| Blues |
Avec pas moins d’une vingtaine d’albums à son actif (tous infusés d’une électricité palpable), ce Georgien bon teint tourna casaque il y a deux ans, en publiant le 100% acoustique “Naked Truth” (chroniqué ICI). Pari osé pour ce gladiateur des planches, connu de longue date pour ses prestations incendiaires, mais surtout réel cri du cœur provenant d’un authentique bluesman, soucieux de boucler son itinéraire en revenant aux sources de cette musique. Et passé le légitime effet de surprise, le pari s’avéra gagnant, puisque le skeud en question recueillit une salve de louanges de la part de la critique, ainsi qu’un accueil dithyrambique de celle du public. Buté comme un Sudiste, il n’en fallut pas davantage pour que Tinsley ne récidivât, mais toujours selon son tempérament. À savoir, plus profond, plus sincère encore (si jamais c’était possible), et surtout plus personnel. En effet, tandis que son prédécesseur laissait la part belle à certaines reprises (de Son House à Leo Kottke, en passant par l’incontournable Robert Johnson), ce nouvel opus ne propose à présent que des compositions originales. Et dès le “Hoodoo Woman” d’ouverture, on reconnaît la Bentonia touch dont Tinsley s’est récemment imprégné lors d’un séjour en cette modeste bourgade où naquit jadis Skip James: picking nerveux, foot-stomping et chant habité, avant que “Long Time” n’emprunte le riff universel du “Boogie Chillen” de John Lee Hooker (que perpétuèrent en leur temps des apôtres tels qu’Alan Wilson et Billy Gibbons). Retour au folk blues de Brownie McGhee et Cisco Houston avec “To The Hammer”, où le timbre de Tinsley évoque également ceux de Tony Joe White et J.J. Cale, avant que “Sad Sad Song” ne remémore à bon entendeur tout ce que les regrettés Rory Gallagher et Spencer Bohren devaient à Big Bill Broonzy. Skip James, John Mayall et J.B. Lenoir ne sont pas en reste avec “The Trouble With Love” et “Sunnyland”, rappelant autant Charley Patton que Big Joe Williams (cf. le second, avec sa slide rudimentaire sous humeur ombrageuse en 44 fillette). Mississippi Fred McDowell visite ensuite le “Whole Wide World” dont le pouvoir évocateur transcende le simple dobro, tandis que l’on peine à y reconnaître le timbre naguère si véhément d’Ellis, et que “Sweet Ice Tea” revisite le Hill County Blues de Junior Kimbrough et RL Burnside, avant que “I’d Rather Be Saved” ne fourrage sur les terres de Junior Kimbrough. “Too Broke” présente Tinsley à la mandoline qu’affectionnait tant Yank Rachell, et le placide “Low Land Of Sorrow” figure quelques jolies parties de slide, alors que “Fountain Of Love” passerait presque pour un inédit de Skip James, et avant que “Lay My Burden Down” ne conclue en mode gospel rural. Un album qui atteste magistralement de la permanence et de la pertinence du blues des origines: à la fois immémorial et intemporel.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, January 28th 2026
Follow PARIS-MOVE on X
::::::::::::::::::::::::::
Album à commander sur son Bandcamp