Concert de Eric McFadden au Café de la Danse

La soirée s’annonçait superbe, ensorceleuse, avec non seulement le Eric McFadden Trio en tête d’affiche, mais aussi Dan Reed et un dénommé Lee Harvey Osmond en première et deuxième partie, celui là même qui nous avait fichu une sacrée baffe en milieu d’année avec son superbe opus ‘A Quiet Evil’. Un CD auquel la rédaction de Paris-Move avait attribué la note d’Indispensable, rien que ça.

 
Et puis, un beau jour de printemps, c’est face à Tom Wilson que nous nous étions retrouvés, car derrière le pseudo Lee Harvey Osmond il y a un chanteur-guitariste en pétard car selon lui le folk a perdu en route une bonne partie de son âme et avec Lee Harvey Osmond, le brave Tom allait lui redonner vie et forme, à cette musique folk. C’est ce que vous pouvez d’ailleurs découvrir au travers de l’ITW que Tom Wilson nous a accordée il y a quelques mois, et que vous pouvez relire ici…
 
Malheureusement pour nous, Tom a été retenu au Canada et c’est la belle Belinda Kordic qui l’a remplacé au pied levé, interprétant en ce début de soirée du 10 novembre 2009 une bonne partie de son superbe premier album, ‘Just Another Love Song’, que la Miss vous propose aussi sous un pseudo, Killing Mood. Un album à découvrir absolument, et qui vous fera traverser un univers étonnant, rempli d’ombres furtives et de messages à décoder pour soi, selon ses envies et son humeur du moment.

 
Née en Australie, Belinda est une jeune fille qui aime bouger, parcourir le monde. On l’a croisée à Londres, à Paris, à Sidney, avant de la retrouver en Scandinavie, et plus précisément en Suède, où elle est reconnue comme artiste à part entière. Ouverte à tout ce qui est nouvelles tendances musicales, passionnée par une voie très folk, elle s’est mise à écrire des chansons particulièrement mélancoliques et même un peu sombres, y consacrant tout le temps nécessaire. Pour exemple, la chanson ‘Devil’s Robe’, troisième plage sur son opus, fut par exemple écrite en 2005, et c’est avec un immense feeling que Belinda nous l’offre en ‘live’, ce soir de novembre 2009.
 
  
 Deuxième artiste à monter sur scène, Dan Reed est loin d’être un inconnu pour qui a écumé dans le milieu des 80’s les salles où l’on pouvait écouter des groupes qui jouaient du funk metal, car Dan Reed Network était l’un de ces groupes. Mais voir maintenant Dan Reed à la guitare acoustique, accompagné juste par un guitariste électrique, et assis, en plus, ça vous change l’approche musicale du bonhomme, c’est sûr. Mais le mec a toujours la voix, l’énergie et ce truc en plus qui fait d’un vrai chanteur un personnage au magnétisme particulier. Et finalement, ça le fait vachement bien en acoustique, comme le témoigne le public du Café de la Danse, emballé par le set, bien trop court à son goût…
 

 Mais pour proposer trois artistes en une seule soirée, faut assurer le timing, et tout comme Belinda ‘Killing Mood’, Dan Reed ne pourra pousser son set trop longtemps. A charge à nous, donc, de les pister lors de leurs prochains passages sur Paris car ce sont vraiment deux artistes à découvrir, pour l’une, et redécouvrir, pour l’autre.

 
C’est comme d’hab, toujours bien sapé, avec un chapeau rond et un gilet très classe qu’Eric McFadden monte sur scène, gratte noire en bandoulière. Avec McFadden ce n’est pas à un concert que l’on assiste mais à une cérémonie, à un spectacle. L’homme ne vous laisse pas une seconde pour reprendre votre souffle que déjà vous êtes emportés dans son ‘Train To Salavation’. Avec McFadden vous mettez le pied dans un univers musical où les couleurs se mêlent aux saveurs musicales, où les sensations les plus fortes affrontent vos sentiments les plus enfouis, les plus cachés. Tel un maître vaudou, Eric McFadden vous emporte dans son rythme, sa démesure, son tourbillon musical. Vous êtes happés par la guitare hispanisante, projetés contre votre siège par un solo dévastateur, remis sur les rails par une polka, avant d’être finalement emportés par le tsunami émotionnel qu’est ‘Where is Ferdinand’ et ce final d’anthologie qu’est ‘Sister Maggie’.
 
 
Du premier titre, ‘That’s How I Know I’m Here’ au dernier, ‘Sister Maggie’, Eric McFadden ne vous lâche pas la main une seule seconde. Sa voix vous porte, vous attire, vous guide, vous charme, vous fait vibrer et vous vous laissez emporter par ce ‘Train To Salvation’ (titre de son dernier CD, disponible chez Bad Reputation) qui sert de trame à ce concert.
 
Eric McFadden, c’est une bête de scène qui occupe l’espace et l’atmosphère, une personnalité qui ne laisse personne indifférent. Sa voix a ce pouvoir mystérieux des organes charismatiques qui ensorcèlent les femmes et on imagine sans peine le bougre dans une grotte perdue en pleine montagne, éclairée par des milliers de bougies, là où jamais le soleil ne se lève, entouré de centaines de femmes en voile blanc. Sorcier dont la canne est sa guitare, McFadden est de ces personnages qui donnent tant d’eux-mêmes qu’ils ne font plus qu’un avec le public. Un public qui n’assiste pas à un concert, mais qui le vit.
 
Un concert dont le moment le plus intense aura été la chanson ‘Where is Ferdinand’, écrite en hommage au fils de l’acteur Patrick Chesnais, un fils tragiquement disparu dans un accident de la circulation et qui aimait écouter Eric McFadden. Moment d’une rare intensité car le père de Ferdinand est là, dans la salle. Moment d’une rare intensité émotionnelle car même Eric McFadden ne trouve plus les mots pour présenter la chanson. Une chanson d’une telle force émotionnelle et d’une telle beauté que la salle du Café de la Danse en est figée, silencieuse, telle une cathédrale. Sans même s’être concertés, tous les photographes de presse ont posé leurs appareils sur le bord de la scène et prostrés, écoutent, les larmes aux yeux, cette sublime chanson-hommage à un mec parti bien trop tôt.
 
 
 
Finalement c’est avec ‘Sister Maggie’, seul à la guitare, qu’Eric McFadden achève ce qui restera non seulement un concert, un spectacle, mais un événement. Comme chaque fois que le McFadden monte sur scène. Respect, mec!
 
Frankie Bluesy Pfeiffer

Paris-Move
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