Entretien avec Paul Péchenart
(membre-fondateur des Dogs)
C’est avec un réel plaisir que je vous propose cet entretien exclusif avec Paul Péchenart, remarquable guitariste, membre-fondateur des légendaires Dogs de Rouen (entre autres…), avec Dominique Laboubée, Mimi Gross et Zox, et exceptionnelle gâchette au sein de Larry Martin Factory. Merci infiniment à cet authentique esthète, entre poésie urbaine, sensibilité à fleur de peau, et rock’n’roll sans concession, d’avoir répondu à cet entretien sans langue de bois, avec disponibilité et sincérité.
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Entretien réalisé par Serge SCIBOZ, Paris-Move
Mai 2026
Photo: Pascal Bertou
Serge Sciboz: Bonjour Paul, peux-tu te présenter en quelques mots?
Paul Péchenart: Bonjour, je m’appelle Paul Péchenart. Je joue de la guitare électrique depuis que j’ai quatorze ans. J’ai eu la chance de faire partie de groupes de rock qui ont eu beaucoup de notoriété (Dogs, Larry Martin Factory, Froggies…) et d’enregistrer avec des bluesmen reconnus (Screamin’ Jay Hawkins, Champion Jack Dupree, Hubert Sumlin…). Par ailleurs, j’ai écrit et publié une centaine de morceaux qu’on retrouve sur mes 8 albums studio. Le dernier, sorti en février 2026, s’appelle «J’attends l’été». J’ai aussi écrit un livre, «Une grosse boule de feu», qui est un témoignage sur mon enfance. Enfin, j’ai écrit un spectacle seul-en-scène «Les chiens ne font pas des chats». Il reprend quelques chansons de mes albums pour ponctuer le fil du texte. C’est un regard amusé sur mon expérience de la musique rock. Il y a de la couleur, de la douceur, de l’émotion, du partage, des points d’interrogation, de l’énergie et de l’enthousiasme. La musique est le prétexte pour resserrer les liens et regarder tous ensemble dans la même direction le temps du spectacle (narrateur, personnage fictif, public dans la salle).
Serge Sciboz: Es-tu originaire de Paris, de Rouen ou d’ailleurs?
Paul Péchenart: Je suis parisien. Je n’ai jamais habité ailleurs qu’en région parisienne, même si la musique m’a permis de voyager dans plein d’endroits différents dans le monde.
Serge Sciboz: Comment as-tu découvert le rock’n’roll?
Paul Péchenart: A Londres, quand j’avais une dizaine d’années. J’allais dans les boîtes de nuit avec mon père. C’est comme ça que j’ai découvert la musique (très) amplifiée et que j’ai attrapé le virus de la guitare électrique. Il ne m’a pas quitté.
Serge Sciboz: Quelles ont été tes premières influences?
Paul Péchenart: Le blues électrique traditionnel (John Lee Hooker, Muddy Waters, Big Bill Bronzy…), le rock‘n’roll (Chuck Berry, Eddie Cochran, Gene Vincent, Johnny Burnette…), le rock anglais (les Beatles, les Kinks, les Stones, les Who, T-Rex, …), le rock américain (les Doors, les Seeds, les Stooges, le Velvet Underground, Jimi Hendrix, Alice Cooper, Joan Jett, les New York Dolls, Janis Joplin…). J’en oublie forcément…
Serge Sciboz: As-tu pris des cours de guitare ou es-tu un musicien autodidacte?
Paul Péchenart: Je n’ai jamais pris de cours de guitare. J’ai appris en regardant comment faisaient les autres et en jouant beaucoup, beaucoup.
Serge Sciboz: Considères-tu le rock’n’roll comme un acte de rébellion contre l’establishment?
Paul Péchenart: Je pense que s’exprimer est, au premier degré, un acte personnel et, au second degré, un acte politique. L’expression artistique partage une vision individuelle qui est, par nature, différente de ce que la société attend de nous. Elle est subversive, transgressive et rebelle. Par ailleurs, l’outrance et les excès que véhicule le rock’n’roll viennent amplifier ces caractères. C’est une démarche qui dérange.
Serge Sciboz: Que signifie pour toi être “rock”, aujourd’hui?
Paul Péchenart: Je pense que l’attitude reste d’actualité car elle est l’expression de la créativité et du refus des modèles tout faits. Elle peut prendre plein de formes pour exprimer les mêmes idées. Je n’aime pas trop quand le rock devient figé et convenu car, pour moi, c’est un mouvement libre et changeant.
Serge Sciboz: Penses-tu que le rock’n’roll est devenu une utopie collective en 2026?
Paul Péchenart: Beaucoup d’étiquettes ont été collées sur les groupes, les périodes, les lieux, les labels, les sons, le matériel et l’imaginaire lié à la scène et à la vie sur la route. Une idée schématique, caricaturale et simpliste a fini par s’imposer. Certains la prennent pour la vérité. Ils devraient réécouter les groupes, les morceaux, les paroles et les sons pour retrouver l’élan, l’énergie, la sauvagerie et la beauté de départ. C’est ce que je m’attache à retenir.
Serge Sciboz: Tu es cofondateur des Dogs de Rouen, en compagnie des regrettés Dominique Laboubée et Mimi Gross. Peux-tu nous raconter la genèse du groupe et les premiers aboiements «rock» du côté de la cave de Mont-Saint-Aignan?
Paul Péchenart: Au départ, nous étions quatre, il y avait aussi Zox qui était le bassiste et qui m’a donné la chance de rencontrer les deux autres. Nous étions deux parisiens et deux rouennais. Nous avons commencé à répéter dès que nous avons été ensemble. Tous très jeunes. Nous avons fait notre premier concert trois semaines après nous être rencontrés pour la première fois. C’était à la MJC de Saint-Valéry-en-Caux en Normandie. Les répétitions dans la cave de Mont-Saint-Aignan sont venues ensuite.
Serge Sciboz: Pourquoi avoir quitté les Dogs? Est-ce à cause de divergences musicales avec Dominique?
Paul Péchenart: Avec Zox, nous avons décidé de quitter les Dogs pour des questions d’organisation. C’était une décision très difficile à prendre. Nous sommes toujours restés amis avec Dominique et Mimi. Je suis revenu dans le groupe quelques années plus tard quand Dominique me l’a proposé. Zox ne l’a pas fait car, à l’époque, il tournait avec le bluesman Luther Allison. Nous n’avons jamais eu de divergences musicales. Dominique était très doué pour comprendre et écrire la musique. Jouer avec lui était un grand plaisir!
Serge Sciboz: Avec le recul, regrettes-tu d’avoir quitté les Dogs pour rejoindre Larry Martin Factory?
Paul Péchenart: J’ai tellement appris et fait tellement de choses incroyables avec Larry, que je ne peux pas avoir de regrets. Cependant, je suis encore très triste de la séparation avec les Dogs. Je continue à penser qu’il y avait des solutions pour que le groupe reste uni dans sa configuration de départ. Le rêve n’est pas devenu réalité.
Serge Sciboz: Peux-tu nous parler de Larry Martin Factory?
Paul Péchenart: Larry est un excellent musicien (guitariste, pianiste, chanteur) avec une technique et une connaissance musicale très étendue. C’est aussi un producteur affuté, extrêmement attentif, rigoureux et exigeant en studio. C’était très enrichissant de jouer et d’enregistrer avec lui. Larry Martin Factory était un groupe entièrement tourné vers la musique avec un son très rock, une énergie gigantesque et une grande cohérence. Ce fut une très belle expérience.
Serge Sciboz: Quels sont tes meilleurs souvenirs avec les Dogs, puis avec Larry Martin Factory?
Paul Péchenart: Avec les Dogs: je me souviens du concert au Havre en décembre 1975. La folie pure aussi bien sur la scène que dans la salle. Certains, cinquante ans après, en parlent encore et disent que c’est ce soir-là que le punk français est né. Ceci dit, chaque concert des Dogs était un événement.
Avec Larry Martin Factory: je me souviens d’un concert que nous avions fait devant le temple de Sélinonte, en Sicile, devant 10.000 personnes, et de la tournée italienne qui a suivi. Très marquant de jouer dans un décor pareil et devant une foule aussi immense quand on a vingt-deux ans. Je me souviens aussi des mois passés en studio où nous étions complètement immergés dans la musique. Jour et nuit.
Serge Sciboz: Quel est ton album ou tes albums préféré(s) des Dogs?
Paul Péchenart: Too much class for the neigbourhood de 1982.
Serge Sciboz: Etais-tu resté en contact avec Dominique Laboubée?
Paul Péchenart: Oui, je suis toujours resté en contact avec Dominique entre mon départ des Dogs et mon retour en 1986. De temps en temps, il m’invitait à faire les rappels des concerts avec eux. C’est ensuite que j’ai réintégré le groupe.
Serge Sciboz: A cette époque, quels sont les groupes de rock français que tu appréciais et avec lesquels vous entreteniez de bonnes relations?
Paul Péchenart: Little Bob Story, OTH…
Serge Sciboz: Est-ce vraie la guerre fratricide souvent relatée dans les médias, entre les groupes de Rouen et ceux du Havre?
Paul Péchenart: Je n’ai aucun souvenir d’éventuels problèmes/ rivalités avec des groupes du Havre.
Serge Sciboz: A ton avis, qu’a-t-il manqué aux Dogs pour faire une carrière avec un important succès commercial à l’instar de Téléphone ou Trust, par exemple? Et était-ce le but recherché?
Paul Péchenart: Les Dogs étaient, dès le départ, un groupe dimensionné pour jouer dans les grandes salles avec un gros son. Nous avions l’ambition et le rêve de jouer sur des grandes scènes. Nous étions attachés à faire la musique qu’on aimait et à inventer les meilleures manières d’occuper la scène. Le public a été au rendez-vous dès le début mais pas dans les proportions qu’ont connu Téléphone et Trust. Le fait de chanter en anglais a peut-être été un handicap en France (mais un atout en Europe).
Serge Sciboz: Des décennies plus tard, as-tu conscience d’avoir fait partie d’un groupe légendaire et de l’avoir cofondé, groupe qui aura marqué de son empreinte indélébile l’histoire du rock français par son originalité et son authenticité?
Paul Péchenart: Je n’ai pas vraiment conscience d’une chose pareille, mais je suis toujours très impressionné quand des fans des Dogs viennent me serrer la main. Ce que je retiens, c’est la magie et la force des relations qui existaient entre nous quatre et tous ceux qui nous entouraient. Il ne faut pas oublier Franck Peeters, le cinquième Dogs, qui était le photographe. Il était en permanence avec nous, et il incarnait aussi l’esprit du groupe. Il a eu beaucoup d’influence sur l’attitude “Too much class…”.
Serge Sciboz: En 2013, tu publies un livre intitulé «Une grosse boule de feu» (aux éditions Camion Blanc), qui relate entre autres, les excès et la démesure véhiculés par le rock. Peux-tu nous parler de cet ouvrage? T’es-tu mis en danger physique ou mental par rapport à la dangerosité du rock’n’roll?
Paul Péchenart: Ce livre est un témoignage sur mon enfance. Vu de mon côté, le chaos dans lequel nous vivions avec les Dogs ne sortait pas de nulle part. Il m’a fallu des années pour le comprendre. Ce livre s’appuie sur ce que j’ai fini par découvrir. Mon expérience est qu’on ne sort pas indemne d’un tel voyage. Ni physiquement, ni mentalement.
Serge Sciboz: Depuis plusieurs années, tu as sorti de nombreux albums sous ton nom, pourquoi chanter exclusivement dans la langue de Molière?
Paul Péchenart: J’ai écrit quelques morceaux en anglais quand je jouais avec les Froggies mais, pour réussir à dire plus clairement ce qui me traverse l’esprit, je me sens plus à l’aise en français. C’est ma langue maternelle. Par ailleurs, c’est en France et en Belgique que je joue la plupart du temps. Le contact passe très facilement quand je chante en français. Je ne pense pas être capable de créer un tel échange en chantant en anglais ou dans une autre langue.
Serge Sciboz: Dorénavant, ta musique parait plus assagie, loin du rock dépouillé et nerveux des Dogs par exemple, en donnant la part belle aux textes à connotations poétiques. Parallèlement au rock, es-tu un féru de poésie urbaine?
Paul Péchenart: Même si nous avons, au départ, les mêmes références musicales, mes sources d’inspiration ne sont pas les mêmes que celles de Dominique qui écrivait tous les titres des Dogs. Chacun a son style et ses centres d’intérêts. Pour ma part, j’ai été très influencé par la quantité de bouquins que j’ai lus à l’époque où je commençais à écrire des chansons. J’aime les notes. J’aime les mots aussi. J’aime créer des associations entre les deux pour faire apparaître quelque chose de nouveau. J’essaye de me rapprocher au plus près des émotions qui me traversent. En cela, je ne me vois pas assagi car ça me demande de prendre énormément sur moi pour exprimer des choses enfouies. C’est comme ça que je tente de créer un partage sincère avec les gens et d’avoir un impact plus fort et plus confrontant pour le public et pour moi-même. C’est aussi une manière de m’approprier la musique rock avec mes mots et ma langue. Le rock n’est pas une musique que je reproduis mais une partie intégrante de moi-même et de mon expression la plus personnelle. Par ailleurs, le fait de chanter en français n’est pas anodin dans le son final. Ça donne inévitablement un son différent de l’anglais où l’accentuation de l’accent tonique renforce l’aspect rythmique des morceaux. Ça joue inévitablement sur le message et le rendu général. Enfin, j’écris les morceaux en tenant compte du son de ma voix qui reste toujours assez doux. N’est pas Tom Waits qui veut (hahaha!!!)…
Serge Sciboz: Tu signes la totalité des textes et la quasi-totalité des musiques. Comment trouves-tu ton inspiration?
Paul Péchenart: Je passe beaucoup de temps à chercher des idées de chansons. Je note sans arrêt des mots, des phrases, des idées, puis je teste avec la musique. Tout ce qui m’environne m’apporte des mots et des sons à exploiter: les conversations, les publicités, les infos, les bouquins, les souvenirs de livres ou de situations dans lesquelles je me suis retrouvé, les idées qui passent, les gens que je rencontre… Quand quelque chose me surprend ou me paraît intéressant, je le note et je vois comment aller plus loin, développer l’idée et la transformer. C’est ma matière première. Parfois, un mot banal peut être le point de départ d’une chanson colorée et prenante. J’associe les sons et les mots jusqu’à ce qu’ils me parlent et que je me sente à l’aise pour les dire en public.
Comme beaucoup d’auteurs, ce que j’écris est différent de ce que j’imagine que je vais produire quand je me lance. J’accepte ce décalage. Je crois qu’on ne peut écrire que ce qui vient d’un endroit profond en nous. Toute la difficulté est de trouver la connexion vers cet endroit magique d’où viennent les idées, les mélodies, les ambiances. C’est mon chemin pour rester authentique, en accord avec moi-même.
Serge Sciboz: Tes textes magnifiques sont-ils autobiographiques?
Paul Péchenart: Merci pour le “magnifiques”! Il y a une grande part de moi-même dans mes textes bien que je n’écrive pas des chansons pour raconter ma vie. Je dirai plutôt que j’utilise mes expériences pour raconter des histoires qui pourraient nous parler à tous. Je puise les images, les couleurs et les situations dans ce que j’ai connu et dans ce que j’invente au fur et à mesure des associations fortuites entre les mots et les notes. La partie autobiographique de mes textes est donc présente mais jamais explicite, ni revendiquée, ni en premier plan.
Serge Sciboz: Quels sont tes projets pour défendre ton dernier album ‘J’Attends l’Eté’ (label: Juste Une Trace)?
Paul Péchenart: Je présente mon nouvel album ‘J’attends l’Eté’ dans mes concerts et je vais en chanter des chansons et répondre aux interviews dans les radios qui m’invitent. Le label qui me représente, Juste une trace, a aussi lancé la promo ce printemps avec des actions sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook…). Bien entendu, il y a aussi les articles dans les webzines et les publications comme celle que vous êtes en train de lire!
Serge Sciboz: Comment s’est passé l’enregistrement de cet album?
Paul Péchenart: A merveille. Nous sommes une petite équipe, quatre musiciens (Esteban Avellan à la basse et à la guitare, Théo Bertou à la batterie, Paul, mon fils, à la guitare, et moi-même) et François Casaÿs qui est l’ingénieur du son. Nous nous connaissons très bien car c’est le septième album que nous enregistrons ensemble. Grande complicité, grande efficacité et grande diversité des idées car les générations se mélangent et se complètent. Je pourrais passer toute ma vie à enregistrer les morceaux comme nous le faisons. C’est un grand plaisir.
Serge Sciboz: Tu enregistres avec le même noyau dur de musiciens, dont ton fils Paul Péchenart Junior à la guitare. Peux-tu nous les présenter?
Paul Péchenart: En fait, bien que mes albums soient sous mon nom, nous fonctionnons comme un groupe où tous les membres sont permanents. Esteban Avellan joue de la basse et de la guitare. Nous avons fait notre premier concert ensemble en janvier 2000. Au début, lui et Paul, mon fils, étaient encore des ados. Paul qui est guitariste sur mes derniers albums, a continué, comme Esteban, à faire de la musique de manière intensive. Voici une liste (non-exhaustive) des groupes dans lesquels ils ont joué ou ils jouent encore: Guerilla Poubelle, Avalanche, Navarro, La Faiblesse, les Soucoupes Violentes, Slow Death, Tomorrow Massacre, Bien à Toi, Bérézina, Stygmate, Heure bleue…
Le dernier à avoir rejoint le groupe est Théo Bertou qui est, maintenant, le batteur. Il a, lui aussi, plusieurs autres projets musicaux en parallèle (Panique, Kiss Cam…).
Serge Sciboz: Pourquoi la pochette représente-t-elle une magnifique étoile de mer? Est-ce par esprit de liberté?
Paul Péchenart: L’étoile de mer qui est sur la pochette est une broche que ma fille Capucine m’a offerte. J’ai souvent eu la remarque que ça collait bien avec ma chanson ‘J’attends l’été’. D’où l’idée de l’utiliser pour la pochette de l’album.
Serge Sciboz: Toujours fidèle au label Juste Une Trace?
Paul Péchenart: Oui, c’est le cinquième album que je sors sur ce label. Sympa, sérieux et attentif aux morceaux que je leur propose.
Serge Sciboz: A ton avis, comment se porte le rock’n’roll français en 2026, par rapport aux débuts des Dogs, Bijou, Little Bob Story…, dans les 70’s?
Paul Péchenart: Je vois plein de groupes de rock’n’roll français qui tournent et qui jouent. C’est plaisant de voir que le rock est toujours vivant et parle à d’autres générations. D’un autre côté, le contexte a complètement changé depuis les 70’s et j’ai bien conscience que l’émulation qui a existé autour des groupes de rock à l’époque peut ne jamais revenir. Je ne suis pas nostalgique, c’est dans l’ordre des choses.
Serge Sciboz: Est-ce un sacerdoce de s’appeler Paul Péchenart à notre époque et de vivre dignement de son art?
Paul Péchenart: C’est plus une passion et un plaisir sans cesse renouvelé qu’un sacerdoce. J’ai toujours joué, écrit des morceaux et fait ce qu’il faut pour monter sur scène. C’est ça qui me plaît. Je ne suis pas près de lâcher ma guitare. Les finances suivent tant bien que mal…
Serge Sciboz: Tu as accompagné de nombreux bluesmen d’outre-Atlantique comme Screamin’ Jay Hawkins, Luther Allison, Hubert Sumlin… Que représente pour toi le blues, et as-tu beaucoup appris à leurs côtés?
Paul Péchenart: Oui, j’ai énormément appris au contact des bluesmen. Ils ont tout inventé et ont réussi à parler au monde entier avec des moyens dérisoires. DIY avant l’heure! L’intensité de leur musique, de leurs paroles et de leur attitude est mon exemple n°1.
Serge Sciboz: T’es-tu intéressé également au blues français des Paul Personne, Benoît Blue Boy, Patrick Verbeke, Bill Deraime…?
Paul Péchenart: Je n’ai pas suivi leur parcours avec suffisamment d’assiduité. J’ai beaucoup de respect pour eux et pour tout ce qu’ils ont fait. J’ai eu l’occasion de parler avec Patrick Verbeke et croisé brièvement Paul Personne.
Serge Sciboz: Aujourd’hui, qu’écoutes-tu comme disques?
Paul Péchenart: Gorillaz, Billy Nomates…
Serge Sciboz: Quels sont tes hobbies lorsque tu ne fais pas de musique?
Paul Péchenart: Je n’ai pas de hobby particulier. La musique est mon occupation principale.
Serge Sciboz: C’est quoi la journée type de Paul Péchenart?
Paul Péchenart: Pêle-mêle: me lever tôt, écrire des morceaux, jouer de la guitare, aller voir des ami(e)s, chercher des concerts, me balader un peu, faire des concerts, rouler…
Serge Sciboz: Au regard de ton parcours qui force le respect, as-tu des regrets?
Paul Péchenart: Je n’ai aucun regret. J’ai toujours mis beaucoup d’énergie pour faire ce qui me plaît et j’ai eu la chance incroyable de rencontrer les bonnes personnes aux bons moments. J’ai vécu des situations que je n’aurais pas imaginé vivre et, jusqu’ici, j’ai préservé mon énergie, ma curiosité et ma capacité à poursuive ma route à ma façon.
Serge Sciboz: Pour conclure, je vais te citer le nom de 7 personnalités ou groupes. Peux-tu nous donner, en quelques mots, ton sentiment à leur égard, et peut-être quelques anecdotes les concernant?
Paul Péchenart:
Dominique Laboubée: il m’a appris énormément de choses. Il avait un don pour le rock ‘n roll. Il comprenait instantanément comment la musique était faite et a toujours gardé une grande cohérence créative. Une légende.
The Rolling Stones: j’ai écouté et réécouté sans fin leurs albums. J’ai appris à jouer en écoutant leurs morceaux que je connais par cœur. J’aime beaucoup leurs guitares, leurs paroles, leur son et leur attitude. Ils ont réussi à garder un côté solaire même dans leurs balades les plus sombres. Bravo!
Les Olivensteins: j’aime bien leur côté provoc et leur humour. J’ai eu la chance, avec les Dogs, d’enregistrer des morceaux avec Gilles Tandy. Je suis fier de l’avoir fait (si je peux me permettre de les paraphraser à ma manière).
Little Bob: le rock à l’état pur, immense respect!
Eddie Cochran: une de mes références absolues avec Gene Vincent, Chuck Berry, Johnny Burnette, Vince Taylor, Link Wray, Buddy Holly…
Lionel Hermani (Mélodies Massacre): Il a compris tout le potentiel, la puissance de la musique rock avant beaucoup d’autres, a su créer un lieu à Rouen où c’était vivant!
Dick Rivers: Un précurseur en France, le rock de la rébellion et des blousons noirs.
Serge Sciboz: Merci beaucoup Paul!
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Entretien réalisé par Serge SCIBOZ, Paris-Move
Mai 2026
Chroniques des deux derniers albums de Paul Péchenart rédigées par votre serviteur dans les colonnes de Paris-Move:
Deux albums notés “indispensable” par la rédaction de Paris-Move:





