| Americana |
En règle générale, ne jamais oublier que les communiqués de presse accusent une fâcheuse tendance à survendre les artistes dont ils assurent la promotion. C’est de bonne guerre, et ils sont même conçus pour ça. Aussi ne nous laisserons nous pas impressionner outre-mesure par la biographie officielle de ce nouveau venu, dont voici le tout premier album: “à 18 ans, Alex Amen quitte le Texas pour la Californie afin d’étudier le cinéma. Après un semestre, il abandonne ses études et s’installe à la Dittman Family Commune, une communauté liée historiquement aux mouvements contre-culturels du milieu des années 1960. C’est là qu’il fonde son premier groupe en 2017, qui se dissout peu après, le conduisant à quitter le sud de la Californie pour l’île de Vashon, dans le Puget Sound (État de Washington). Il y passe les trois années suivantes dans un relatif isolement, se consacrant à divers centres d’intérêt tels que la mycologie, l’alpinisme, la poésie et la construction de bateaux en bois. Au fil du temps, Amen ressent de plus en plus le besoin de revenir en Californie pour poursuivre la musique. En janvier 2023, il commence à autoproduire son premier EP, “The Zorthian Tapes” (2025) dans un studio qu’il a lui-même construit au ranch historique Zorthian à Altadena, en Californie. Aujourd’hui installé à Los Angeles, il publie sa musique au sein de la scène folk/americana/country en pleine expansion et se produit à travers l’Amérique du Nord et au-delà”… Plus prosaïquement, c’est surtout le label sur lequel paraît cette galette qui nous interpelle d’abord: ATO Records (où se côtoient déjà Amanda Shires, Dylan LeBlanc et The Heavy Heavy, tous dûment chroniqués ICI, ICI, ICI et ICI), ainsi que la martingale de musiciens qui y figurent (au nombre de dix-huit, dont un sextuor à cordes). Car sur le plan sonore, le “Diamonds” d’ouverture se situe justement à équidistance entre le “Jonathan Livingston Seagull” de Neil Diamond, Harry Nilsson et le Dylan de “Self-Portrait”, tandis que le rag “Cabin By The Sea” nous ramène sur les traces de Phil Ochs, Arlo Guthrie et Fred Neil. La pedal-steel y abonde, et le bluegrass picking idem, au point que l’on s’y croirait téléporté au cœur de Laurel Canyon à l’orée de seventies mythifiées. De même, la reprise du “Please Don’t Tell Me That You Love Me” de Art Lown et le “Peaches” que signe Alex n’auraient pas déparé sur la bande originale du fameux “Alice’s Restaurant” d’Arthur Penn. Des plages aussi mélancoliquement ensoleillées que “Her Spirit Wanders”, “Memories Of You”, “Changes”, et “California Blues” (rappelant l’âge d’or de Harry Chapin et Jim Croce) distinguent toutefois cet album de certain vulgus americana qui commence à saturer quelque peu nos étagères, et Cat Stevens lui-même n’aurait pas dédaigné une comptine galante telle que “April”, non plus que Billy Joel ce “Lonely People” final et grandiose, aux relents de “Without You” mâtiné de “Jealous Guy”. Reste à élucider un mystère: comment un jeune auteur-compositeur de 26 ans à peine parvient-il à incarner à ce degré d’authenticité une époque pourtant révolue d’un bon demi-siècle? On espère sincèrement que l’IA n’est pour rien…
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, July 3rd, 2026
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