| Blues |
Nous vous avions présenté ce relatif nouveau venu dans l’écurie Alligator il y a deux ans et demi, lors de la parution de son premier album sous le label saurien. Pour son second effort (de fait son septième à ce jour, si l’on inclut légitimement ses cinq publications préalables), Chris a réuni un aréopage de sidemen où l’on distingue (outre son regular touring band) des pointures telles que Bob Margolin, Lil’ Ed Williams ou Jesse O’Brien, et s’il lui a à nouveau délégué les production duties, Bruce Iglauer ne l’a pas moins confié aux bons soins de Kid Andersen, en ses désormais incontournables studios Greaseland de San José. Dès le “Bad Decisions” introductif, on reconnaît les atouts qui nous avaient conquis lors de son prédécesseur, “The Hard Line” (chroniqué ICI) : vocals puissants, chaleureux et articulés (on en discerne chaque mot), harmonica à décorner les buffles, et un close-knit tight band dont le drive emballe le tout en un up-tempo Chicago-shuffle grand teint. Comme maints de ses modèles (Rice Miller et McKinley Morganfield en tête), Chris a le chic pour infuser ses propres compositions d’anecdotes et d’expériences personnelles, avec une sagacité et un humour tongue-in-cheek qui n’appartiennent qu’à lui. Adoptant un mid-tempo obsédant, “Lady Luck” bénéficie des six cordes acérées de Greg Gumpel (l’un des quatre guitaristes convoqués, en supplément de son Pat O’Shea attitré), et les cuivres s’invitent sur le paresseusement funky “Am I The Only Fool ?” (comprenant la punch line “karma is a bitch” !), dont la malice et la facture rejoignent celles du regretté Rufus Thomas. C’est la slide enfiévrée de son collègue de label Lil’ Ed Williams (temporairement affranchi de ses réguliers Imperials) qui injecte son shot acrobatique de caféine au bien intitulé “One More Cup Of Coffee”, et un autre complice se glisse à son tour sur “Nothing But A Memory”. Parfaitement à sa place sur ce slow Chicago blues (bien dans la veine de son mentor Muddy Waters), Bob Margolin y reproduit à s’y méprendre les célèbres licks de bottleneck de son ex-patron, avant que le jump cuivré “Justice Must Be Blind” ne renvoie à la tradition facétieuse de Louis Jordan et Wynonie Harris (selon l’esprit du “Good Morning Judge” de ce dernier), à la perpétuation de laquelle excelle depuis toujours Roomful Of Blues. Chris est depuis sa plus tendre adolescence un fan éperdu du regretté géant de l’harmonica James Cotton, et “After 2 A.M.” s’inscrit dans la ligne de celui-ci, tandis que “One Way Street” témoigne que notre O’Leary n’a rien oublié de son séjour prolongé à New-Orleans, quand il s’y produisait aux côtés de Levon Helm au sein de son Classic American Café, sur Decatur Street. Tandis que le pianiste Bronson Hoover y épouse les patterns chaloupés de Professor Longhair, le batteur Dan Vitarello y déroule le fameux second line beat local, et les cuivres y font tournoyer le Mardi-Gras. Quitte à visiter la Louisiane, l’acerbe zydeco “Live Baby Gators” en raille les attractions pour touristes, avec le renfort bienvenu de l’accordéon de Wayne Toups. Il ne manquait quasiment plus au tableau qu’un smoky late night lounge slow blues, et c’est “How’d I Ever Get Along?” qui s’y colle, sur tapis de cuivres feutrés et de piano cocktail, offrant au guitariste Pat O’Shea l’occasion de briller en toute subtilité. Cet album de grande classe (ouvrière, cela va de soi) se referme sur le laid-back funk “Daddy Was A Wolfman”, que n’aurait sûrement pas dédaigné le Little Feat de Lowell George (et qu’évoque la slide de Greg Gumpel): complete satisfaction guaranteed.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, July 7th, 2026
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