| Blues, Blues-Rock |
Révélé en Europe (et sur la scène internationale) par la grâce de Philippe Langlois (fondateur historique de Dixiefrog), le Texan Neal Black s’est établi depuis trois bonnes décennies au pays du camembert, et que ce soit auprès de Grant Haua, Nina Van Horn, Fred Chapellier, Nico Wayne Toussaint ou encore Didier Céré, il semble plutôt bien inséré au sein de la diaspora blues locale. Ce qui ne l’empêche par ailleurs en rien d’accueillir régulièrement quelques compatriotes sur ses propres productions: ainsi, outre le regretté Larry Garner, de Robben Ford (lui aussi exilé dans l’Hexagone), Popa Chubby et Mason Casey (qu’il côtoya en son temps à New-York), ou encore de Gary Primich, Jimmy Vivino et Johnnie Johnson (tous présents sur son “Wherever The Road Takes Me” paru en 2022 chez Dixiefrog, et chroniqué ICI). C’est étonnamment par la voie du crowdfunding qu’il nous revient à présent pour une rare infidélité au label à la grenouille sudiste, mais toujours flanqué de ses Guérisseurs (Abdel Benachour à la basse, Mike Lattrell aux claviers et Denis Palatin aux drum-sticks). Financement participatif ne semble en tout cas pas synonyme de disette, puisque ces sessions (réparties entre trois studios distincts, dont un Belge) s’augmentèrent de pas moins de huit invités (parmi lesquels le fidèle Nico Wayne Toussaint, à l’harmonica sur cinq titres). S’ouvrant sur la plage titulaire (un rock à la Chuck Berry, zébré d’une slide façon Johnny Winter), cet album persiste à célébrer l’éclectisme de Neal, ainsi que son attachement viscéral au blues des origines, que confirment ses adaptations (forcément acoustiques, avec le renfort de Janet Matin à la guitare, au dobro et aux chœurs) du “Devil Got My Woman” de Skip James et du “No Way To Get Along” du révérend Robert Wilkins (jadis repris par les Stones sous le titre “Prodigal Son”, sur leur immémorial “Beggar’s Banquet” de 1968). Selon un pattern voisin de celui du “Chain Of Fools” d’Aretha Franklin, l’acerbe “Choose Your Poison” sonne comme du Tom Waits ou du J.J. Cale survitaminés, cuivres et Hammond B3 en sautoir, avec en bonus un solo du guitariste de Circle Of Mud, Flo Bauer (assorti de celui du patron, non moins torride à la wah-wah). Introduit par l’harmo gouleyant de Toussaint, “That Money” est un de ces twistin’ R&B social comments dont sont coutumiers des chroniqueurs tels que Peter Wolf et Rick Estrin, et Neal s’y fend d’un chorus à raviver le spectre du regretté Little Charlie Baty, tandis que l’instrumental aérien “Mellow Moon Melody” (où s’illustrent à nouveau Nico Wayne et Lattrell) en fait autant avec celui de Peter Green (désormais “In The Skies” pour de bon). Sur un swamp beat digne de Tony Joe White (décidément, on en croise des fantômes sur ce disque), “Lights Of Fifolet” (pour feu follet) célèbre la mémoire du flibustier Jean Lafitte, et le funky “Dead By Now” convoque celle de Little Feat. Drivé par l’harmo de Toussaint, l’échevelé instrumental boogie “Truckstop Be Bop” évoque les performances des non moins regrettés Danny Gatton et Roy Buchanan. Sur les travées de Sonny Landreth, “Say Goodbye” arpente les sentiers du Robert Zimmermann de “Blood On The Tracks” (et Lattrell s’y octroie un solo d’anthologie au piano). “Sometimes, you’re better off to lose a lover, than to sacrifice a friend“: bon Dieu, Neal Black était de cette trempe de songwriters, et on ne s’en aperçoit que maintenant!.. Dans la veine Texas double-shuffle de Gatemouth Brown , “Let It All Hang Out” s’avère un de ces chevaux de bataille sont certains Zappa, Johnny Guitar Watson et SRV faisaient naguère leur pain quotidien, avant que le testamentaire “His Last Song” ne close temporairement l’affaire dans cette veine dylanienne qui hante tout auteur un tant soit peu ambitieux, accentuée par l’orgue et le piano de Lattrell. À l’arrivée, un disque proprement incontournable, où songwriting et exécution se disputent l’excellence… Vous nous en donnerez des nouvelles.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, April 1st 2026
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