| Jazz |
Au fil des ans, Marion Rampal (chroniquée ICI) a su s’imposer comme l’un des plus singuliers électrons libres du jazz vocal européen. Catégorie qu’elle embrasse et réfute presque à la fois, puisqu’elle semble se moquer des étiquettes comme de sa première liquette, pour chérir d’autres notions, à ses yeux plus fondamentales. Ainsi de celles de filiation et de confrérie, puisque cet album singulier tente à l’évidence de combler une dette initiatique, tout en s’appuyant sur une famille, presque un clan, au premier rang desquels on reconnaît son fidèle comparse, le guitariste Matthis Pascaud (également complice de Moonlight Benjamin, Hugh Coltman, Ellinoa et Éric Allard, tout en développant sa propre carrière de leader). Comme elle le confie dans les notes de pochette, Marion découvrit en effet la grande Abbey Lincoln quand sa mère lui offrit pour son dix-neuvième anniversaire le “Wholly Earth” de cette dernière, et elle confesse ne s’en être jamais totalement remise. Outre la contrebasse de Simon Tailleu, les drums de Raphael Chassin et les claviers de Thibault Gomez, elle convoque aussi pour l’occasion deux invités de marque: Archie Shepp (qui contribue au seul inédit du lot) et Bill Frisell. La magie commence à opérer dès le délicat “Learning How To Listen” introductif, où le timbre flûté de Marion se pose sur les ondulations de la contrebasse et des balais, ainsi que les ivoires inspirées d’un Gomez et le mellotron de Pascaud, tous d’ores et déjà en état de grâce. Celle-ci ne se dissipera plus: de l’enjoué “Wholly Earth” épiphanique à la relecture céleste et toute personnelle du “Mr. Tambourine Man” de Bob Dylan, Miss Rampal se laisse littéralement transporter par le lyrisme de son modèle. Les élégiaques “Caged Bird”, “The Music Is The Magic” (où Gomez flirte avec Chick Corea et Mike Garson) et le blues fataliste “Throw It Away” emportent l’auditeur en un roller-coaster d’émotions, tandis que pour l’irrésistible bossa beat de “And It’s Supposed To Be Love”, piano et section rythmique conspirent un irrépressible feeling estival. Les non moins lumineuses six cordes de Frisell œuvrent de concert avec le timbre ourlé de Marion pour une version sensible et éclairée du “Skylark” de Johnny Mercer et Hoagy Carmichael, avant que celle-ci ne duettise avec le vétéran Archie Shepp pour le three-steps nostalgique “Remember The People”. Il est des rendez-vous dans l’existence qu’il serait impardonnable de manquer, et ce disque superbement inspiré en constitue manifestement un essentiel. Wherever she may be now, Abbey sure oughta be smiling widely.
Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co
PARIS-MOVE, December 13th 2025
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