Todd DelGiudice – Mas Alto (FR review)

OA2 records - Street date : September 18, 2026
Jazz
Todd DelGiudice - Mas Alto

Todd DelGiudice, Mas Alto : l’alto saxophone comme espace de liberté

En fin d’après-midi, la chaleur est devenue presque physique, de celles qui s’installent au-dessus de la ville avec la ferme intention de ne plus repartir. Dans le studio, les ventilateurs tournent à plein régime et déplacent un air à peine plus frais, tandis que les bouteilles d’eau commencent à faire partie intégrante du décor. Les conditions ne sont franchement pas idéales pour écouter un disque avec toute l’attention qu’il mérite. Et puis Mas Alto de Todd DelGiudice commence. Peu à peu, la chaleur disparaît de l’équation. Il ne reste plus que le son, l’alto, la contrebasse et la batterie, et cette étrange sensation que le disque vient d’ouvrir une fenêtre dans une pièce où l’air commençait pourtant à manquer.

L’album commence avec le saxophoniste alto seul. Pas d’introduction spectaculaire, pas de déclaration destinée à annoncer immédiatement que l’on s’apprête à entendre quelque chose d’important. DelGiudice entre simplement dans la musique avec une précision remarquable, mais aussi avec une certaine retenue. Il laisse son instrument parler avant de chercher à impressionner. Cette première approche est révélatrice de tout ce qui va suivre: Mas Alto est moins intéressé par la démonstration que par la construction d’un langage. Lorsque la contrebasse de Jon Hamar apparaît, avec son timbre rond, profond et parfaitement défini, la musique acquiert presque naturellement un nouveau centre de gravité. Puis Jim White rejoint le dialogue et, à partir de ce moment, le trio commence véritablement à respirer. Ce qui aurait pu n’être qu’une nouvelle formation saxophone, contrebasse et batterie devient quelque chose de beaucoup plus vivant: trois musiciens qui semblent constamment écouter ce que les deux autres sont sur le point de faire.

C’est probablement la première chose qui frappe à l’écoute de Mas Alto. Ces musiciens savent jouer, évidemment, mais le disque n’a jamais besoin de le rappeler. La virtuosité est là, sous la surface, disponible à tout moment, mais elle n’est pas utilisée comme un argument commercial. DelGiudice semble davantage intéressé par ce qui arrive lorsque la technique cesse d’être une fin en soi et devient un moyen de faire avancer une idée. Les rythmes apparaissent parfois avant les mélodies, les mélodies se fragmentent, reviennent, changent de direction, et un thème qui semblait au départ parfaitement identifiable peut quelques instants plus tard prendre une tout autre signification. Rien ne paraît complètement figé. La musique donne souvent l’impression de se découvrir elle-même pendant qu’elle avance, comme si les trois musiciens connaissaient suffisamment bien leur métier pour accepter de ne pas tout décider à l’avance.

Deux morceaux sont déjà passés, Ablution et P.O.I., et près de douze minutes d’écoute se sont écoulées. Pourtant, on regarde l’horloge avec une certaine surprise, parce que ces douze minutes semblent avoir filé beaucoup plus vite. C’est l’un des signes les plus simples, mais aussi les plus révélateurs, qu’un disque fonctionne. Certains albums vous rappellent constamment leur durée. Vous savez où vous en êtes, vous attendez presque le morceau suivant. D’autres vous font oublier le temps parce qu’ils vous donnent suffisamment de matière pour que votre attention reste entièrement tournée vers ce qui se passe dans la musique. Mas Alto appartient clairement à cette seconde catégorie. Il y a toujours quelque chose à suivre, un déplacement rythmique, une inflexion du saxophone, une réponse de la contrebasse ou une intervention de Jim White qui modifie discrètement la direction du morceau. On peut simplement écouter, mais on peut aussi se demander ce qui vient de changer et pourquoi. Et ces deux façons d’aborder le disque ne s’opposent jamais.

Il y a chez DelGiudice une qualité que l’on rencontre peut-être moins souvent aujourd’hui: une certaine confiance dans la musique elle-même. Il n’a pas besoin de souligner les passages importants ni de faire comprendre à l’auditeur qu’il devrait être impressionné. Rien ne vient annoncer: «attention, voici le moment où vous devez reconnaître la virtuosité». Les idées apparaissent naturellement, sont développées, parfois abandonnées, puis reprises sous une autre forme. Avec les écoutes successives, l’architecture du disque devient de plus en plus visible, mais elle ne se présente jamais comme une construction froide ou intellectuelle. Elle reste liée au mouvement des musiciens, à leur manière de réagir les uns aux autres et surtout à cette sensation que quelque chose peut encore arriver.

Le titre Mas Alto est d’ailleurs particulièrement bien choisi. En espagnol, il signifie «plus haut», ce qui peut évidemment évoquer une ambition, un mouvement vers l’avant ou la volonté d’aller plus loin. Mais l’expression peut aussi se lire comme une petite déclaration d’amour à l’alto lui-même, comme si DelGiudice disait simplement: davantage d’alto. Dans un univers du jazz où le saxophone ténor a souvent occupé une place centrale, ce choix n’est pas sans intérêt. L’alto possède ici toute la place nécessaire pour développer sa propre personnalité. DelGiudice ne cherche pourtant jamais à transformer cet instrument en objet nostalgique. Son approche connaît l’histoire du jazz, elle en respecte le vocabulaire, mais elle ne semble pas vouloir y retourner. Elle cherche plutôt à voir ce que l’on peut encore faire avec cette histoire.

C’est là que la relation de Mas Alto avec le post bop devient intéressante. Les auditeurs familiers de cette tradition reconnaîtront certaines tournures, certaines manières de construire une phrase ou de faire dialoguer composition et improvisation. On pourrait donc rapidement ranger l’album dans cette catégorie et passer à autre chose. Ce serait pourtant réducteur. DelGiudice semble utiliser le post bop comme un langage de départ plutôt que comme une destination. Il connaît les règles, mais ce qui l’intéresse est précisément ce qui peut se produire lorsqu’on les connaît suffisamment bien pour les déplacer. La tradition est présente partout dans le disque, mais elle n’a jamais l’air de surveiller les musiciens. Elle leur sert de vocabulaire, pas de règlement.

La relation avec Jon Hamar joue évidemment un rôle important dans cette liberté. Leur dialogue constitue l’une des grandes réussites de l’album, et l’on comprend rapidement qu’il ne s’agit pas simplement de deux musiciens qui se connaissent bien. Ils semblent avoir développé au fil du temps une manière particulière de se laisser de l’espace tout en restant constamment attentifs. Hamar sait quand soutenir une idée de DelGiudice, quand la prolonger et quand, au contraire, lui répondre avec quelque chose qui va légèrement déplacer le centre de la conversation. Il y a une forme de familiarité entre eux, mais elle n’est jamais synonyme de confort. Chacun reste suffisamment vigilant pour que la musique puisse prendre une direction inattendue.

Jim White apporte une autre dimension à cet équilibre. Son rôle n’est jamais celui d’un batteur chargé simplement de maintenir la pulsation pendant que les deux autres développent leurs idées. Il écoute, réagit, pousse parfois la musique vers l’avant et, à d’autres moments, semble volontairement laisser un espace dans lequel les deux autres peuvent se déplacer. Une résolution que l’on croyait imminente peut être retardée, une phrase peut soudainement acquérir une autre énergie, et tout cela se fait sans donner l’impression que White cherche à attirer l’attention sur lui. Son jeu possède une dimension ludique qui empêche la musique de devenir trop sérieuse ou trop cérébrale. Grâce à lui, le trio conserve toujours une part d’imprévu, presque de jeu, qui rappelle que l’improvisation n’est pas seulement une affaire de structure mais aussi de curiosité.

Cette capacité à écouter vient probablement en partie du parcours de DelGiudice. Instrumentiste à vent, compositeur et pédagogue, il a grandi en Floride du Sud avant d’étudier la clarinette avec Richard Hancock, de l’Orchestre philharmonique de Floride, puis le saxophone avec Gary Keller à l’Université de Miami. Il y a obtenu un Bachelor of Music puis un Master of Music, étudiant le saxophone avec Keller et Gary Campbell et la clarinette avec William Klinger et Margaret Donahue. Cette formation lui a donné une base technique particulièrement solide et une connaissance approfondie de plusieurs traditions instrumentales. Mais ce genre de parcours ne suffit jamais à expliquer pourquoi un musicien sonne comme il sonne. Les diplômes peuvent expliquer la formation, rarement la voix. La question intéressante vient toujours après : qu’est-ce que l’artiste décide de faire de tout ce qu’il a appris ?

Dans le cas de DelGiudice, une partie de la réponse se trouve dans la diversité de ses collaborations. Il a travaillé avec des musiciens aussi différents que Maria Schneider, John Fedchock, Ingrid Jensen, Donny McCaslin, Rich Perry, Rick Margitza ou encore Jon Gordon. Ces rencontres l’ont nécessairement confronté à des conceptions très différentes de la composition, du rythme, de l’improvisation et du jeu collectif. Un musicien qui passe plusieurs années à circuler entre des univers aussi différents finit forcément par en conserver quelque chose. Mais le plus intéressant est ce qu’il en fait ensuite. DelGiudice ne semble pas avoir cherché à choisir entre ces différentes influences. Il les a plutôt laissées coexister jusqu’à ce qu’elles deviennent une partie naturelle de son propre langage.

Son activité dépasse d’ailleurs largement celle d’un saxophoniste de jazz traditionnel. Son rapport à la musique classique, son travail de compositeur et son activité pédagogique participent également à cette identité musicale. On le retrouve dans des contextes variés, notamment aux côtés de Steve Owen, Jon Hamar et du Free Range Saxophone Quartet. Cette expérience dans des univers différents explique peut-être la précision que l’on entend dans Mas Alto, mais aussi cette absence de peur devant l’espace. L’album est acoustique, direct, presque dépouillé par moments. Il ne peut pas compter sur un mur de production pour cacher une faiblesse ou sur des effets pour créer artificiellement de la profondeur. Tout repose sur les musiciens, sur leurs choix et sur leur capacité à rester présents les uns pour les autres.

C’est aussi ce qui rend le disque particulièrement intéressant dans le contexte actuel. Il ne cherche pas à moderniser artificiellement le jazz acoustique. Il ne lui ajoute pas des éléments électroniques simplement pour pouvoir revendiquer une quelconque contemporanéité. Sa modernité vient d’ailleurs, de la façon dont les musiciens utilisent un langage ancien pour produire quelque chose qui leur appartient. C’est une distinction importante. Être contemporain ne signifie pas nécessairement utiliser les sons du moment. Cela peut aussi signifier savoir quoi faire aujourd’hui avec des outils qui existent depuis longtemps.

On peut imaginer que Mas Alto prendrait encore une autre dimension sur scène. La musique semble suffisamment ouverte pour permettre aux trois musiciens de prolonger, modifier ou même remettre en question certaines choses entendues sur le disque. C’est le genre de répertoire qui pourrait gagner en intensité devant un public attentif, précisément parce qu’il repose sur l’interaction. Et il y a quelque chose de presque rafraîchissant dans l’idée d’un concert où personne ne ressentirait le besoin de demander si ce que l’on entend est « vraiment du jazz ». La question paraît finalement assez secondaire. Le jazz a toujours été une musique capable de partir d’une tradition, de la mettre en doute et de voir jusqu’où elle peut aller. Il n’a jamais eu besoin de rester immobile pour rester fidèle à son histoire.

C’est également ce qui explique pourquoi DelGiudice paraît aussi à l’aise dans un environnement qui laisse une place importante à la composition, à l’improvisation et à la personnalité des musiciens. Il ne donne jamais l’impression de chercher à correspondre à une identité commerciale ou à une définition préétablie du jazz contemporain. Il joue, compose, collabore et laisse progressivement son propre langage se définir à travers ces expériences. Cette liberté est probablement l’une des meilleures choses qui puisse arriver à un musicien : ne pas avoir à expliquer en permanence ce que l’on est avant d’avoir eu le temps de découvrir ce que l’on peut devenir.

Il y a donc quelque chose de rassurant dans Mas Alto, mais certainement pas parce que le disque serait conservateur. Il ne l’est pas. Ce qui rassure, c’est plutôt le rappel qu’un trio acoustique peut encore offrir énormément de possibilités. Il suffit de ne pas considérer la tradition comme une série de règles intouchables. DelGiudice ne cherche ni à effacer le passé ni à le reproduire à l’identique. Il s’en sert comme d’un matériau. Il prend un vocabulaire transmis par plusieurs générations de jazzmen et pose une question très simple : qu’est-ce qu’il est encore possible de dire avec ces mots ?

Les réponses changent d’un morceau à l’autre. Parfois, elles se trouvent dans le rythme, parfois dans le grain de l’alto, parfois dans la façon dont la contrebasse vient modifier une phrase qui semblait pourtant parfaitement définie. À d’autres moments, elles apparaissent simplement dans la manière dont les trois musiciens s’écoutent suffisamment longtemps pour permettre à une idée inattendue de prendre forme. C’est sans doute là que réside la force la plus durable du disque. Mas Alto ne cherche pas le grand geste spectaculaire qui ferait immédiatement réagir l’auditeur. Sa personnalité apparaît progressivement, par accumulation, par interaction et par ces petits déplacements qui finissent par transformer complètement la perception d’un morceau.

Il serait donc trop facile de présenter simplement Mas Alto comme un album de post bop. L’étiquette est pratique, mais elle ne dit pas grand-chose de ce qui se passe réellement dans la musique. Sous les références évidentes, il y a une vraie curiosité et une volonté de ne pas laisser le langage du jazz devenir une formule automatique. DelGiudice connaît parfaitement ce vocabulaire, mais il ne semble pas satisfait de le répéter. Il cherche plutôt à savoir ce qu’il peut encore produire lorsqu’il est confié à des musiciens capables de le questionner sans le rejeter.

C’est peut-être pour cette raison que le disque demande un peu plus d’attention que certains albums conçus pour séduire immédiatement. Il ne livre pas toutes ses réponses dès la première écoute. Il faut rester avec lui, accepter qu’une mélodie ne soit pas toujours immédiatement identifiable, qu’un rythme puisse devenir plus important que le thème et qu’une improvisation puisse parfois nous emmener dans une direction que nous n’avions pas prévue. Pour certains auditeurs, cette exigence pourra sembler modeste mais réelle. Pour d’autres, elle constituera précisément l’un des plaisirs de l’album.

À une époque où la musique est de plus en plus souvent découverte par fragments, entre quelques secondes d’un morceau et quelques secondes d’un autre, Mas Alto défend presque malgré lui une idée devenue étrangement radicale: écouter un disque dans son ensemble. Pas nécessairement plusieurs fois d’affilée, pas avec une concentration religieuse, mais simplement en lui donnant suffisamment de temps pour qu’il puisse développer son propre rythme. Une première écoute permet de découvrir les contours. Une deuxième, fait apparaître certaines relations. Puis, parfois, un détail que l’on n’avait pas remarqué devient soudain le centre d’un morceau.

C’est ainsi que l’album commence véritablement à s’ouvrir. Pas par une révélation spectaculaire, mais par accumulation. Un changement de dynamique, une inflexion du saxophone, une réponse presque discrète de la contrebasse, une intervention de batterie qui semble minuscule avant de modifier complètement la direction du passage. Peu à peu, les éléments commencent à communiquer entre eux. Et l’on comprend que le véritable sujet de Mas Alto n’est peut-être pas seulement l’alto saxophone, ni même le trio. C’est l’écoute elle-même.

Todd DelGiudice ne semble pas particulièrement intéressé à nous expliquer quel type de jazz il joue. Il paraît beaucoup plus préoccupé par ce que sa musique peut devenir lorsqu’il se retrouve avec des musiciens capables de lui répondre. C’est une différence essentielle. Mas Alto n’est ni un simple exercice de virtuosité destiné à mettre en valeur un saxophoniste alto accompli, ni une démonstration supplémentaire de la prétendue résurrection du trio acoustique. C’est un disque qui repose sur la curiosité, l’interaction et la confiance accordée à l’espace entre les musiciens.

Et c’est probablement ce qui donne envie d’y revenir. Le disque ne cherche pas à tout dire immédiatement et ne demande pas à l’auditeur de l’adopter dès les premières minutes. Il préfère installer progressivement son langage, laisser les idées circuler et faire confiance à celui qui écoute. Cette confiance est devenue assez rare dans une époque où beaucoup de productions musicales semblent conçues pour produire leur effet presque instantanément. Mas Alto choisit le chemin inverse. Il demande du temps, mais il le rend généreusement.

Au bout du compte, le véritable espace de liberté du disque n’est peut-être pas seulement celui que DelGiudice trouve dans son alto. Il se situe dans la relation entre les trois musiciens, dans les silences qu’ils acceptent de laisser exister, dans les idées qu’ils sont prêts à abandonner et dans les directions qu’ils acceptent de prendre sans savoir exactement où elles vont les conduire. C’est là que le jazz reste vivant: non pas dans la répétition d’une formule, mais dans la possibilité permanente de changer de direction.

Mas Alto est un disque qui croit encore à cette possibilité. Il prend son histoire au sérieux sans se laisser enfermer par elle, il assume la richesse du jazz acoustique sans chercher à la transformer en musée et il laisse à l’auditeur suffisamment d’espace pour participer lui aussi à l’écoute. C’est sans doute la plus belle qualité que l’on puisse demander à un album: ne pas prétendre avoir tout dit, mais donner envie de revenir pour entendre ce que l’on n’avait pas encore découvert.

Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News

PARIS-MOVE, August 21st, 2026

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Musicians :
Todd DelGiudice – alto sax
Jon Hamar – bass
Obed Calvaire – drums (2, 4, 5, 7, 8, 9)
Jim White – drums (1, 3, 6, 10)

Track Listing:

1  Ablution  5:08  Lennie Tristano
2  P.O.I.  8:48  Jon Hamar
3  Falling Grace  5:22  Steve Swallow
4  Horses for Courses  5:19  DelGiudice
5  Darn That Dream  6:25  Jimmy Van Heusen
6  Around Now  5:50  DelGiudice
7  Mas Alto  8:30  DelGiudice
8  Small Feats  8:19  Ron Miller
9  Momentos  7:26  DelGiudice
10  Stratigraphy  3:42  DelGiudice

Produced by Todd DelGiudice
Recorded by Chris Sulit at Trading 8s Studio, Paramus, NJ (2,4,5,7,8,9)
Recorded by Socrates Garcia at UNC Recording Studio, Greeley, CO (1,3,6,10)
Recorded on December 16, 2025 & May 23, 2026
Mixed & mastered by Chris Sulit at Trading 8s Studio, Paramus NJ
Cover design & layout by John Bishop