THE WANDERING HEARTS – Mother

Chrysalis / Modulor
Folk, Pop
THE WANDERING HEARTS - Mother

De tout temps, le Royaume-Uni a su cultiver une appétence particulière pour les musiques importées des États-Unis. Il n’y a rien d’étonnant à cela, considérant ce que le folk, le bluegrass et autres musiques agrestes américaines doivent à leurs équivalents vernaculaires, jadis importés par les migrants issus d’Écosse, d’Irlande et du Pays de Galles. Formés à Londres en 2015, The Wandering Hearts (initialement appelés Paper Hearts) étaient à l’origine un quartet, dont l’ascension rapide doit beaucoup au talent scout Steve Milbourne (lui-même musicien), qui leur obtint un contrat avec la légendaire firme Decca (celle-là même qui refusa les Beatles en 1962). Embarqués dans une fournée nationale en support-act de Marty Stuart (puis dans son versant Nord-Américain), le quatuor publia son premier album en 2018, avant d’embarquer pour Nashville, où il s’avéra la première formation anglaise à se produire coup sur coup au Grand Ole Opry et au Ryman Auditorium (puis, dans la foulée, à Graceland, sur le Elvis Presley Boulevard à Memphis). Réduits à un trio, ils publièrent ensuite “Gold” chez Cooking Vinyl, avant une pause liée au Covid, mais aussi à la maternité, puisque les deux membres féminines du trio y donnèrent chacune la vie à leurs premiers nés. De circonstance, le titre de ce nouvel opus n’a donc guère à voir avec celui de Lennon voici plus d’un demi-siècle. S’ouvrant sur l’aérien “About America”, porté par des entrelacs de guitare acoustique et les chœurs mêlés de Chess Whiffin (également mandoliniste), Tara Wilson (pianiste) et Alexander John Dean-Revington, on ne peut manquer d’y trouver une filiation évidente avec ce que proposaient jadis Simon & Garfunkel – impression que confirment “Still Waters” et le reste de ces dix originaux. On y songe souvent aussi à ce que Fleetwood Mac proposait en sa période californienne, sur les gentiment chaloupés “Tired”, “Hold Your Tongue”, “Letter To Myself” et la reprise du “River To Cry” de Denise Amanda Adam/ Leon Stanford/ Jack Robert Parry (dont les harmonies féminines rappellent celles que prodiguaient alors Stevie Nicks et la regrettée Christine McVie). Entre les Milk Carton Kids et The Corrs, The Wandering Hearts perpétuent donc avec savoir-faire un courant folk-pop désormais sexagénaire. Le genre de disque qui ne risque guère de vous attirer trop de plaintes pour tapage nocturne, mais ravira sans doute vos voisins en fond sonore de vos garden parties. Qui osera encore prétendre que l’on ne sait plus s’adresser aux classes moyennes?

Patrick DALLONGEVILLE
Paris-Move, Illico & BluesBoarder, Blues & Co

PARIS-MOVE, March 31st 2024

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