JOE MARION & ROCKERS – Rock Semper Fi!

ROCK PARADISE RECORDS / KURONEKO
Rock
JOE MARION & ROCKERS

Enfin! Après un léger contretemps indépendant de ma volonté, j’ai la joie et l’honneur de rédiger la chronique du somptueux album (vinyle) de Joe Marion, aka Dynamite, solide batteur métronomique et chirurgical du groupe Bijou. Oui, Bijou, rappelez-vous de ce fameux trio, ou plutôt quatuor en comptant l’incontournable Jean-William Thoury, originaire de la banlieue sud, plus précisément de Juvisy-sur-Orge, à l’instar de Christophe, le beau bizarre à la recherche désespérée des paradis perdus. C’est bon, Bijou ça vous revient? L’alpha et l’oméga de Téléphone, sans l’acné juvénile et pubère propre aux collégiens qui formaient quasi exclusivement leur public, aussi enthousiastes que devant une tartine de Nutella après le dernier cours de maths, et qui se trémoussaient dans leurs Stan Smith, sur les riffs endiablés d’Hygiaphone, sans même connaître préalablement l’œuvre impérissable de Chuck Berry, pensant benoîtement que la bande à Aubert avait tout inventé. Bref. Après son EP 4 titres de 2023 (chroniqué ICI dans les colonnes de Paris-Move par votre serviteur), Joe Marion & Rockers nous reviennent avec le tant attendu véritable album (vinyle) sobrement intitulé Rock Semper Fi! Sorti sur l’infatigable label Rock Paradise Records de l’ami Patrick Renassia, qui tel le roseau plie mais ne rompt pas sous les hypothétiques sarcasmes de la vie, les défections et autres trahisons, mais toujours bon pied bon œil lorsque le rock’n’roll frappe à la porte de l’échoppe de la rue Duranton, authentique institution parisienne du microsillon et véritable caverne d’Ali Baba proposant des pépites de rock et de blues et accessoirement un petit godet de Chablis ou de Menetou-Salon pour la clientèle VIP, avec C’mon Everybody en fond sonore. Comme si le temps s’était soudainement arrêté à une époque heureuse, mais hélas aujourd’hui définitivement révolue.

Joe Marion est l’archétype d’un rock’n’roll sans édulcoration superflue, sincère et sans fioriture, avec ce chant et ses textes d’un autre temps et d’une profondeur d’âme inouïe, cette gouaille de l’asphalte des faubourgs et cette poésie périurbaine qui le caractérisent, entre François Villon, Boris Vian, Aristide Bruant, Mac-Kac, Renaud (Place de ma Mob), Johnny Montreuil (Narvalo Forever de la Croix de Chavaux à Zanzibar), Tai-Luc (souris plus déglinguée que jamais), une BD de Margerin ou de Tardi, ou un bouquin de Thierry «Cochran» Pelletier (Moonshiners en chef)… Joe Marion est le poète de l’argot et du parler vrai, aux antipodes des artistes dénués d’envergure et de charisme, au QI d’une huître Marennes-Oléron. Joe Marion se situe aisément quant-à-lui, dans la droite lignée d’un Gabin, d’un Ventura, d’un Robert Dalban, d’un André Pousse, d’un Paul Meurisse, d’une œuvre cinématographique de Georges Lautner et Michel Audiard… pour le phrasé, la jactance, la contenance et la posture, et pour le 9 mm Parabellum encore fumant dans la boite à gants de la DS. Tous les titres (musiques et textes) sont signés Joe Marion, qui s’impose comme un auteur-compositeur de bonne facture, à l’exception de Cocaïne Blues crédité Keith Richards pour la musique, alors qu’à l’origine, il s’agit d’un vieux classique de Woody Guthrie, chanteur-guitariste de folk-libertaire, originaire de l’Oklahoma. L’idole des hobos, qui voyageait clandestinement dans des wagons à bestiaux à travers le sud profond d’une Amérique ségrégationniste et puritaine, la guitare «Super Jumbo» en bandoulière, des rêves chimériques plein la tête et des étincelles plein les yeux. Je pense que Joe a tenu à rendre hommage au guitariste des Rolling Stones, car bien évidemment, il s’est évertué à populariser Cocaïne Blues. On peut également citer les titres Madame Claude, la bienfaitrice de luxe qui brassait les biftons avec l’agilité d’une conseillère de la banque Rothschild. L’intéressée était à la tête d’un lupanar aux draps de soie et aux miroirs omniprésents, bien connu par la jet society, spécialement recommandé pour les hauts fonctionnaires, diplomates, dignitaires étrangers, élites de tout poil, Princes du Golfe arabo-persique en tenue d’apparat, fins limiers du 36 Quai des Orfèvres, militaires en goguette laissant les galons et autres breloques dans le vestibule… à la recherche d’un câlin rapide et pratique entre deux réunions sous les lambris dorés de la République, voire de quelques sensations fortes, arrosées comme il se doit d’une bouteille de Dom Pérignon chaudement tarifée et chaudement recommandée par les sirènes expertes de Madame Claude, aussi discrète qu’un Notaire de province, qu’un agent du KGB pendant la guerre froide ou qu’une pierre tombale du Père-Lachaise. Malgré son carnet d’adresses explosifs à rendre jaloux un ponte des Renseignements Généraux, le gouvernement aurait dû la déclarer d’intérêt public et l’UNESCO inscrire son baisodrome au patrimoine mondial de l’humanité. De là à rembourser ses onéreuses prestations par la sécurité sociale, il n’y avait qu’un pas. L’amour même sans amour, c’est toujours de l’amour… La reine du bar, Vivre Voodoo, Zippo Gun, ou encore l’impayable La bestiole, qui me fait penser au Pivert de Ronnie Bird, etc… Que du rock’n’roll, et du bon, un rock’n’roll que certains bienpensants conformistes prétendaient moribond et envers qui les gluants animateurs de talk-shows au sourire Ultra Brite et costards de chez Smalto, n’avaient que mépris et arbitraires occultations. On entendait déjà sonner le glas avec chrysanthèmes de rigueur et croque-morts plus tristes qu’une chanson de Vincent Delerm. Le rock’n’roll vivait son chant du cygne avant de tirer sa révérence à l’insu de son plein gré. Avec le nouvel opus de Joe Marion, d’une réussite totale, tous ces béotiens sans vergogne n’ont plus qu’à raser les murs et la mettre en veilleuse. Entouré d’une rythmique hors du commun, avec les indispensables Chriss Linsar à la batterie et Kanto El Magnifico à la basse, Joe Marion (guitares et chant) tutoie l’excellence et fait preuve d’une crédibilité rare. Avec lui, pas de messages subliminaux ni d’engagement politique. Même si en 2026, c’est déjà politique et rebelle de distiller du rock’n’roll. Nous sommes aux antipodes d’une démarche à la Noir Désir, avec un Cantat faussement et maladroitement réincarné en un Jim Morrison de pacotille, plus proche de Machiavel que d’Arthur Rimbaud, plus inspiré par le punching-ball de Joe Frazier que par les flèches de Cupidon. Avec Joe Marion, même si certains sujets sérieux sont traités, il le fait excellement bien, avec ses mots (maux), façon calembours alambiqués du style Almanach Vermot, avec son allure romanesque et chevaleresque, malgré sa tronche patibulaire de contrebandier mexicain, faisant son juteux business entre Mexico City et San Antonio et entre Monterrey et Austin Texas, entre routes poussiéreuses et tequila José Cuervo Especial.
J’ai conscience que Joe Marion, malgré ce remarquable album, ne sera jamais invité aux JT des médias mainstream aux courants de pensée dominants, ni à C à Vous sur France 5, devant un Pierre Lescure qui n’est plus que l’ombre de l’esprit Canal+ époque bénie d’Alain De Greef, mais qui aujourd’hui est très éloigné de la rock’n’roll attitude, telle une sorte de miss météo égarée sur le service public, se contentant de promouvoir de somptueux pignoufs. De Lacanau à Montreuil, de La Dune Du Pilat à Juvisy-sur-Orge, il faut absolument que le rock de Joe Marion (enregistré majoritairement à Waco, Texas), véritable utopie collective, authentique bain de jouvence inespéré, pour tous les laissés-pour-compte de la société qui arpentent les halls de gare glacials et sans âme, en ayant loupé, une énième fois, le dernier train qui s’en va dans la nuit noire d’ébène à destination de nulle part, soit diffusé au maximum.

Rock Semper Fi! compte parmi les meilleurs albums de rock français de ces derniers mois, voire de ces dernières années, avec Johnny Montreuil Zanzibar, Les Moonshiners présentent «Les Mauvais Garçons», Daniel Sani chante Jean-William Thoury, Jerry Lease et quelques autres…
Il faut défendre Joe Marion bec et ongles, il est talentueux et transpire le rock à tous les étages. Sans faire du Zola ni du Closer, lui qui a connu des galères que même Caïn n’aurait pas souhaité à son frère Abel, mérite notre plus grand respect, sa cause est juste. Il a la foi d’un marathonien portant la flamme sur la route d’Olympie et la sincérité d’un Labrador. Joe Marion est sans conteste l’un des derniers francs-tireurs. Je ne peux conclure cette chronique sans citer son pygmalion, Lily Pardini, pour ses superbes photos et pour avoir pris une part prépondérante à la réussite de ce beau projet. Alors rock à la radio à fond les décibels dans la DS, en compagnie de Sidonie!

Serge SCIBOZ
Paris-Move

PARIS-MOVE, January 20th 2026

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Métro: Boucicaut

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