The Rolling Stones – Marquee Club – Live In 1971

Eagle Rock / Universal
Rock

Comme le chantait Steely Dan voici quarante ans déjà, “je n’ai jamais rencontré Napoléon, mais je vais essayer de trouver le temps”. En effet, l’histoire du rock est plus que jamais un éternel recommencement. Vous aviez raté les Stones sur scène en 1971? Qu’à cela ne tienne, ils y reviennent en chair et en os, par le biais de votre lecteur vidéo! Quelques éléments de contexte: enfin libérés du contrat infâmant qui les liait à la firme Decca, nos garçons viennent de fonder leur propre label. Harcelés par le fisc anglais, ils ne vont pas tarder à opter pour l’exil au soleil de notre belle Côte d’Azur. En guise de promo pour leur prochain album, ils entament au printemps 71 une tournée d’adieu, non pas à la scène, mais à la perfide Albion, dont les autorités ne leur ont guère laissé de répit jusqu’alors. C’est donc gonflés à bloc qu’ils donnent, le 26 mars de cette fructueuse année, un concert impromptu dans ce Marquee Club de Londres qui les consacra à leurs débuts. Pas rasé depuis une semaine (et aussi dépoitraillé que Jagger), Keith arbore un look quasi-gainsbourien (les oreilles), et outre l’angélique Mick Taylor et les ténébreux Ian Stewart et Nicky Hopkins, le quartette originel s’augmente encore de Jim Price et Bobby Keys – cuivres empruntés aux Mad Dogs de Joe Cocker (lequel les avait pour sa part chipés à Delaney & Bonnie). Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça saigne autant que ça transpire! Sur leur reprise du “Let It Rock” de maître Chuck Berry, Richards se fend de DEUX soli aussi féroces et désaccordés que ceux de son modèle. Et s’il fallait encore tenter d’analyser l’alchimie qui transcendait alors les jeux croisés de Taylor et Richards, leur version ci-devant de “Midnight Rambler” vaut à elle seule une thèse. “Sticky Fingers” devant paraître trois semaines plus tard, les voyous magnifiques offraient, outre une version velue de “Dead Flowers”, la primeur de “Brown Sugar” et “Bitch”. Après ce set d’anthologie, Keith fit dévaler les escaliers au propriétaire des lieux, par la grâce d’un uppercut bien expédié. “Relève-toi, que je puisse t’en coller un autre”, lui aurait-il asséné sitôt après. Quant à nous, merci de cogner toujours aussi fort, après toutes ces années…!!

Patrick Dallongeville
Paris-Move
The Rolling Stones