Samin Dong Rak

Label Ouest / Disponible le 8 mai 2026
World Music

Samin Dong Rak tire son nom d’un ancien idiome signifiant “la joie partagée entre trois personnes” et c’est ainsi que pour le démontrer de la meilleure façon qui soit, cet idiome réunit ici trois artistes de cultures musicales différentes dans une formation véritablement unique au monde, symbolisant la rencontre organique de trois univers distincts qui, à un instant précis, respirent ensemble: E’Joung-Ju (geomungo), Simon Mary (contrebasse), Anne-Laure Bourget (percussions).

La rencontre du geomungo d’ E’Joung-Ju et de la contrebasse de Simon Mary crée un dialogue inédit entre deux instruments à cordes graves et anciens, tandis qu’Anne-Laure Bourget apporte des couleurs percussives subtiles et orientales. Le trio traverse les frontières entre Orient et Occident, tradition et modernité, structure et improvisation.

Mais qu’est-ce que ce geomungo ? Le Kŏmun’go, ou geomungo (en coréen 거문고), est un instrument de musique à cordes pincées coréen dont la création remonte à la période Koguryo. On trouve les premières traces du kŏmun’go dès le 4ème siècle de notre ère comme instrument sacré, exclusivement utilisé dans les musiques rituelles de cour.

Le son du kŏmun’go est l’un des plus immédiatement reconnaissables de la musique traditionnelle coréenne. C’est un instrument à cordes au son grave et très envoûtant. Son timbre unique se caractérise par une qualité profonde et percussive associant la douceur délicate à la force brutale, permettant ainsi d’exprimer les subtils et multiples contrastes de la nature. Entre mémoire et invention, rigueur du geste et liberté d’improvisation, le kŏmun’go se révèle comme un instrument de résistance et de transformation, un territoire où la tradition survit aux ruptures de l’histoire. Un instrument aujourd’hui porté par une nouvelle génération de musiciens coréens qui en explorent toutes les possibilités expressives, du répertoire de cour ancestral aux créations contemporaines les plus audacieuses, comme nous l’offre aujourd’hui la talentueuse E’Joung-Ju.

Le trio Samin Dong Rak composé de E’Joung-Ju, Simon Mary et Anne-Laure Bourget nous propose un album de world music à plusieurs niveaux où des influences jazz se fondent dans d’autres esthétiques venues d’ailleurs. Le tout aboutit à une œuvre élégante, avec des compositions travaillées, des arrangements raffinés et une sonorité résolument ouverte au monde.

Malgré l’originalité éclatante de l’utilisation du kŏmun’go, on est moins ici dans la démonstration instrumentale que dans un espace narratif. Samin Dong Rak exprime, à travers la rencontre harmonieuse de trois univers distincts, la richesse des différences culturelles et la beauté qui naît de la collaboration artistique. Le tout est à la fois intime et vaste, tendant vers un infini qui pulvérise toutes les frontières matérielles, vers un espace de liberté totale.

Autre point fort de l’album, sa dynamique : il se déroule avec une fluidité telle qu’on aurait envie qu’il dure plus longtemps. Cette dynamique contribue à son unité narrative. Chaque morceau est comme un chapitre, avec sa propre identité et son arc émotionnel. L’album avance en permanence dans la surprise, chaque morceau ouvrant une nouvelle perspective, une nouvelle porte, une nouvelle fenêtre.

La richesse de l’ensemble ne tient pas à l’esbroufe technique par des musiciens divinement talentueux, mais à une profondeur patiemment bâtie, fruit d’un travail d’orfèvre. Bien loin d’un simple jaillissement démonstratif, chaque morceau semble finement ciselé: notes étirées, parfois brisées, silences qui troublent la tension, dynamiques étincelantes. L’architecture des morceaux est structurée mais laisse toujours place à une respiration intime. Chacun des trois instruments ouvre un espace de vulnérabilité, une fragilité, une authenticité palpable. C’est dans cette tension entre maîtrise et lâcher-prise, entre virtuosité et expression brute, que bat le cœur de ce disque.

Le meilleur conseil, c’est sans doute de vous lancer dans l’écoute sans a priori, puis de réécouter l’opus en boucle. On découvre alors une musique lumineuse et nuancée, stimulante intellectuellement et d’un accès émotionnel immédiat. Ce n’est pas par ses effets qu’elle marque, mais par la persistance de ses caresses, comme une lumière déclinante qui, doucement, révèle ses détails à chaque nouvelle écoute. Enorme “coup de cœur ” !

Frankie Pfeiffer
Editor in chief – PARIS-MOVE

PARIS-MOVE, April 30th, 2026

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Musicians:
E’Joung-Ju (Jeoung-Ju Lee): geomungo, compositions
Simon Mary : contrebasse, arrangements
Anne-Laure Bourget : percussions

Enregistré mixé et masterisé par Jonathan Marcoz au studio Peninsula
Produit par Samin Dong Rak
Production exécutive : Printemps Coréen
Photographe : RbkRecords