Vincent Rein – Variants (FR review)

Austromecana – Street date : June 26, 2026
Jazz
Vincent Rein – Variants

Résumé: Album de jazz mélodique et réfléchi, Variants voit le contrebassiste autrichien Vincent Rein trouver un équilibre subtil entre influences folkloriques, écriture lyrique et improvisation collective, dans une œuvre à la fois introspective et tournée vers l’avenir.

Vincent Rein explore les subtilités discrètes du jazz européen contemporain avec Variants

Tandis que les oiseaux s’affairent à construire leurs nids dans les arbres alentour et que les écureuils bondissent de branche en branche avec l’insouciance d’enfants absorbés par leurs jeux, leurs cris aigus ponctuant l’air du matin, l’écoute du nouvel album du contrebassiste autrichien Vincent Rein, Variants, s’impose comme une évidence. Dès les premières mesures, le disque déploie une atmosphère chaleureuse et accueillante. La musique semble presque refléter le paysage visible derrière la fenêtre, avançant avec la même fluidité naturelle et la même énergie tranquille. Nous sommes ici face à une forme de jazz résolument européenne, mélodique, raffinée et soigneusement construite, où le sens du lyrisme compte autant que la maîtrise technique.

Si Rein est originaire du même pays que le légendaire Joe Zawinul, il serait pourtant réducteur de le présenter comme son héritier. Le lien entre les deux musiciens s’arrête en grande partie à leur origine géographique. Là où Zawinul a marqué l’histoire par son ouverture aux langages de la fusion mondiale, Rein s’inscrit dans une tradition plus intime, nourrie d’influences populaires et profondément ancrée dans la sensibilité musicale européenne.

«Je ne serai peut-être jamais le musicien le plus virtuose de la planète, mais je crois que ma voix mérite d’être entendue», a-t-il confié.

Cette voix constitue précisément le cœur de Variants. L’album rassemble des compositions anciennes et des pièces plus récentes, trouvant un équilibre subtil entre écriture rigoureuse et liberté de l’improvisation collective. Des morceaux comme Farewell, composé en hommage à son professeur disparu Paulo Cardoso, témoignent de l’importance des figures qui ont façonné son parcours artistique. D’autres titres plus récents, tels que Unexpected ou la pièce éponyme Variants, ouvrent quant à eux la voie vers une nouvelle étape dans l’évolution de son quintette et de son langage musical.

Non, Variants ne figurera probablement pas parmi les disques de jazz les plus marquants de l’année. Mais l’écarter d’un revers de main serait une erreur. On y découvre un véritable savoir-faire, aussi bien dans l’architecture des compositions que dans la qualité des musiciens réunis autour de Rein. Les membres du quintette semblent prendre un plaisir évident à parcourir les paysages harmoniques qu’il imagine, et cette implication collective constitue l’une des grandes réussites du disque.

Le parcours de Rein vers la contrebasse présente lui-même une certaine singularité. Après plusieurs années consacrées à la basse électrique, il se tourne vers la contrebasse à l’âge de vingt et un ans. Il poursuit alors une formation intensive à Munich auprès de Patrick Scales, Paulo Cardoso, Martin Zenker et Henning Sieverts. Depuis, il s’est imposé comme un accompagnateur recherché, se produisant dans toute l’Europe mais aussi en Afrique du Sud ou en Mongolie, au sein de projets naviguant entre jazz, pop et de nombreuses autres esthétiques musicales.

À bien des égards, Variants agit à la fois comme un regard rétrospectif et comme une déclaration d’intention. L’album revient sur le chemin parcouru tout en se tournant vers des territoires encore inexplorés. Le quintette pratique une écoute attentive, réagit avec instinct et construit les interprétations de manière véritablement collective. Aucun instrument ne cherche durablement à dominer l’ensemble. La musique progresse plutôt sous la forme d’une conversation permanente, façonnée par les apports successifs des cinq musiciens.

Le disque s’inscrit également dans un mouvement plus large qui anime le jazz européen depuis une vingtaine d’années. Comme nombre d’artistes issus d’Autriche, d’Allemagne ou de Scandinavie, Rein semble moins préoccupé par la reproduction des codes du jazz américain que par la recherche d’une identité proprement européenne. Une identité nourrie par les traditions populaires, les textures de la musique de chambre et un goût marqué pour les développements narratifs subtils. Dans cette perspective, Variants s’intègre naturellement à une esthétique qui privilégie l’atmosphère, le dialogue collectif et la profondeur de l’écriture plutôt que les démonstrations de virtuosité.

Le moment le plus marquant de l’album demeure sans doute Farewell. On y perçoit le soin exceptionnel apporté à chaque détail de sa construction. La pièce possède une clarté et une intensité émotionnelle qui la distinguent du reste du programme. Les circonstances personnelles qui ont entouré sa création ont peut-être permis à Rein d’affiner son écriture, donnant naissance à une œuvre particulièrement aboutie et touchante.

Si Variants présente une faiblesse, elle réside peut-être dans la relative proximité esthétique de plusieurs compositions. Par moments, l’album donne davantage l’impression d’explorer différentes déclinaisons d’une même idée que de proposer une succession de propositions nettement contrastées. L’atmosphère, la poésie et l’intelligence musicale ne manquent jamais. Ce qui fait parfois défaut, en revanche, c’est un sentiment plus affirmé de singularisation entre les pièces.

Paradoxalement, les propres mots de Rein éclairent autant les qualités que les limites du disque. Lorsqu’il affirme ne pas aspirer à devenir le musicien le plus virtuose du monde, il révèle une personnalité marquée par l’humilité et la lucidité. Une sincérité qui force le respect et invite naturellement l’auditeur à une écoute bienveillante.

On peut néanmoins se demander si sa musique ne gagnerait pas parfois à rechercher davantage de simplicité. Ses moments les plus convaincants apparaissent lorsque la mélodie, l’émotion et la clarté du récit musical occupent pleinement le premier plan. Farewell en offre la démonstration la plus éloquente.

Pris dans son ensemble, Variants demeure un disque attachant et stimulant. Il recèle suffisamment de beauté, d’intelligence et de sensibilité pour récompenser une écoute attentive. Mais il donne aussi parfois l’impression d’une œuvre encore en devenir, comme une partition qui continuerait à s’écrire au fil de son exécution, une conversation dont tous les chapitres n’auraient pas encore été révélés.

Loin d’être un défaut, c’est peut-être là que réside sa véritable importance. Variants sonne moins comme une déclaration définitive que comme un passage, le témoignage d’un artiste en pleine évolution plutôt qu’au terme de son parcours. Certaines idées semblent encore inachevées, mais elles ouvrent également des perspectives prometteuses. Vincent Rein n’a sans doute pas encore livré l’œuvre majeure de sa carrière. Ce disque apporte toutefois des arguments convaincants pour penser qu’elle reste à venir. Pour les auditeurs prêts à l’accompagner dans cette quête, Variants offre un aperçu captivant d’un musicien qui continue de chercher, de questionner et d’affiner son identité artistique. Dans le paysage du jazz européen contemporain, cette démarche vaut parfois autant que les certitudes les mieux établies.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, May 31st, 2026

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Website

 

Musicians :
Vincent Rein | Bass, Compositions
Fabio Devigili | Tenor & Soprano Saxophones
Michael Salvermorser | Trumpet, Flugelhorn
Max Hacker | Piano
Konstantin Krautler-Horváth | Drums

Track Listing :
City Of Nokia
Windmills
Farwell
Unexpected
Be Flat
A Lovely Mirage
Variants