YAYA MINTÉ – So

Sonotaro Prod / Modulor
Pop, Soul, World
YAYA MINTÉ - So

Avant d’accéder à l’écoute de cet enregistrement, il faut d’abord contourner le boniment logorrhéique et lénifiant qui en accompagne pour bonne part le lancement sur la toile. À cet égard, la palme en revient haut la main à un certain Garry Yankson, dont le verbiage superlatif et ampoulé (où se bousculent superstition, rodomontades et mythomanie) dépasse presque en fanfaronnade et en surenchère celui du regretté Mohammed Ali, juste avant son combat légendaire contre George Foreman (Fils de Marabout, petit-fils de Marabout, Yaya Minté a été béni par ses ancêtres et par les Dieux pour impacter le monde grâce à sa voix. C’est réel. Son histoire est folle, et son talent l’est encore plus…”). Avec pareil baratin, on pourrait tout aussi bien relancer les ventes de la croix Vitafor, alors que les faits (et sa musique) suffisent amplement pour situer ce jeune artiste sénégalais. Arrivé en France à l’âge de huit ans, il a commencé, comme tant d’autres avant lui (dont le Nigérien Keziah Jones), par se produire sur les trottoirs et dans les couloirs du métro parisiens, avant de se voir proposer d’ouvrir les spectacles d’Imany à l’Olympia et au Casino de Paris. Sans relation avec l’album éponyme de Peter Gabriel (paru il y a quarante ans déjà), “So” est sobrement dédié à la mère des enfants de Yaya, et s’ouvre sur un “New Day” et un “In Love” rappelant le traitement sonore du non moins historique “Introducing The Hardline According To” de Terence Trent d’Arby, (dans la ligne duquel s’inscrivent aussi le single enlevé et choral “Carry Me On”, ainsi que “Seven” et “Still I Rise”). Vocaliste au timbre puissant, expressif et subtilement voilé, Yaya peut aborder sans complexe les confins d’un R&B aux arrangements contemporains (comme sur le languide “Drift” et le poppy “What Is The Answer?”), voire aussi la pop la plus désuette (“Mystery” et “Want You”, en comparaison desquels Jimmy Cliff et Cat Stevens passeraient presque pour Henry Rollins et Rage Against The Machine). L’ombre de Ben Harper plane également sur les non moins suaves “My Melody”, “My Love Can Die In Your Arms”, “I Will” et ‘Game Changed”, toutes graines de hits en puissance. Qui aurait donc pu avoir l’outrecuidance d’édicter que la world music ne saurait se mâtiner de prétentions commerciales? Sous cet angle, voici en l’occurrence un convaincant premier album, dont la production, les compositions et les arrangements semblent bel et bien porteurs d’avenir.

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, July 4th, 2026

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