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Joshua Breakstone et Barry Harris, les voix d’un jazz qui refuse l’oubli
Dans «Wonderful!», le guitariste américain retrouve le pianiste légendaire Barry Harris pour un dialogue d’une rare élégance. Enregistré dans l’atmosphère chargée d’histoire du Vanguard Studio, cet album ne cherche pas la rupture, mais célèbre la permanence d’un langage musical fondé sur l’écoute, la transmission et la beauté du geste.
Il existe des musiques qui ne cherchent pas à conquérir le présent, mais à rappeler ce que le temps ne parvient pas à effacer. «Wonderful!», album du guitariste Joshua Breakstone, appartient à cette catégorie rare. Dès les premières mesures, le disque impose une évidence: ici, le jazz n’est pas un exercice de nostalgie, mais une conversation vivante entre des artistes qui connaissent intimement son histoire.
Consacrer une chronique à une forme aussi traditionnelle du jazz peut sembler aujourd’hui presque anachronique. Pourtant, l’écoute de cet album démontre combien cette tradition demeure une source d’inspiration lorsqu’elle est portée par des musiciens capables de lui redonner une profondeur nouvelle. Joshua Breakstone n’est pas un simple gardien du passé. Depuis plusieurs décennies, il incarne une approche de la guitare jazz où la sobriété, la précision et l’élégance priment sur la démonstration.
Sa carrière témoigne d’une reconnaissance internationale largement établie. En 1986, il enregistre quatre albums pour le prestigieux label Contemporary Records, entouré de musiciens dont les noms appartiennent désormais au patrimoine du jazz : Pepper Adams, Kenny Barron, Dennis Irwin, Jimmy Knepper, Tommy Flanagan, Keith Copeland ou encore Kenny Washington. La même année, il effectue sa première tournée au Japon, pays où son attachement au jazz classique trouve un public particulièrement attentif.
Son parcours l’amène également en France, où il poursuit une relation artistique privilégiée avec plusieurs musiciens européens. En 2004, il enregistre «A Jamais» avec Louis Petrucciani et Joël Allouche. Puis vient «Memoirs, The French Sessions, Vol.2», un album qui prend une dimension particulière avec la présence de Barry Harris au piano.
La rencontre entre les deux hommes constitue l’événement central de «Wonderful!». Barry Harris, disparu en 2021, était bien davantage qu’un pianiste virtuose. Il représentait une mémoire vivante du bebop, un musicien formé dans l’âge d’or du jazz et un pédagogue dont l’influence a marqué plusieurs générations. Son parcours est intimement lié à Detroit, ville où il a construit son identité musicale avant de côtoyer des figures majeures comme Miles Davis, Sonny Stitt ou Thad Jones.
Dans cet enregistrement, son piano occupe naturellement une place essentielle. Chaque phrase semble porter le poids d’une histoire, mais jamais celui d’une époque figée. Son jeu conserve cette fraîcheur propre aux grands musiciens qui ont appris dans les clubs, au contact direct des autres artistes, dans une période où le jazz se construisait chaque soir sur scène.
Face à lui, Joshua Breakstone développe un discours d’une grande finesse. Sa guitare ne cherche jamais à rivaliser avec le piano. Elle dialogue, répond, suggère. Son approche rappelle les grandes heures de la guitare jazz acoustique, lorsque chaque note devait posséder une véritable intention musicale. Il y a chez lui une volonté claire: préserver l’esprit de cette musique tout en laissant suffisamment d’espace à la spontanéité.
C’est précisément cette relation entre les deux instruments qui donne toute sa valeur à l’album. Les thèmes, pour la plupart connus des amateurs éclairés, trouvent une nouvelle respiration grâce à cette complicité. L’intérêt n’est pas dans la surprise du répertoire, mais dans la manière dont ces deux musiciens parviennent à transformer chaque morceau en moment d’échange.
«Wonderful!» rappelle une vérité essentielle du jazz : la tradition n’est jamais une prison lorsqu’elle est habitée par des artistes capables de la faire vivre. Barry Harris apporte son expérience, son histoire et cette science particulière de l’harmonie acquise au fil des décennies. Joshua Breakstone, lui, offre une guitare claire et respectueuse, capable de s’inscrire dans cette continuité tout en conservant une identité personnelle.
L’enregistrement possède également une dimension patrimoniale importante. Capté le 24 mai 1984 au Vanguard Studio, lieu mythique qui a accueilli certains des plus grands noms du jazz, de Bill Evans à John Coltrane en passant par Sonny Rollins, ce disque semble porter l’écho d’une histoire collective. Dans cet espace chargé de mémoire, les musiciens ne jouent pas seulement pour le présent, mais aussi avec les fantômes bienveillants de ceux qui les ont précédés.
Le choix de conclure l’album avec «Django’s Castle», composition de Django Reinhardt, apparaît alors comme une évidence. Joshua Breakstone y rend hommage à l’un des fondateurs de la guitare jazz moderne avec une interprétation élégante et inspirée. Une nouvelle fois, le dialogue avec Barry Harris transforme cette reprise en véritable moment de transmission.
«Wonderful!» n’est pas un album destiné à ceux qui recherchent les bouleversements sonores ou les expériences radicales. Il s’adresse à ceux qui considèrent le jazz comme un art de la conversation, une musique où le silence compte autant que la note jouée, où l’émotion naît de la rencontre entre les personnalités.
À l’heure où une partie de la création musicale cherche constamment la nouveauté, cet album rappelle une autre possibilité : celle d’approfondir un langage existant jusqu’à lui rendre toute sa force. Joshua Breakstone et Barry Harris démontrent qu’un grand classique n’est jamais vraiment ancien lorsqu’il est interprété avec sincérité.
Une écoute prolongée pourra naturellement conduire vers les enregistrements historiques de Barry Harris et vers les premiers albums de Joshua Breakstone. Ils permettent de mesurer comment ces artistes ont construit, chacun à leur manière, un lien précieux entre héritage et création.
«Wonderful!» est ainsi moins un regard vers le passé qu’une preuve que certaines musiques continuent de vivre parce que des artistes choisissent encore de les raconter.
Thierry De Clemensat
Member at Jazz Journalists Association
USA correspondent for Paris-Move and ABS magazine
Editor in chief – Bayou Blue Radio, Bayou Blue News
PARIS-MOVE, August 7th, 2026
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To buy this album (August 21, 2026)
Musicians :
Joshua Breakstone, guitar
Barry Harrys, piano
Leroy Williams, drums
Earl Saul, bass
Track Listing :
S’Wonderful
Soul Train
Sevens-Up
This Is It!
Time On My Hands
Two Not One
DJango’s Castle
