Eddie Vinson), alors que la plage titulaire et “Galactic Grease” exhalent respectivement l’arôme désuet des productions de Dick Dale et Booker T. & The MG’s dans les sixties, et que le big band swing “The King” (où tout l’orchestre déploie ses talents) provient du répertoire de Count Basie. Le forcément néo-orléanais “Confusion” d’Allen Toussaint offre à Bruce Bears l’occasion de briller aux ivoires, tandis que le patron s’y fend de brefs mais fulgurants choruses, et le “Stand By Me” de Guitar Slim (sans rapport avec son homonyme signé Ben E. King) renoue avec le jump cuivré, où Duke recrée le style heurté du regretté Eddie Jones en personne. Après une version habitée du “Warm And Tender Love” popularisé par Percy Sledge, nos amis concluent sur une reprise en jump du “Look A There Look A There” de Tampa Red. Sans se prendre la tête, mais toujours avec classe et fun, Robillard & Co démontrent une fois encore que savoir-faire n’a pas forcément à rimer avec austérité. Attention au décollage!

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, February 13th 2026

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