| Jazz |
Faut-il encore présenter Bireli Lagrène, l’un de nos plus authentiques trésors nationaux en matière de jazz et de guitare? En plus de quarante ans de carrière, il semble en avoir arpenté tous les chemins et exploré toutes les nuances, depuis son lointain héritage manouche jusqu’à ses extensions les plus contemporaines. C’est à la tête d’un quartette où s’illustrent le pianiste Jean-Yves Jung, le contrebassiste William Brunard et le batteur Raphaël Pannier qu’il nous revient, dans le prolongement de son remarquable “Solo Suites” (chroniqué ICI), dont il reprend en version collective sa propre cover d’alors du “My Foolish Heart” de Victor Young. S’ouvrant sur la plage titulaire signée Wayne Shorter, cet opus se poursuit avec “Flair – Around Giant Steps” et “Kings Cross”, triplette high energy au fil de laquelle les six cordes électrifiées de Bireli cavalent le mors aux dents, sur la crête d’un combo aussi virtuose que lui-même. Lors du second de ces titres, il n’est pas sans rappeler le regretté Jeff Beck de “Wired” et “Blow By Blow” (d’autant que le jeu de Jung au Fender Rhodes y évoque carrément celui de Max Middleton). Passé au Hammond B3, Jean-Yves se la joue ensuite Jimmy Smith et Jimmy McGriff, au fil d’un “Kings Cross” fleurant bon les riches heures de Ronnie Scott’s au temps béni du swinging london, tandis que Bireli y ravive les souvenirs d’un jeune McLaughlin alors en pleine ascension. Jubilatoire au possible! Le languide “A Time For Love” de Johnny Mandel inaugure une séquence romantique qui se poursuit via le “My Foolish Heart” déjà évoqué, ainsi que l’aérien brasileiro “Anjo De Mim” de Ivan Lins, et ce délicat “Hopla” qu’interprète Bireli en solo intégral. Jung propose ensuite un revigorant “New Blues” be-bop, propulsé par une section rythmique au taquet, avant que sur un mode funky façon George Benson, le patron ne rende hommage à cette “W 48th Street” new-yorkaise où se concentra jadis l’effervescence créative de la Grosse Pomme, pour conclure sur une extended instrumental cover du “Clair” de… Gilbert O’Sullivan (précédant de peu un ghost track quelque peu foutraque en forme de medley, où l’on peut notamment goûter aux talents de Bireli au… violon, ainsi qu’en matière de jazz-rock fusion). À la veille de son soixantième anniversaire, la sève qui anime notre trésor national ne semble décidément près de se tarir, comme en témoigne à loisir cet album.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, April 28th 2026
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