| Folk-Blues |
Nous vous avions déjà parlé de William Lee Ellis il y a deux ans et demi, lors de la parution de son excellent “Ghost Hymns” (chroniqué ICI). Il nous revient cette fois flanqué de deux de ses long time partners in crime, Eleanor Ellis et Andy Cohen (avec lesquels il avait déjà réalisé en 1993 l’album collectif “Preachin’ In That Wilderness”, sur le label Marimac). Chanteuse et guitariste native de la Louisiane, Eleanor est considérée par le magazine Living Blues comme “une maîtresse-femme reconnue en matière de country et Piedmont blues, et l’une des musiciennes acoustiques parmi les plus significatives“. Elle a notamment accompagné le défunt bluesman Archie Edwards en tournées, et a enregistré plusieurs albums sous son propre nom (les plus récents, “I Do Just What I Do” et “Comin’ A Time”, chez Patuxent, ainsi que deux autres avec la chanteuse gospel Flora Molton – dont un publié par Radio France). Quant à Andy Cohen, c’est non seulement un virtuose du finger-picking (doublé d’un pianiste compétent), mais aussi un érudit affûté en matière de folk-blues de l’entre-deux guerres, qu’il découvrit tout jeune dans les sixties lors du folk revival. Ayant eu l’occasion de côtoyer (et d’accompagner) des légendes telles que le Révérend Gary Davis, John Jackson, Jim Brewer et Honeyboy Edwards, il compte une douzaine d’albums à son actif (dont plusieurs sur Earwig). Nos trois comparses se répartissent alternativement les lead vocals au fil de ces 21 plages comprenant, outre quatre originaux signés William Lee Ellis (et un autre de la plume de Cohen), des adaptations d’auteurs aussi traditionnels que Blind Blake, Gary Davis, Blind Lemon Jefferson, Furry Lewis, Charley Patton, Gene Autry, Joseph Spence, Steve Earle et Henry Thomas. S’ouvrant sur le “Columbus Stockade” de l’historique tandem old-time Darby & Tarlton (où Andy et Eleanor duettisent au micro), cet album offre d’emblée l’occasion d’apprécier la dextérité complémentaire de William Lee et de Cohen (officiant respectivement à la steel guitar et au bluegrass finger-picking). Eleanor interprète ensuite le country blues “Riley & Spencer” (toujours soutenue par la slide de son homonyme), suivi du “Pearl River Blues#2” de celui-ci (bénéficiant pour sa part de l’harmonica gouleyant de Fraser Speirs), avant que l’instrumental titulaire (co-signé William Lee Ellis et Larry Nager) ne délivre en moins de deux minutes une époustouflante démonstration d’agilité guitaristique. William Lee soutient encore Andy sur leur version commune du “Mr Furry’s Blues” de Furry Lewis, dans la veine street corner ragtime typique de ce dernier. C’est Eleanor qui chante ensuite le “Do Right Woman” de Gene Autry (à ne pas confondre avec celui qu’interprétaient Aretha Franklin et Delaney & Bonnie, signé lui de Chips Moman et dan Penn). Accompagné de la basse de Steve Feinbloom, William Lee livre une version confondante du “Police Dog Blues” de Blind Blake, avant d’entamer un guilleret intermède piano-guitare instrumental avec Andy sur le “Won’t That Be A Happy Time” de Joseph Spence. Eleanor gratifie en solo le “Shuckin’ Sugar” de Blind Lemon Jefferson d’un traitement entre Mississippi John Hurt et Memphis Minnie, tandis que William Lee rend hommage à Fats Waller, en transposant le “Handful Of Keys” de ce dernier en un magistral “Handful Of Frets”, et qu’Andy se fend de sa seule contribution originale avec le malicieux “Chicken”. Nos trois mousquetaires se rejoignent ensuite pour le “South Nashville Blues” du grand Steve Earle, dont Eleanor restitue à nouveau une version empreinte de l’ombre portée de Lizzie Douglas (à laquelle nos amis dédient ensuite “Memphis Minnie And Me”, dans l’esprit des tout débuts de Hot Tuna circa “Winin’ Boy Blues”). C’est à Gary Davis (via Scott Joplin) qu’Andy Cohen et William Lee Ellis vouent ensuite leur duo sur son “Make Believe Stunt”. Second emprunt au répertoire de Furry Lewis, “I Will Turn Your Money Green” précède le choral “I’m Going Home”, pièce singulière de Charley Patton qu’Andy agrémente d’un instrument non moins atypique, le dolceola (bizarrerie sonnant comme le croisement d’un sitar et d’un orgue de barbarie). C’est Eleanor qui chante le “Red River Blues” de Henry Thomas, avant que notre trio ne joigne ses voix sur l’enlevé holler “I’ll Be Rested (When The Roll Is Called)”. Eleanor et William Lee interprètent encore en duo le traditionnel “Drunkard’s Lament”, avant qu’Andy n’en fasse autant de l’instrumental “Ye Banks And Braes” de Robert Burns. Se concluant sur une version du “I Was Born To Preach The Gospel” de Washington Phillips (interprété avec goût, passion et virtuosité), voici assurément l’un des albums de trad folk-blues qui marquera l’année.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, March 17th 2026
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