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Wadada Leo Smith, écouter au-delà de la musique
Il serait tentant d’imaginer le critique de jazz comme une machine capable de passer les albums au crible, d’en relever les qualités et les défauts, de distribuer quelques adjectifs bien choisis, puis de passer au disque suivant. L’écoute véritable fonctionne pourtant à l’inverse. Dès qu’un disque compte un peu, il se mêle à notre mémoire, à nos expériences, à nos attentes et à nos émotions. Certains albums nous atteignent immédiatement, d’autres demandent du temps avant de trouver leur place, tandis que certains restent obstinément à distance. Il faut alors savoir reconnaître que la rencontre n’a pas eu lieu. Ce constat ne constitue pas nécessairement un jugement sur l’œuvre ou sur l’artiste. Il rappelle simplement qu’une musique n’existe jamais tout à fait de la même manière pour celui qui la joue, celui qui l’écoute et celui qui tente de la comprendre.
C’est avec cette idée en tête que j’ai abordé Constellations and Hemispheres de Wadada Leo Smith. Il y a d’abord, avant même la musique, le visage du trompettiste. Son expression possède quelque chose de profondément humain, une joie discrète qui semble à peine contenue par le sérieux du regard. La barbe blanche accentue encore cette impression d’intelligence tranquille. Derrière lui, une rue urbaine noyée dans une atmosphère presque irréelle pourrait appartenir à un film noir des années 1950. Mais ce n’est pas le caractère cinématographique de l’image qui demeure. C’est le regard de Smith, comme si le musicien semblait déjà nous dire quelque chose avant même que la première note ne soit jouée.
Wadada Leo Smith appartient depuis longtemps, pour moi, à cette catégorie d’artistes dont le travail finit par accompagner une vie intellectuelle autant qu’une vie musicale. Miles Davis y occupe également une place particulière, tout comme Médéric Collignon et la pianiste et compositrice Satoko Fujii. Leur musique ne se contente pas d’enrichir une discothèque ou une liste d’écoute. Elle agit plus profondément, en nourrissant à la fois la pensée et l’émotion. Certains musiciens imposent l’admiration par leur maîtrise technique. D’autres finissent par modifier notre manière même d’entendre. Smith appartient incontestablement à cette seconde famille.
Constellations and Hemispheres est particulièrement révélateur de cette démarche parce qu’il refuse de se construire autour d’une formation immuable. Une première configuration sert de point de départ, puis la musique s’ouvre à d’autres combinaisons. Smith retrouve notamment le vibraphoniste Bobby Naughton, les bassistes Bill Laswell et Melvin Gibbs ainsi que le batteur Pheeroan akLaff, tandis que d’autres pièces font intervenir le guitariste Lamar Smith et les percussionnistes Brian Jarawa Gray et Mauro Refosco. Cette accumulation de noms pourrait donner l’impression d’un projet compliqué à suivre. Il suffit pourtant d’écouter pour comprendre que la logique est ailleurs. Smith ne cherche pas à présenter un groupe définitif, mais à observer ce qui arrive lorsque plusieurs groupes de musiciens évoluent à l’intérieur d’un même espace musical.
Il serait d’ailleurs inutile de chercher à mémoriser la composition exacte de chaque morceau avant de se lancer dans l’écoute. Le meilleur moyen de comprendre cet album reste de lui laisser le temps de se déployer. L’édition physique, proposée en quantité limitée, possède évidemment un intérêt particulier pour ceux qui considèrent encore le disque comme un objet culturel à part entière, mais le support importe finalement moins que la construction musicale elle-même. Ce qui frappe ici, c’est la façon dont Smith transforme des sessions différentes en un ensemble qui semble obéir à une logique intérieure.
Comme souvent dans son œuvre, l’album ressemble à une enquête intellectuelle autant qu’à un projet musical. Le matériau provient de plusieurs sessions et a été retravaillé en studio afin de faire apparaître des correspondances qui n’étaient pas nécessairement présentes au moment où les musiciens jouaient ensemble. La suite centrale, Dark Matter, Particles of Light, Mirror of the Unseen, qui s’étend sur vingt-deux minutes, circule ainsi entre des configurations allant du trio à l’octuor. Il ne s’agit pas simplement d’ajouter des instruments à une performance déjà constituée. Le studio devient un espace de composition à part entière, permettant à Smith de rapprocher des univers différents, de modifier les perspectives et de faire naître des relations que la scène n’aurait peut-être jamais permis d’obtenir.
Cette manière de travailler prolonge une réflexion déjà présente dans Fire Illuminations. Chez Smith, la postproduction n’est pas une opération destinée à rendre une performance plus propre ou plus présentable. Elle permet de reprendre la musique, de la déplacer, de la réécouter autrement et de lui donner une seconde existence. L’enregistrement cesse alors d’être le simple témoignage d’un moment passé. Il devient une matière que le compositeur peut encore modeler. Le studio n’est plus seulement l’endroit où l’on conserve la musique. Il devient l’un des lieux où elle continue de naître.
Cette conception trouve son point de départ dans une idée simple et presque physique, celle de la lumière en mouvement. Smith la décrit comme un flux continu qui, lorsqu’il rencontre un obstacle, ne disparaît pas mais cherche un autre passage, autour, au-dessus ou en dessous de ce qui lui fait face. L’image permet de comprendre la construction de l’album. Les différents ensembles ne sont pas considérés comme des blocs séparés. Ils circulent les uns autour des autres, se prolongent, se répondent et finissent par former une continuité.
Cette idée donne à la musique une portée culturelle qui dépasse largement les questions de composition. La conception du studio chez Smith entre en résonance avec une tradition musicale dans laquelle l’enregistrement est devenu un véritable instrument de création. Le studio ne sert plus seulement à reproduire ce qui a été joué. Il permet de faire apparaître une autre réalité musicale, une réalité qui n’existait pas nécessairement sous cette forme avant le travail d’enregistrement.
Cette approche mérite d’être soulignée à une époque où les technologies musicales sont partout, mais où leur dimension artistique devient parfois invisible. Nous disposons d’outils capables de modifier presque instantanément un son, une durée, une texture ou une structure, et pourtant nous oublions souvent que le montage peut lui aussi être une forme de composition. Smith nous rappelle qu’un enregistrement n’est pas obligatoirement une fenêtre transparente donnant accès à une performance. Il peut devenir une œuvre autonome, avec sa propre temporalité, ses propres tensions et sa propre architecture.
La première porte d’entrée dans cet univers demeure cependant la musique elle-même. Le trio possède une beauté qui ne cherche jamais à séduire artificiellement. Il y a dans son jeu une impression de déplacement, presque comme si l’auditeur était invité à dériver lentement parmi des constellations. La trompette, les percussions et les autres voix dialoguent avec une attention remarquable. Les musiciens semblent écouter autant qu’ils jouent, et cette qualité d’écoute donne à leurs échanges une apparente évidence. La musique peut être sophistiquée sans devenir démonstrative, exigeante sans se transformer en exercice intellectuel et belle sans jamais tomber dans le décoratif.
C’est aussi ce qui rend l’album particulièrement intéressant pour l’auditeur. Il n’est pas nécessaire de comprendre immédiatement toutes les références qui entourent le projet. Il vaut mieux accepter de se laisser guider. À mesure que l’on revient au disque, les relations entre les instruments deviennent plus perceptibles. Un geste modifie celui qui vient de le précéder. Un silence acquiert une fonction presque aussi importante qu’une note. Le passage d’une formation à une autre finit par être perçu non comme une intervention technique, mais comme un changement de point de vue.
L’imaginaire cosmique de Constellations and Hemispheres pourrait, au premier abord, sembler éloigné des préoccupations humaines qui traversent une grande partie de l’œuvre de Smith. La matière noire, les canyons martiens, les particules de lumière ou l’énergie sombre appartiennent au vocabulaire de l’astrophysique. Pourtant, chez lui, ces images ne constituent pas un décor futuriste ajouté à la musique. Elles prolongent une interrogation ancienne sur la coexistence, l’histoire, la justice et la fragilité de la vie sur Terre. Le cosmos devient une autre manière de regarder la condition humaine.
La lumière joue ici un rôle essentiel parce qu’elle révèle. Elle rend visible ce qui était caché et permet de distinguer ce que l’obscurité maintenait à distance. Cette métaphore rejoint la conception que Smith se fait du rôle de l’artiste. Sa musique cherche moins à apporter des réponses qu’à rendre certaines questions impossibles à ignorer. Comment des êtres humains peuvent-ils continuer à vivre ensemble sur une planète aussi petite tout en consacrant autant d’énergie à la guerre et à la séparation ? Pour Smith, la paix ne peut être véritablement pensée sans une compréhension plus profonde de l’amour. Une telle affirmation pourrait facilement paraître naïve si elle était détachée de son parcours. Elle prend une autre dimension lorsqu’on considère les décennies durant lesquelles Smith a composé, improvisé, enseigné et travaillé avec des musiciens appartenant à des traditions et à des cultures différentes. Son humanisme n’est pas une explication ajoutée après coup à son œuvre. Il se trouve dans la manière même dont il envisage le dialogue entre les musiciens, la relation entre le son et le silence et la possibilité de faire de l’improvisation un espace de rencontre.
C’est également pourquoi l’étiquette de jazz avant-gardiste, bien qu’elle ne soit pas fausse, demeure insuffisante. Smith a passé une grande partie de sa carrière à circuler entre composition et improvisation, entre héritage et projection vers l’avenir, entre spiritualité et expérimentation. Aucune catégorie ne peut véritablement contenir une œuvre aussi mobile. Son langage appartient au jazz, mais il s’inscrit également dans une tradition plus large, celle d’artistes qui utilisent la musique pour interroger le monde plutôt que pour simplement l’accompagner.
La comparaison avec Miles Davis peut alors devenir éclairante, à condition de ne surtout pas chercher à faire de Smith un héritier sonore de Davis. Les deux hommes sont trop différents pour que cette comparaison ait un véritable intérêt esthétique. Ce qui les rapproche se situe ailleurs, dans leur refus commun de considérer la trompette comme un instrument dont les possibilités seraient définitivement établies. Davis a constamment transformé son rapport à l’instrument, aux groupes et au studio. Smith a développé sa propre conception de cette liberté. Sa trompette peut être intime, fragile, méditative, cérémonielle ou puissante, sans jamais perdre cette identité particulière qui rend son jeu immédiatement reconnaissable.
Médéric Collignon et Satoko Fujii offrent, eux aussi, des rapprochements intéressants. Leur travail témoigne d’une même volonté de ne jamais considérer les œuvres précédentes comme une limite. Chaque nouveau projet peut devenir une occasion de remettre en question l’instrument, la formation ou la composition. Il ne s’agit pas de rechercher la nouveauté pour elle-même, mais de préserver quelque chose de beaucoup plus rare, la sensation qu’un artiste continue réellement de chercher, même après avoir construit une œuvre considérable.
Cette capacité à chercher reste précisément l’une des grandes forces de Smith. Elle prend aujourd’hui une valeur particulière dans un paysage musical dominé par l’immédiateté. Nous sommes habitués à des morceaux qui doivent retenir l’attention dans les premières secondes, à des albums qui se retrouvent en concurrence avec des milliers d’autres et à des discours promotionnels qui réduisent parfois des œuvres complexes à quelques mots faciles à mémoriser. Même la musique la plus ambitieuse risque ainsi de devenir un contenu parmi d’autres dans un flux sans fin.
Constellations and Hemispheres demande une autre forme d’attention. Il ne réclame pas du lecteur qu’il maîtrise préalablement les références scientifiques, spirituelles ou historiques qui traversent le projet. Il lui demande quelque chose de plus simple et de plus difficile à la fois: du temps. Le disque se révèle progressivement, à mesure que les différentes strates commencent à dialoguer. Cette patience est essentielle parce que Smith ne sépare jamais véritablement la réflexion intellectuelle de l’émotion. L’imaginaire cosmique n’est pas là pour donner artificiellement de la grandeur à la musique. Il permet de penser la distance, la relation, le mouvement et la perception. Les changements de formation deviennent des formes de conversation. Le montage transforme la manière dont le temps est ressenti. Et la trompette demeure, au milieu de cet univers, une voix profondément humaine.
Le titre de l’album résume cette conception avec une remarquable précision. Une constellation n’existe comme telle que parce que nous établissons des liens entre des points qui peuvent être séparés par des distances vertigineuses. De la même manière, un hémisphère n’a de sens que dans sa relation avec l’autre moitié d’un ensemble plus vaste. La musique de Smith fonctionne selon un principe comparable. Elle prend des éléments éloignés et cherche les relations susceptibles de les réunir.
Le trio devient ainsi une partie de l’octuor, plusieurs sessions finissent par appartenir à une seule œuvre, les idées scientifiques rencontrent la réflexion spirituelle et les traditions musicales entrent en dialogue. Le studio devient une extension de l’ensemble. Le passé et le présent peuvent se rencontrer sans que l’un soit obligé de disparaître derrière l’autre. C’est sans doute ce qui rend l’album difficile à traiter comme une simple critique de disque. On pourrait bien sûr parler de l’interprétation, des arrangements, de la production ou de la qualité des performances. Ces critères demeurent indispensables. Mais avec Smith, ils ne suffisent pas. Son travail invite à une question plus vaste: que peut encore devenir la musique lorsqu’un artiste considère chaque nouveau projet comme une étape supplémentaire dans une recherche commencée plusieurs décennies auparavant ?
Cette ambition ne dispense évidemment pas l’album de toute critique. Une œuvre sérieuse mérite une écoute sérieuse, et une écoute sérieuse suppose également la possibilité du désaccord. Il ne suffit pas qu’un projet soit ambitieux pour qu’il soit réussi. Le rôle du critique est précisément de prendre cette ambition au sérieux, de chercher à comprendre ce que l’œuvre tente d’accomplir, de mesurer ce qui fonctionne et d’identifier aussi ce qui peut résister ou laisser l’auditeur à distance.
Avec Smith, toutefois, la difficulté fait partie de la récompense. Sa musique possède une forme d’humanisme peu commune parce qu’elle ne cherche jamais à simplifier les questions auxquelles elle se confronte. Que signifie vivre ensemble? Que signifie réellement comprendre quelqu’un d’autre? La différence peut-elle devenir une possibilité de dialogue plutôt qu’un motif de conflit? Et la musique peut-elle conserver l’énergie d’un instant tout en la transformant en une expérience plus vaste? Ces interrogations sont présentes dans Constellations and Hemispheres, mais elles n’ont jamais besoin d’être transformées en manifeste. Elles se manifestent dans les échanges entre les musiciens, dans les silences, dans les déplacements de perspective et dans cette architecture patiemment construite qui donne à l’album sa profondeur.
Il serait donc dommage de ne l’écouter qu’une seule fois. Une première écoute peut rester entièrement instinctive, sans chercher à identifier les concepts qui ont présidé à la conception du disque. Une seconde, quelques jours plus tard, permet de revenir vers la musique avec une autre attention, en gardant à l’esprit la réflexion de Smith sur la lumière, le studio, l’humanité et le dialogue entre les traditions. C’est souvent à ce moment que l’album commence véritablement à changer de visage. L’édition physique, lorsqu’elle est accessible, possède évidemment une valeur particulière pour ceux qui restent attachés à la relation entre un disque et son objet. Mais l’essentiel n’est pas là. Il faut surtout laisser à cette musique le temps de révéler sa géographie intérieure, de faire apparaître progressivement les liens entre des éléments qui semblaient d’abord éloignés.
À ce stade de sa carrière, Smith rend de plus en plus difficile la séparation entre le compositeur, l’improvisateur, le penseur et l’auditeur. Ces différentes dimensions semblent fonctionner ensemble. Il écoute pour composer, compose pour questionner, improvise pour découvrir et continue de découvrir parce que les questions demeurent ouvertes. Cette manière de travailler explique aussi pourquoi sa musique peut devenir si personnelle pour ceux qui prennent le temps de l’écouter. L’auditeur n’est pas simplement placé devant ce que Smith a trouvé. Il est invité à participer à la recherche.
C’est finalement ce qui donne à Constellations and Hemispheres sa portée la plus intéressante. L’album ne cherche pas à imposer une conclusion, mais à créer les conditions d’une écoute au cours de laquelle chacun peut construire sa propre réponse. Dans une époque où une grande partie de la culture semble vouloir nous expliquer immédiatement ce qu’une œuvre signifie et ce que nous devons ressentir devant elle, cette liberté n’est pas secondaire. Elle est peut-être même devenue l’une des formes les plus précieuses de résistance artistique.
Smith ne nous demande pas de comprendre son univers avant de l’écouter. Il nous demande de l’écouter pour commencer à le comprendre. La différence est essentielle. Elle explique pourquoi cette musique peut sembler exigeante lors d’une première rencontre, puis devenir progressivement plus familière sans jamais perdre son mystère. Elle explique aussi pourquoi l’on peut revenir à ses albums des années après leur découverte et y entendre autre chose, comme si l’œuvre avait changé alors que c’est finalement l’auditeur qui avait changé.
Constellations and Hemispheres mérite ainsi d’être considéré non comme une simple nouvelle étape dans une discographie déjà exceptionnelle, mais comme le prolongement d’une recherche artistique qui n’a rien perdu de sa nécessité. Wadada Leo Smith continue d’utiliser la musique pour penser le temps, la lumière, la mémoire, la coexistence et la fragilité humaine, tout en refusant de transformer ces préoccupations en réponses définitives. C’est précisément cette ouverture qui donne à son travail sa force. Dans une musique qui accepte encore l’incertitude, le silence et la durée, il reste une place pour la beauté, pour la pensée et pour cette expérience devenue presque rare: écouter réellement quelqu’un d’autre, puis découvrir, dans cette écoute, quelque chose de soi.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, August 21st, 2026
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Wadada Leo Smith, trumpet
&
Diamonds (tracks 1 & 3)
- Sylvie Courvoisier, piano
- Marcus Gilmore, drums
Nda Kulture (tracks 2 & 5)
- Bobby Naughton, vibraphone
- Lamar Smith, electric guitar
- Mauro Refosco, percussion
- Brian Jarawa Gray, percussion
- Pheeroan akLaff, drums
Michael Sarian – trumpet/FX
Santiago Liebson – keyboards, Mini Moog
Marty Kenney – electric bass/FX
Nathan Ellman-Bell – drums
Blue Dreams (track 3)
- Bobby Naughton, vibraphone
- Lamar Smith, electric guitar
- Bill Laswell, electric bass
- Melvin Gibbs, electric bass
- Mauro Refosco, percussion
- Brian Jarawa Gray, percussion
- Pheeroan akLaff, drums
SpringTime 5 (track 4)
- Bobby Naughton, vibraphone
- Bill Laswell, electric bass
- Melvin Gibbs, electric bass
Recorded by Luis Bacqué on September 2, 2025
- Pheeroan akLaff, drums
at Bacqué Recording in Roselle, NJ
Mixed and mastered by Luis Bacqué
Recorded at Firehouse 12 Studio,
Art and design: I.A. Freeman
New Haven, CT
Executive Producer: Wadada Leo Smith
Art & Design: I.A. Freeman

