| Blues-Rock |
Fondé en 2017 par la chanteuse, guitariste et harmoniciste Virginie Pinon (ex-Eddie & Ninie, avec plus de mille concerts en Europe et Amérique du Nord en quinze ans) et les frères Bach (Nicolas, guitare, chant, harmonica et Cyril, percussions, didgeridoo, chœurs), LittleBig6ster a déjà publié deux albums (“Cobra” en 2017, et LB6 en 2021), donné plus de 350 concerts depuis sa création, et partagé l’affiche avec de grands noms tels que Bernard Allison, Ana Popovic, Beverly Jo Scott ou les Cinelli Brothers. Pour ce troisième opus, le gang angevin (augmenté depuis quatre ans du bassiste Gilles Théolier et du batteur Vincent Lechevallier, par ailleurs présent sur l’album de Jewly chroniqué ICI) revendique son évolution récente sous le thème de la mue (d’où son artwork en peau de serpent). S’ouvrant sur un mambo déhanché aux accents Nola (“Running Wild”), il permet de retrouver le timbre de chatte écorchée de Virginie (qui y officie à nouveau sur son instrument fétiche, la cigar-box). Si l’on ne peut manquer d’y déceler une correspondance patente avec celui de la regrettée Janis Joplin (ne serait-ce que dans cette propension à alterner tendresse et feulement sauvage), Littlebig6ster ne se complaît pas dans le simple tribute pour autant, comme en attestent d’emblée l’effréné “Me Blind” (Texas boogie lancé à plein régime sur un riff que n’aurait pas renié ZZ Top, slide guitar fumante en sautoir) et le funky et fédérateur “Modern Tribe” (dont le rappin’ flow emprunte aux Red Hot Chilli Peppers). Sur une orchestration des plus dépouillées (guitares, congas et charley), “Fight 2 B” confirme quelle remarquable soul sister sait également se montrer Virginie (proche d’une Mavis Staples en l’occurrence), tandis que les six cordes de Nicolas s’y fendent d’un solo tout en délicatesse : leur propre “Dock Of The Bay”, en somme. Après cette pause en forme d’oasis, retour à la vindicte avec la harangue de “Step Aside”, mené par un riff entêtant façon rock sudiste, et traversé d’un solo d’harmonica primitif, tandis que Virginie y brandit un poing admonestateur. Plus tribal tu meurs, “Toy” se scande ensuite par un martèlement des plus primaires, tandis que la Gibson 335 de Nico en appuie le propos jusqu’à deux surprenants breaks élégiaques, scindant cette plage avant la reprise de la marche vengeresse. Après pareil déferlement, un classic soul slow number tel que le mellow “Alien” est particulièrement bienvenu, et Virginie en profite pour y démontrer l’étendue de sa palette vocale, tandis que ses comparses l’y soutiennent avec toute la retenue de rigueur jusqu’au crescendo final. À ne pas confondre avec le titre quasi-homonyme qui rendit Santana célèbre via le film “Woodstock”, “Soul’s Sacrifice” se révèle la pièce de résistance de l’album. S’étendant sur plus de sept minutes avec ses percussions tribales, sa guitare folk, sa slide saturée, son didgeridoo et le chant tour à tour incantatoire et shamanique de la Pinon, c’est un peu le “Celebration Of The Lizard King” de LittleBig6ster, qui décide de conclure sur sa propre adaptation furibarde du “Heavy Soul” des Black Keys, traçant dès lors un pont lumineux entre blues éternel et ses derniers avatars contemporains. Un album d’une puissance et d’un souffle indéniables.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, October 4th, 2026
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