Greenhouse Ensemble – Mezzanine (FR review)

Self Released - Street date : May 8, 2026
Jazz
Greenhouse Ensemble – Mezzanine

Résumé: Le nouvel album de Greenhouse Ensemble mêle jazz urbain, influences folk et textures expérimentales dans un ensemble dense et encore en mouvement, qui laisse entrevoir un fort potentiel pour la suite.

Un album dense, audacieux et encore en devenir

Une chaleur humide, une forme de calme suspendu dans l’air. Les premières notes ne surgissent pas, elles s’installent, comme si elles s’accumulaient lentement dans l’espace. Une ligne de violon s’étire, une trompette lui répond par touches retenues, et une voix sans paroles glisse entre les deux, moins comme une mélodie que comme une présence. Dès les premiers instants, Greenhouse Ensemble annonce la couleur: ici, la musique ne repose pas sur une hiérarchie, mais sur un dialogue.

Ce collectif montréalais de sept musiciens aborde la composition comme un processus partagé, en constante évolution. Leur travail associe instruments et voix dans une écriture volontairement fluide, ancrée dans un langage jazz traversé par la vie urbaine, mais ouvert par moments à des réminiscences folk. Le résultat échappe aux classifications simples et conserve une capacité de surprise, même lorsqu’il semble soigneusement construit.

Il devient parfois difficile de distinguer ce qui relève de l’improvisation et ce qui a été écrit en amont. Cette ambiguïté n’est pas fortuite. Elle témoigne de la profondeur du travail préparatoire. Les sept membres du groupe se sont réunis en juillet 2025 avec l’ambition de construire une œuvre capable d’accueillir leurs influences multiples sans les diluer. Il en résulte une esthétique jazz à la fois cinématographique et contemporaine, comme si chaque pièce se déployait en séquences lentes et mouvantes.

Ancré dans le jazz actuel et traversé par des éléments de musique traditionnelle québécoise, l’album s’aventure aussi vers des territoires plus expérimentaux. Un travail subtil sur le son et la texture donne à l’ensemble une dimension presque tactile. Par endroits, le violon s’oriente vers une phrase d’inspiration folklorique avant de se dissoudre dans des couches vocales. Ailleurs, la trompette traverse un champ harmonique dense avec une netteté qui reconfigure brièvement l’écoute.

Cette circulation contribue à l’émergence d’une voix collective cohérente et affirmée, même lorsqu’elle frôle l’abstraction. Au cœur de cette identité, le trio violon, trompette et voix sans paroles constitue une base solide, à partir de laquelle la musique peut se déployer. Puisant dans des traditions locales tout en s’inscrivant dans une sensibilité globale, Greenhouse Ensemble construit un langage qui franchit aisément les frontières culturelles.

Pour autant, l’album n’est pas exempt de tensions. Sa principale limite réside dans sa densité. Les arrangements paraissent parfois saturés, comme si trop d’idées cherchaient à coexister simultanément. Lorsque cette profusion fonctionne, elle produit une expérience immersive, un tissu sonore riche où les détails se révèlent progressivement. Lorsqu’elle déborde, elle risque au contraire d’effacer les nuances qui font la singularité du groupe.

Cet équilibre commence à se stabiliser avec le troisième morceau, Nikki. Le groupe y ménage davantage d’espace entre les gestes musicaux. Le violon respire, la voix trouve une place plus lisible, la trompette adopte un phrasé plus maîtrisé. L’ensemble gagne alors en clarté, permettant d’appréhender la forme globale sans dispersion.

Un tel album se situe rarement dans l’évidence. Il avance autant par questions que par réponses, et le processus de choix peut être aussi exigeant que celui de la composition. Ici, le projet parvient malgré tout à affirmer une identité artistique nette, même si certaines zones restent encore en mouvement. Les flottements observés semblent liés à la méthode collective du groupe. Leur travail d’écriture partagé, nourri d’ateliers et d’explorations sur les combinaisons timbrales, ouvre des possibles créatifs, mais introduit aussi une complexité parfois difficile à canaliser.

Cette approche constitue pourtant l’une des forces du projet. Habitués à l’improvisation sur scène, les musiciens cherchent à prolonger cet esprit dans l’écriture. Cela s’entend dans la manière dont les idées se superposent, se répondent et se transforment mutuellement.

Cette dynamique trouve l’une de ses expressions les plus abouties dans A Whole Step Away. Le morceau se déploie avec une plus grande lisibilité, laissant les intentions collectives s’accorder. Le jeu devient moins dense, plus dirigé, offrant un aperçu de ce que le groupe peut atteindre lorsque son langage commun trouve son équilibre.

À ce stade, tout jugement définitif serait prématuré. Greenhouse Ensemble réunit des musiciens indéniablement talentueux, encore en train de définir non seulement leur son, mais aussi leur manière de sonner ensemble. C’est un ensemble à suivre de près.

Avec davantage de concerts et une relation plus ancrée au public, leur musique pourrait gagner en précision sans perdre sa porosité. S’ils parviennent à affiner leur usage de l’espace tout en préservant leur dynamique collective, ils ont le potentiel de s’imposer durablement, jusqu’à pouvoir être rapprochés de formations marquantes comme UZEB. À ce stade, ce qui leur manque n’est ni l’ambition ni la vision, mais l’expérience vécue qui transforme une promesse en identité.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, May 7th, 2026

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Bandcamp

Website

Musicians :
Roxane Reddy – Vocals
Camille Brousseau – Violin
William Lussier – Trumpet, Flugelhorn
Christophe Magnan-Bossé – Piano, Rhodes, Melodica
Louis-Martin Ruest – Guitars, Effects
Benjamin Lavoie-Doyon – Upright Bass, Electric Bass
Simon Desrosiers – Drums, Percussion

Track Listing :
IntéGration
Variations Sur Une Turlute
Nikki
AstréE
ParenthèSe I
DiomèDe
A Whole Step Away
Parenthèse II
Reset
BergèRe