| Blues |
Derrière le nom de ce trio se dissimule à peine le chanteur, guitariste et auteur-compositeur Nathan Bell, dont nous avions chroniqué ICI le précédent album, “Red, White And American Blues (It Couldn’t Happen Here)”, il y a quatre ans et demi. Toujours flanqué de la même section rythmique (Frank Swart, basse et guitare, et Alvino Bennett aux baguettes), il nous revient sous ce nickname collectif pour clamer sa colère envers la tournure plus que préoccupante que prend la politique de son pays, depuis le retour aux affaires d’un président au croisement du “Dr. Folamour” de Stanley Kubrick et de l’oncle Scrooge McDuck (rejoignant en ce registre l’excellent “World’s Gone Wrong” de Lucinda Williams, dernièrement chroniqué ICI). Car, n’en déplaise à certains suprémacistes bigots et racistes plus sûrs que jamais de leur fait, l’Amérique ne semble pas entièrement acquise à l’illibéralisme cupide et cynique qu’incarnent de pseudo-leaders nauséabonds tels que Donald Trompe énormément, J’y Dis Fonce et autres Élongue Muscle. Pour bien enfoncer le clou, Bell et sa clique ont recruté en renfort pour ces sessions la jeune étoile montante d’Augusta (Georgie), le doué et inspiré Sean “Mack” McDonald, dont la lead guitar illumine ces treize plages de bout en bout. S’ouvrant sur un “What Time It Is” (où l’on croirait ouïr Tom Waits et Gil Scott-Heron backés par Albert King), ce disque ne mâche pas ses mots. Des violences policières ordinaires à celles, plus ignobles encore, des brigades de l’ICE à l’encontre des migrants et militants anti-répression, ainsi qu’au harcèlement récurrent des femmes par maints masculinistes frustrés (“A Woman”, conçu comme une savoureuse parodie du fameux “All Right Now” de Free), les thèmes sont résolument développés dans une veine blues électrique (cf. les imparables “Downhearted & Blue” et “The Devil Lives In A Bargain Town”, où les six cordes de McDonald scintillent d’un inextinguible feu), et les références de l’artwork au Voodoo Chile et aux athlètes afro-américains Tommie Smith et John Carlos (qui brandirent leurs poings gantés de noir en signe de protestation, sur le podium des Jeux-Olympiques de Mexico en 68) ne sont en rien détachées du propos général de ce disque. Le spoken word rejoint parfois aussi les esprits des grands Howlin’ Wolf (“Governor Lee”, “How, How, How”, “It’s A Wonder (What People Will Do)”) et John Lee Hooker (“Heavy Like That”, “Talking Pandemic Blues”), tandis que celui du non moins regretté swamp fox Tony Joe White hante le résolu “Hard Worker”. Remonté comme un coucou, Bell ne se dégonfle décidément pas, n’hésitant pas à interpeller le “Tennessee et son Ku-Klux-Klan” sur “Roll (Right Over You)”* (rappelons juste qu’il y réside). Simple prétexte à démonstration de la part de McDonald, l’instrumental “Hot Tub Shark” déboule comme une hybridation surf et speedée du “Got My Mojo Working” de Muddy Waters et du “San-Ho-Zay” de Freddie King, mais le fourbu (et néanmoins véhément) “You Say Nothing (Demokracy Blues)” n’en parachève pas moins ce pamphlet sous le déluge de sustain débridé dont le même McDonald l’assaisonne. Un disque de blues radical et engagé, comme on n’en avait plus écouté depuis Otis Taylor. Si vous ne saisissez toujours pas ce que cette musique peut véhiculer d’intrinsèquement politique, passez simplement votre chemin, Céline Dion vous donne rendez-vous bientôt à Paris.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, April 17th 2026
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*Lyrics “Roll (Right Over You) “
Hello, Atlanta Georgia
Hello Cop City
Hello Alabama
And your Christian autocracy
Hello Iowa
And your schoolbook bans
Hello Tennessee
And your Ku Klux Klan
We’re going to roll
Roll right over you
Hello Texas
And your dead power grid
Hello Flint, Michigan
And your poisoned little kids
Hello Oklahoma
And your big money Jesus Christ
Hello Idaho, Kentucky, Montana
And your new Third Reich
We’re going to roll
Roll right over you
We’re going to roll
Like the midnight special coming through
You can bob and weave
But no matter what you do
The bill you’ve run up
Is about to come due
We’re going to roll
Roll right over you
Hello Harvard
And your Ivy league warlords
Hello Guantanamo
And your waterboards
Hello Hamptons
With your sociopath CEOs
Hello Silicon Valley
And your incel tech bros
Hello Florida
Hello Florida man
Hello Grifter family
With your fake spray tans
We’re going to roll
Roll right over you
Nathan Bell, 2026
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Tournée européenne avril-mai 2026 (There Is Always Hope) :
Mardi 21 avril : Blue Room Sessions, Den Bosch (NL)
Mercredi 22 avril : Patronaat, Haarlem (NL)
Jeudi 23 avril : Wunderbar Weite Welte, Eppstein (D)
Samedi 25 avril : In The Woods, Leusden (NL)
Dimanche 26 avril : PopupPodium, Almelo (NL)
Mardi 28 avril : CC De Werft, Geel (B)
Mercredi 29 avril : Cobblestone, Oldenzaal (NL)
Jeudi 30 avril : 013@Paradox, Tilburg (NL)
Vendredi 1er mai : Sliktones@Aerdenplaats, Oulde Bildtzijl (NL)
Samedi 2 mai : Rhythm n’ Blues Night, SPOT/ The Oosterpoort (NL)
Dimanche 3 mai : Thiemeloods, Nijmegen (NL)